« Le cadeau que procure une famille, c’est l’appartenance »

maricia Murat - Boulot Vers

Maricia Murat, stagiaire en 2017, au Boulot vers

C’est tout récent : depuis mars 2018, Maricia est auxiliaire familiale en santé et services sociaux, à Montréal, à l’Institut universitaire en santé mentale (anciennement l’Hôpital Louis-H. Lafontaine).

Stagiaire en 2017, c’est « un jeune voisin qui m’a parlé du Boulot vers, m’expliquant que les gens là-bas pourraient m’aider, me recadrer dans mes objectifs. » Maricia l’avoue spontanément, elle avait de la difficulté à faire confiance, elle avait appris à se méfier, « se parer à recevoir des coups de couteau dans le dos. Je suis une fille qui a beaucoup de caractère, qui montre qu’elle sait où elle veut aller, autonome. Mais il y avait un doute en moi, que les intervenantes au Boulot vers m’ont aidée à cerner. »

« À l’atelier, j’ai réalisé que je n’avais pas beaucoup de patience pour aider les gens. Quand c’était un peu lent, ça ne marchait pas ! J’étais une « petite vite-vite » ! Attendre les autres, ça ne marchait pas ! J’ai découvert là que tous n’avaient pas les mêmes capacités ni les mêmes motivations que moi. On n’est pas tous faits pareils. J’ai pu travailler ma patience. J’ai compris que j’étais quelqu’un avec du leadership. J’ai développé le travail d’équipe, et surtout ma patience. »

Un autre cadeau de la vie attendait Maricia : « Qu’est-ce que Boulot vers m’a apporté ? De l’appartenance. J’y ai découvert une famille « soudée », j’y ai développé de nouvelles facettes de moi. Avec cette famille-là, j’ai développé la confiance, j’ai grandi. Les gens du Boulot vers m’ont accueillie, ça m’a donné encore plus d’espoir, de nouvelles ressources, l’appartenance, une famille. Ça m’a ouvert les yeux : ma vraie famille n’est pas ici, j’ai toujours compris çà, mais c’est ici que j’ai réalisé qu’elle existait quelque part, qu’elle m’attendait. »

Fonceuse, elle entreprend alors aller à la rencontre des siens : « J’ai travaillé fort pour y arriver. J’ai fait des études. J’ai trouvé du travail, j’ai fait de l’argent pour me procurer mon passeport. »

Elle ajoute en riant : « Ça m’a ouvert la porte de l’avion ! »

Haïtienne d’origine, la vraie famille est importante à son cœur, même si la sienne est en ce moment dispersée, ici et en Haïti. Au moment de notre entrevue, elle revient incidemment de là-bas, où elle a vu sa mère pour la première fois depuis 15 ans et connu ses deux petites sœurs de 9 et 12 ans. Elle est maintenant remplie d’une énergie qui la lie encore plus aux siens : « Revenue ici, tout a changé, ma visite là-bas m’a donné encore plus d’espoir. »

Quel sens dégages-tu de ton passage comme stagiaire ? « Le Boulot vers, lors de mon stage, m’a procuré une famille. Et ça m’a redonné le goût de retrouver ma famille à moi. Ça comptait pour moi que ma mère un jour me revoit. C’est pas que je lui doive quelque chose… Seulement, j’aimerais qu’elle sache que je souhaite prendre sa relève, ne serait-ce que pour mes petites sœurs. Je me bats pour les deux, les faire entrer ici, pour leur procurer une nouvelle vie, avec les études et le métier qu’elles veulent faire. C’est ça mon but. Elles sont encore en Haïti. »

Maricia se sent responsable, « je suis la plus grande, du côté à ma mère. Pour l’instant, les deux petites ne manquent de rien, mais plus tard, j’aimerais veiller sur elles. » Elle vit en couple avec sa conjointe qui a une petite fille de sept ans.

Au Boulot vers, elle fait ses salutations : « 35 ans, c’est beaucoup d’années, mais le cœur de l’organisation reste jeune ». Au futur stagiaire qui se questionne, elle adresse une invitation : « Fais-toi confiance, tu n’as rien à perdre. Et fais-leur confiance ! » Pour finir, un court message personnel : « j’aimerais remercier Jesula, la saluer. Son histoire m’a inspirée et m’a soutenue, à maintes reprises ».