Une nouvelle bouleversante

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Au moment où j’écris ce texte, il y a près d’une semaine que j’ai appris le décès de Patrice Rodriguez, le dimanche 12 juin dernier. Une nouvelle qui m’attriste profondément.

Depuis de nombreux souvenirs refont surface.

Celui de ma première rencontre avec lui. Il était en compagnie de Pierre Morisset, un des premiers administrateurs du Boulot vers… C’était en 1994 alors que Patrice avait en tête le projet d’ouvrir une autre entreprise d’insertion, une auberge dans Lanaudière. Patrice « incarnait » l’entreprise d’insertion, sa vision, sa mission, son approche. Il était plein d’énergie, d’enthousiasme. Je dirais même qu’il en était « lumineux ».

Dès cette rencontre, il m’a accroché à l’œuvre d’insertion. Durant l’année et demie où j’ai travaillé à ses côtés à analyser ce projet et à le faire vivre, j’ai tellement appris. Et j’ai été à même de constater son énorme capacité de partager sa vision et son charisme. Auprès des administrateurs de l’organisation, des bailleurs de fonds, des décideurs politiques. Une excellente préparation dont j’ignorais alors qu’elle allait me servir quelques mois plus tard quand j’ai pris à mon tour la direction du Boulot vers…

Je me souviens à quel point il appréciait les échanges avec les intellectuels, les chercheurs, surtout les jeunes chercheurs. Et à quel point eux aussi appréciaient sa vision et son expérience de la lutte à l’exclusion, de l’insertion.

Je me rappelle les discussions que nous avons eues alors qu’il était conseiller du Comité interministériel chargé de l’élaboration de la politique de reconnaissance et de financement des entreprises d’insertion du Québec. Et de l’avoir vu tenir tête pour que ne soit pas dénaturée sa conception de l’entreprise d’insertion, batailler ferme pour que le modèle du Boulot vers… soit retenu.

Des souvenirs, bien d’autres me sont venus en tête.

De plus loin, je l’ai vu créer Parole d’excluEs, animé toujours de la même passion, porté par les mêmes valeurs, avec la même fougue, le même enthousiasme et le même charisme.

Patrice fut la cheville ouvrière indispensable à la conception et la mise en place de l’insertion sociale et professionnelle telle qu’elle est vécue au Québec. Ceux qui y travaillent aujourd’hui, par leurs gestes au quotidien, portent et continueront à porter sa vision d’une société plus juste, plus équitable, plus inclusive.

Permettez-moi, en terminant, d’offrir mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Jeanne Doré