« Les jeunes, un feu qu’on allume[1] »

Sylvain Delisle, intervenant au Boulot vers

Sylvain Delisle, intervenant, suivi de 2 ans, au Boulot vers

Sylvain Delisle a été intervenant au Boulot vers pendant 4 ans, de 2006 à 2010, et il en parle comme si c’était hier. Avec autant d’enthousiasme et de chaleur que les autres expériences professionnelles de sa vie, du reste : il a étudié en sociologie, a œuvré dans le milieu des arts, a été gestionnaire d’une entreprise culturelle à succès.

Puis il s’est réorienté : intervenant social dans un Carrefour Jeunesse Emploi (CJE), il arrive finalement au Boulot vers, où il avait beaucoup à apprendre, « à m’initier à l’économie sociale dans une entreprise pionnière. J’ai eu le coup de foudre, en entrant dans l’atelier, en entendant les jeunes expliquer pourquoi ils étaient là. »

Sylvain sera responsable du suivi de deux ans, l’après-stage : « Pour un jeune qui quitte Le Boulot vers…, le contact demeure. On favorise le sentiment d’appartenance.

« Je me suis senti choyé, en trois ans de suivi, je connaissais bien les jeunes, j’étais disponible en tout temps. Pour faire ce travail, je n’ai pas eu d’autres choix que de m’adapter aux réalités sociales changeantes. Développer d’autres façons d’entrer en contact avec les jeunes, prendre en compte l’isolement social de certains et la participation à des gangs de rues des autres.

« Le suivi de deux ans au Boulot vers, ça a été beaucoup de beaux moments. Le programme d’apprentissage en milieu de travail (PAMT) a permis à certains d’obtenir le titre d’ébéniste, d’autres sont retournés à l’école, au cégep, à l’université.

« Au Boulot vers, les jeunes arrivent avec des besoins urgents. Ils sont parents monoparentaux. Ils ont de lourdes responsabilités financières. Les ressources pour eux diminuent, en santé et en employabilité. Ils sont difficiles à rejoindre. Ils ne vont pas vers les ressources ; souvent, ils ne les connaissent pas, malgré Internet. En fait, ils ne savent pas comment on peut les aider!»

Un univers senti habite Sylvain : c’est à partir de là, en lui, qu’il connecte avec les jeunes, maintenant au Pitrem[2], à l’époque au Boulot vers. Certains témoignages de jeunes après leur stage le touchent : « Te souviens-tu de moi ? Je n’ai pas lâché. Je suis à l’université, j’ai poursuivi ma ligne directrice depuis Le Boulot vers… Je suis maman ». Ici, Sylvain paraphrase Montaigne : « Un jeune, ce n’est pas un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on alimente ».

« Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est mon côté artistique, humaniste, poursuit Sylvain. J’étais différent, pas traditionnel. J’arrivais à surprendre les jeunes, à aller les chercher là où ils avaient des forces. Chaque jeune a sa façon d’être, son appartenance à une sous-culture. Comme sociologue, je cherche à comprendre le système dans lequel s’inscrit le jeune et les problèmes qu’il vit. C’est lui qui me guide dans mon travail, et pas le contraire. »

« L’écoute est importante. Penser en dehors de la boîte, être créatif. Fournir au jeune un cadre qui lui permet de se structurer. Lui faire confiance et l’amener à échanger avec les autres, à collaborer, à s’entraider. »

Selon Sylvain, l’entreprise d’insertion innove dans ce domaine : c’est un milieu d’apprentissage, mais beaucoup plus qu’académique ou technique. C’est un écosystème organique, qui sert la personne entière dans son engagement à évoluer, dans sa résilience. L’entreprise Boulot vers… a encore beaucoup d’années devant elle, c’est un modèle d’insertion bien ancré dans son milieu économique, animé par des gens de vision.

[1] « L’enfant n’est pas un vase qu’on emplit, mais un feu qu’on allume », citation de Montaigne.

[2] Programme d’information sur le travail et la recherche d’emploi de Montréal, organisme communautaire favorisant l’insertion socio-professionnelle des jeunes et des adultes de 35 ans et moins.