Opter pour la sécurité et gagner en confiance

Robert Gangarossa - Boulot vers

Robert Gangarossa, stagiaire au Boulot vers, 1988

Dans l’entrevue qu’il nous accorde, Robert Gangarossa parle avec attention.

C’est qu’il a à cœur de faire le point sur son parcours de vie, en présence. Après tout, il revient sur une expérience vécue il y a trente ans, qui a eu une influence sur sa vie, par la suite. Il est soucieux de bien prendre la mesure de l’impact de tout ça.

Au cœur de son témoignage, il y a la confiance. Celle que l’on a, à la base, et celle qu’on acquiert. La confiance qu’on perd et qui nous plonge dans le doute. La confiance qu’on retrouve et qui nous projette dans l’action et les compromis : comme un ancrage, Robert y revient tout au long de son récit.

Né à Hochelaga-Maisonneuve, d’un père italien et d’une mère québécoise, il est de cette génération de stagiaires qui ont bossé dans l’atelier de la rue Moreau, premier site commercial du Boulot vers. À l’origine, c’est sa sœur qui lui a conseillé d’aller à Boulot vers : « J’étais tanné de mon travail, j’avais des problèmes de caractère. Pas terminé mon secondaire. Ma sœur savait que j’aimais bricoler, elle connaissait mon côté manuel.

« J’ai rencontré alors un conseiller, Michel Gendron, ça m’a aidé à m’ouvrir. Je l’ai bien aimé, il m’a marqué : il savait comment amener les jeunes à s’ouvrir. J’étais bon de mes mains, mais j’avais besoin de confiance : il m’a fait travailler cela. » Dans sa cohorte d’une quinzaine de stagiaires, Robert a vécu de nouvelles expériences au Boulot et obtenu des « papiers », un diplôme, « un peu comme dans une classe d’école. Y’avait aussi la possibilité de faire des cours en dessin technique ».

Après Le Boulot vers…, il a souhaité laisser l’ancien milieu où il travaillait pour aller dans ce qu’il venait d’étudier, en ébénisterie : « J’y ai fait quatre ans. Mais le travail nous amenait à changer trop souvent de projets, et ça m’a rendu nerveux. » La pression est trop grande : il retourne à son ancien travail, pour y évoluer pendant une douzaine d’années. Puis, ce sont les études à nouveau, où il décroche un diplôme d’études professionnelles [DEP] en entretien général d’immeuble. Aujourd’hui, et depuis 15 ans, il est peintre et préposé à l’entretien à l’Office municipal d’habitation de Montréal.

Il se souvient bien de l’époque du Boulot vers. « C’est un bon organisme qui m’a aidé à me découvrir. Ça m’a ouvert une première porte pour que je puisse faire mon cheminement, par après. Aujourd’hui, je peux dire que je suis à ma place. Et je réalise que les expériences qui ont suivi m’ont permis d’y accéder. »

Marié à Isabel, il est propriétaire de sa maison. C’est là qu’il applique son côté manuel d’ailleurs, en confiance dans le milieu familial, sans chercher à vivre la pression du « client avec ses attentes de perfection ! Je me reconnais une bonne dextérité. Je suis content de voir à quel point j’ai cheminé ». Il ajoute que le temps, les années aident à intégrer et à devenir ce qu’on est profondément en soi. « En vieillissant, on gagne en maturité. On comprend mieux le sens de la vie. »

Aux jeunes qui cherchent et se questionnent, il recommande chaleureusement de faire un stage au Boulot vers : « Si on se retrouve là, c’est qu’on aspire à s’ouvrir et à se connaître davantage. On se sent accueilli, accepté. On cherche à utiliser tout son potentiel. C’est quelque chose qui va nous servir toute la vie ! »

Faire un travail qu’on maîtrise bien, quel qu’il soit, c’est opter pour l’autonomie, la confiance en soi et la sécurité matérielle qui en découle, tout en tenant compte de ses capacités réelles à faire face aux pressions du travail.