Valoriser le stagiaire dans sa pratique

Robert Mannighan - Boulots vers

Robert Manningham, directeur général, Atelier Habitation Montréal

Robert Manningham, le directeur général d’Atelier habitation Montréal, rappelle que Boulot vers travaille depuis trois décennies avec son organisme. Au départ, cela a été sur un projet de logements sociaux initié en 1984, un an après la création de l’entreprise d’insertion : en effet, cette première maison de chambres créée au Québec a été meublée par Boulot vers.

Robert Manningham rappelle qu’il réfère au Boulot vers lors de soumissions ouvertes. En fin de compte, les promoteurs ainsi rencontrés choisissent selon les critères qu’ils jugent importants, dont les prix : « Dans ce cas, cela fluctue selon les matériaux, les besoins et attentes des clients, la nature des projets, etc. »

Est-ce que la dimension « insertion sociale » a une valeur dans le processus de sollicitation des contrats ? « Boulot vers a une valeur ajoutée dans la communauté, et cela pourrait l’avantager de mieux la faire valoir, en dehors des meubles, des chaises, des tables que l’organisme construit. »

Robert suggère par exemple de mettre le prénom des stagiaires sous les meubles, comme une façon d’indiquer la grande particularité du produit : « cette chaise a été construite et assemblée par Jonathan, Sylvain et Julie, stagiaires au Boulot vers, en 1984. » Une belle façon de valoriser le jeune dans sa pratique du métier d’ébéniste.

Car Robert prend bien la mesure de l’implication des jeunes dans le travail. Et il leur livre un message direct : « Ce que vous faites est important. Les meubles qui se retrouvent dans les logements sociaux vont rendre confortable une maison pour une ou des personnes qui ont décidé de quitter la rue. Vous soutenez la démarche d’une personne qui change sa vie, qui redevient citoyen, citoyenne avec un toit.

Faire partie du changement

« À leur niveau, poursuit Robert, les jeunes stagiaires font partie de ce changement : Boulot vers n’est pas qu’un simple fournisseur, et les jeunes qui y travaillent font partie du cheminement de la personne qui quitte la rue. Ils rendent sa future maison accueillante, familière, confortable.

« Quand quelqu’un part de la rue, c’est comme s’il redevenait citoyen… Il est réconfortant de penser que quand on participe à ça, on ne fait pas que fabriquer des chaises, on s’inscrit dans quelque chose de plus grand.

Se voir plus que simplement fournisseur, mais encore partie prenante d’un processus de réinsertion de « personnes sans domicile » dans la société.

Robert Manningham relève que dans le marché où évolue Le Boulot vers…, la compétition est maintenant forte avec de grandes chaînes internationales de meubles : « Si certains projets font ce choix d’aller vers ce genre d’achat, il faut voir que cela a des conséquences sur l’économie locale, où œuvre l’entreprise d’insertion. Ce n’est pas le même type d’emplois, et ça ne rapporte pas à la société montréalaise et québécoise.

Comme le fait Le Boulot vers…, du moins.