Un équilibre et un élan durable

David Clément Morin - Le Boulot Vers

David Clément-Morin, stagiaire de la cohorte 2008, en entrevue

Quand David évoque son passage au Boulot vers, il en parle comme d’une place pour laquelle il a conservé « beaucoup d’amour ». Inscrit en 2008 comme participant à un programme de pré-employabilité d’abord, Bouge vers le boulot, puis comme stagiaire, sa vie s’est bien alignée dans les dix dernières années. Il a vécu des épisodes de vie difficiles, avec consommation qui l’a conduit à des excès, puis aussi des périodes profitables, où il s’est construit, dans des groupes de rencontre, le travail, la famille.

C’est ainsi que, posé, il affirme aujourd’hui que sa vie est organisée pour le mieux. Il est livreur pour une entreprise dans la restauration qui se démarque dans la bouffe végane, « une nourriture que j’aime bien essayer, dit-il, de qualité », lui qui n’est pas végétarien à la base.

Avec un recul de dix ans, David parle de son stage au Boulot vers, d’une façon réaliste. Il se rappelle avoir trouvé cela stimulant et difficile, à la fois. « Stimulant, parce que je revenais certains soirs à la maison et je sentais que le programme changeait quelque chose en moi », ce qu’il qualifie maintenant de « confiance » tranquille. « Difficile, parce que ce n’est pas naturel chez moi de faire un CV qui vante mes compétences et mes habiletés, qui me mette en valeur tout court. »

« Bien se connaître, apprendre à reconnaître ses bons côtés et ses mauvais côtés, c’est… pénible, en entrevue ! » De nature introvertie, les questions de l’employeur le brusquent : « Quand on me demande pourquoi on me prendrait, moi, plus qu’un autre candidat, ou que l’employeur souhaite que je lui dise trois ou quatre qualités qui me distinguent… Je me tords de douleur ! Je me sauverais à la course ! » Sa spontanéité et sa franchise font rire ! Il poursuit sur le paradoxe qu’il éprouve en entrevue : « En fait, je n’ai pas le goût de répondre des choses qui me mettraient, sans le savoir, dans l’embarras. En même temps, je cherche à me montrer comme un être humain entier, avec mes qualités et mes défauts. »

Reste-t-il lucide par rapport à lui-même, sans jamais se perdre de vue ? « J’essaie. Quand on arrête de consommer, on apprend beaucoup de choses sur soi. C’est préoccupant, l’équilibre : essayer de toujours avoir le mieux de soi-même et de ne pas trop s’en demander. Avant, j’étais peut-être moins lucide, porté dans le déni, moins présent à moi-même ».

Le besoin d’intégrité n’est pas loin, et l’authenticité de David se manifeste à tout moment dans la conversation. Est-ce à Boulot vers qu’a commencé la prise de conscience ? « Je suis vraiment tombé en amour avec cette place-là. Je suis de nature un peu rebelle, j’ai de la difficulté à m’intégrer. À l’époque, je rentrais chez moi et j’étais content de voir ce que ça m’apportait, à moi et aux autres. Boulot vers a donné tellement de chances à des gens. »

Ce travailleur de nature introverti et solitaire vit aujourd’hui dans une communauté qui le soutient et le nourrit, avec sa conjointe mère de quatre enfants et présentement enceinte, avec un emploi qui fait du sens pour lui…

Accueil ? Ouverture ? Confiance ? Amour ? À 33 ans, l’héritage du Boulot vers est toujours présent en lui. C’est une sorte d’équilibre, un élan durable que l’entreprise d’insertion a fourni à David, « … même si je ne visite pas si souvent l’atelier, les intervenants, je les aime, ils m’ont beaucoup donné ».