Une vision sensible du pouvoir d’agir chez le jeune travailleur en quête d’insertion

annesaintpierre - Boulot vers

Anne St-Pierre, directrice générale, CJE Hochelaga-Maisonneuve

Anne St-Pierre œuvre en employabilité dans le quartier depuis plus de 35 ans. Aujourd’hui directrice du Carrefour-Jeunesse Emploi Hochelaga-Maisonneuve, elle a croisé les trois fondateurs du Boulot vers au moment de la création de l’organisme, en 1983.

Ainsi, Patrice, Guy et plus particulièrement Élise ont travaillé avec Emploi Jeunesse — là où Anne évoluait — de façon à mieux articuler ce qu’on va appeler l’employabilité, terme émergeant, à l’époque.

En effet, dans les années 1980, en tant qu’intervenante, Anne positionne ses actions dans un cadre plus large que clinique. « On arrête de penser que les jeunes (sans emploi) sont en difficultés personnelles, on parle plutôt de difficultés fonctionnelles, explique-t-elle. On cherche à soutenir les jeunes non pas parce qu’ils sont « malades », mais plutôt pour protéger leurs acquis — les portes du travail leur étant fermées — et maintenir leur force de travail, en favorisant notamment l’interface avec les employeurs.

« Dans cette perspective, l’entreprise d’insertion va s’adresser à sa clientèle comme à des personnes qui veulent produire, travailler, donner un résultat, faire un produit fini. C’est ce que Le Boulot vers… va instaurer et qui va devenir un modèle d’insertion reconnu au Québec. »

Et la pratique modulera ce modèle vivant, qui évoluera pour servir des clientèles « vulnérables » : il s’agit alors de renforcer les capacités de prise en charge citoyenne, il s’agit d’empowerment.

Pour Anne St-Pierre, qui n’a cessé de travailler avec l’entreprise d’économie sociale au fil de toutes ses années d’activités, Le Boulot vers… constitue une référence incontournable. « L’organisme a une forte présence auprès de sa clientèle d’abord, des autres organismes, ensuite. Il a favorisé les alliances. »

Anne rappelle que Le Boulot vers… a grandement contribué à la création et à l’animation de la Table de concertation Jeunesse Hochelaga-Maisonneuve, parmi les plus anciennes à Montréal. « L’équipe d’insertion a une vision humaine du jeune travailleur, elle ne le voit pas seulement travailler, mais aussi vivre, avoir des besoins périphériques qui peuvent l’encourager dans la persévérance : un bon logement, des gens en appui psycho-social, des loisirs, des sports, du soutien alimentaire.

« Entreprise de conviction, Le Boulot vers… aspire à créer un milieu de travail correspondant aux besoins d’affranchissement et d’excellence de sa clientèle. C’est le plus beau cadeau qu’on peut faire à une clientèle vulnérable, désireuse tout autant que les autres d’accéder au marché de l’emploi ! »

À Anne comme aux autres rencontrés en entrevues, nous demandons quel message livrer aux jeunes qui hésitent à frapper à la porte du Boulot vers ?

« Au CJE, nous travaillons beaucoup sur le développement du pouvoir d’agir.

« Toi qui marches, reconnais et accueille ton intuition dans le mouvement. Je monte ces marches, je franchis ce seuil. Je cherche une réponse, et j’accepte de la recevoir.

« On a peu de contrôle sur ce qui fait l’élan vers la porte. Est-ce la référence qui a précédé, ou plutôt le désir personnel ? Oui, la personne qui se présente a entendu parler de notre organisation, mais c’est quand même elle qui a fait le chemin pour se rendre. Elle n’est pas une victime. C’est une personne qui, quelque part en elle, soupçonne qu’elle a besoin de soutien.

« Je dis souvent : il y a toujours quelqu’un ou un événement qui nous a aidé à forger notre autonomie. » Se faire confiance ? Faire confiance à quelque chose qui se passe à l’intérieur ? « Le Boulot vers…, dans sa conception de l’insertion, donne l’opportunité à la personne de bouger, d’agir ; à partir de là, c’est la personne elle-même qui œuvre. »