L’apprenti devenu entrepreneur artisan

Joseph Lebel, stagiaire au Boulot vers en 2001

C’est un ami à Joseph Lebel, directeur d’une ressource d’hébergement pour jeunes dans la rue, qui a vu passer l’annonce du Boulot vers et la lui a fait suivre : « Ça serait une bonne occasion pour toi de voir si tu aimes l’ébénisterie, qu’en penses-tu ? » Et Joseph d’ajouter : « J’ai appliqué, ils m’ont pris ».

« J’étais alors motivé à intégrer le marché de l’emploi, poursuit-il, ayant déjà travaillé dans la restauration. À la maison, dans ma famille, on valorisait le travail. Ado, j’ai vendu des journaux. Je savais que j’allais travailler de mes mains, je ne savais pas encore dans quoi, et j’allais tester au Boulot vers si l’ébénisterie était ma voie.

« C’était motivant de penser que le programme ne durait que six mois, c’est une période de temps pas trop longue, mais suffisante pour acquérir un bagage intéressant ».

Joseph voulait quand même approfondir. « Avec un des stagiaires qui avait déjà travaillé le métal (et moi le bois), nous avions plus d’expérience que les autres. On nous a mis en équipe et on a fait des projets spéciaux. Ça nous a permis d’apprendre encore plus. »

« À la fin de mon stage, j’étais prêt à continuer, et je me suis inscrit au Diplôme d’études professionnelles (DEP) à l’École Père-Marquette. Guy Pépin, un des fondateurs du Boulot vers et qui y enseignait, m’a beaucoup appris. Je l’ai toujours trouvé inspirant. Il a compris ma grande motivation. »

« Je ne voulais pas travailler pour de grosses compagnies. À la fin de mon cours, j’ai fait mon stage chez un ami, puis j’ai continué comme je le souhaitais, indépendant. Tout est tombé en place d’une belle façon. Aujourd’hui, je suis ébéniste à mon compte, je fais des contrats sur mesure, des meubles, toutes sortes de projets, chez des particuliers. J’aime travailler chez les gens. Ma publicité se fait de bouche à oreille, j’ai une page d’accueil sur Internet, je travaille à longueur d’année. »

Volubile, sociable, Joseph a avancé. Le Boulot vers… lui a permis de se lancer. Il y a acquis une certaine confiance dans sa profession qu’il savait être la place qu’il occuperait dans la société. Organisé, il a mis en place une entreprise que plusieurs jeunes, d’une cohorte à l’autre, souhaitent monter après leur stage.

Se partir à son compte n’est pas facile, mais c’est faisable, il en constitue un fier exemple : « J’ai 41 ans. Je suis responsable, je fais attention. Je connais mes limites. Mon entreprise a une dimension qui me convient, je ne veux pas faire de stress, je ne veux pas d’employés. Mes clients deviennent des amis, ils me rappellent plusieurs années après pour d’autres projets. Je suis un ébéniste artisan, qui veut faire de l’argent pour bien vivre, c’est tout. »

« Est-ce que j’aurais découvert l’ébénisterie si je n’avais pas fait mon stage au Boulot vers ? Il n’y a pas d’autres endroits comme ça : j’apprenais, et j’étais payé en plus ! C’est vraiment exceptionnel, comme milieu! C’est arrivé au bon moment dans ma vie. Je cherchais sans trop savoir, et mon passage s’est révélé d’une grande valeur. »