Nécessité et débrouillardise, puis carrière

hélène david Gélinas - Le Boulot vers

Hélène David Gélinas, stagiaire au Boulot Vers en 2008

Pour Hélène, le récit de son passage à Boulot vers en 2008 commence en réalité six ans avant qu’elle s’y inscrive : « J’ai travaillé très jeune, dès l’âge de 13 ans, je faisais du gardiennage et je passais les journaux. J’ai grandi dans un milieu familial très pauvre, ça me faisait un peu d’argent, je m’achetais des vêtements, un téléphone.

« J’ai quitté l’école à 16 ans avec un secondaire deux. J’ai travaillé pendant trois ans dans une compagnie qui faisait des ancrages, crochets et fixations. J’y ai occupé plusieurs postes intéressants, d’opératrice de machine d’emballage à chef d’équipe. À 19 ans, j’ai senti que je manquais de débouchés, que j’avais obtenu le maximum de ce que la compagnie pouvait m’apporter. Qu’il n’y avait pas d’avenir là pour moi. »

En feuilletant le journal durant une pause, elle voit l’annonce du Boulot vers : Recherchons stagiaires en ébénisterie : « Je me suis présentée. J’arrivais avec un secondaire deux, pas même terminé, et j’ai tout de suite réalisé que c’était une véritable aubaine : j’avais trouvé là la place pour acquérir mon équivalence de secondaire 5. »

Cela s’est super bien déroulé, raconte-t-elle, et en 2008, l’année même de son inscription à Boulot vers, elle a réussi avec fierté l’examen d’équivalence : « Si j’ai terminé, c’est beaucoup grâce à Boulot vers, sinon, je n’y serais jamais arrivée ! »

À l’écoute du récit d’Hélène, on se demande si ça ne prend pas une bonne dose de courage et d’autonomie pour arrêter l’école à 16 ans ? Réalistement, Hélène répond : « Oui et non. Ça dépend de quel côté on le voit ! À l’école, je n’étais pas bonne, et j’étais souvent absente, je décrochais. J’étais pas capable de suivre, dans le fond ». On sent ici qu’elle n’avait pas les ressources autour d’elle pour évoluer dans un cadre stimulant. À la place de « courage », elle parle de « nécessité », et plutôt qu’« autonomie », elle dit « débrouillardise ».

Présente, dynamique, positive quoique réservée et timide, de son propre aveu, Hélène n’avançait plus à l’école. C’est trois ans plus tard qu’elle a trouvé ce dont elle avait besoin : « À Boulot vers, j’ai été très bien traitée, j’ai eu beaucoup d’aide et de soutien du professeur sur le plan de la scolarité. » Leader silencieux, elle s’est faite une belle place dans sa cohorte, a développé la camaraderie : « J’ai rencontré des personnes avec qui j’ai gardé un contact, on ne se voit pas beaucoup, mais le lien est toujours là (Facebook). Ma bonne amie Roxanne a aussi fait son stage là ».

« À Boulot vers, j’ai appris l’ébénisterie et la finition de meuble, ce qui m’a beaucoup aidé pour plus tard. » En sortant de l’atelier, elle s’inscrit au DEP en ébénisterie, pour disposer d’un métier qui lui permettrait d’entreprendre une carrière, plus tard.

Aujourd’hui, elle travaille chez Bombardier aéronautique. Elle y est depuis huit ans, s’implique dans le syndicat, comme secrétaire archiviste dans le comité de la condition féminine, développe une carrière enviable : « j’essaie de retransmettre dans mon milieu de travail, les mêmes valeurs de soutien et de collaboration que j’ai eues ».