Une reconnaissance et du financement : l’avenir pour le communautaire!

Lorsque je suis arrivée à la direction du Boulot vers en novembre 1995, des changements importants s’annonçaient qui allaient fournir une reconnaissance et, ultimement, du financement pour l’insertion sociale et professionnelle au Québec. La reconnaissance des entreprises d’insertion a eu lieu au printemps 1998. Au même moment, un autre chantier se développait, celui de la reconnaissance de l’action communautaire autonome. Pour Le Boulot vers…, il s’agissait d’un rêve, permettant à tous ses partenaires d’avoir des moyens équivalents pour répondre à des grands besoins sociaux.

En juin dernier, la Ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, a annoncé un financement de 80 millions $ sur cinq ans pour le milieu communautaire. Dans la région de Montréal, ce montant s’élève à près de 2M$ pour la présente année budgétaire. En théorie. En pratique, le 80M$ est le résultat d’un cumul des sommes déjà en place, la véritable augmentation s’élevant à 25M$.

Avant même l’annonce officielle, nombreux sont les organismes communautaires à avoir dénoncé le financement prévu comme étant loin d’être suffisant. Peu après la sortie de la Ministre, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de services sociaux et de protection de la jeunesse, Dave Turcotte, a qualifié le budget libéral de « comptabilité créative ayant pour but de faire bien paraître le gouvernement ».

Depuis plus de vingt ans, date d’une promesse de reconnaissance de l’action communautaire autonome, les organismes font preuve d’engagement et de créativité exceptionnels; dans les années à venir, auront-ils l’énergie nécessaire pour poursuivre dans cet élan-là? Répondre à des besoins socioéconomiques grandissants tout en affrontant une diminution des ressources, c’est une réalité brutale à laquelle fait face le communautaire et non une fiction budgétaire!

Le 9 juillet dernier, dans sa lettre d’opinion publiée dans La Presse, le travailleur communautaire Jacques Charland nous rappelle que l’engagement non rémunéré est à la base de la structure de plusieurs organismes. Or, il poursuit en disant que le milieu communautaire ne devrait pas être à la merci de l’action bénévole, comme il l’exprime si bien, « le communautaire est maintenu dans cette situation de pauvreté qu’[il] aspire tant à enrayer ».

Les organismes communautaires pourront-ils voir les fruits de la reconnaissance de leur contribution à la société québécoise promise depuis tant d’années? Que représente la reconnaissance si elle n’est pas accompagnée du financement nécessaire garantissant les ressources dont les organismes ont besoin afin de remplir leur mission? Depuis vingt ans, Le Boulot vers…, qui jouit d’une reconnaissance accompagnée d’un financement, est à même de constater que sans la contribution reconnue et financée adéquatement auprès de tous les acteurs du secteur communautaire, le développement social québécois s’appauvrit.

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

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