La force du silencieux

Patrick-Nourry - Boulot vers

Patrick Nourry, stagiaire au Boulot vers en 2002

La rencontre avec Patrick Nourry, stagiaire au Boulot vers en 2002, s’est produite dans un échange minimaliste et senti, fait de courtes réponses et d’une présence soutenue, de nombreux silences et, quelque part dans tout ça, de gratitude.

C’est à l’âge de 22 ans que Patrick fait son stage. Il arrive d’une période difficile : natif de Trois-Rivières, à 16 ans, il abandonne l’école et quitte pour venir s’installer seul à Montréal.

Un jour, il vient au Boulot vers à la suite d’une annonce dans le journal : « J’essayais de terminer mon secondaire à l’Éducation aux adultes. J’avais de la misère, à l’époque. Dans tout. J’étais seul. Je me souviens très bien de l’entrevue passée au Boulot vers : j’ai été accepté dans le programme. »

Cette année-là, Patrick entreprenait de « s’ancrer dans la réalité ». Avec peu de moyens. Comme s’il arrivait sur terre sans jamais s’être trop posé de questions sur le travail avant, mais désormais curieux et motivé à le faire… « Je partais de loin, de très loin. Aussitôt que j’ai commencé ma formation au Boulot vers, je suis devenu curieux, avide d’en savoir toujours plus. Je me suis mis à absorber des connaissances sans arrêt. »

« Avant Boulot vers, je ne connaissais pas l’ébénisterie. J’ai appris dans l’atelier, avec les gens qui m’ont montré. J’étais un élève assez exemplaire, parce que j’adorais ça. Ça a été une super découverte ! J’avais pas beaucoup d’éducation quand je suis entré au Boulot vers. Je savais peu de choses de la vie. Je partais de loin, de très loin. Je manquais d’éducation. »

Patrick se rappelle des participants stagiaires. Il en a croisé plus tard dans Hochelaga où il demeure. Solitaire, il n’a pas gardé contact avec eux, mais il demeure curieux de savoir ce qu’ils sont devenus : « je vais regarder sur le site du Boulot vers pour lire leur portait ! » dit-il avec un sourire dans la voix.

Travailleur méticuleux, observateur attentif, il souligne que la finition a toujours été importante pour lui : « Le souci du détail, c’est ce qui fait que je suis rendu là où je suis. » Présentement, il œuvre sur divers projets dans une entreprise de restauration, il coordonne les travaux de finition, de plâtre, de plomberie, de design intérieur, de peinture, d’ébénisterie et de menuiserie. « Certains jours, je suis en charge d’une équipe qui peut aller jusqu’à 15 personnes.»

Patrick ne dit pas beaucoup de mots. « Je suis quelqu’un dans sa tête. Je réfléchis constamment, sans arrêt. Je suis solitaire. Je parle peu, des fois jamais. C’est ma personnalité, c’est moi. » Sa nature assumée, Patrick navigue bien dans le travail avec tout ça, « j’ai pas de misère à me faire respecter ». Il a une autorité naturelle : « Je respecte les gens avec qui je bosse. J’ai une capacité d’écoute. Je suis travaillant: quand je demande quelque chose à quelqu’un, il va le faire parce qu’il sait que je donne autant que je demande aux autres. »

Du Boulot vers, il dit : « Je me rappelle très bien de l’équipe des intervenants. Ils ont été fantastiques. Ils m’ont accordé un temps précieux qui m’a aidé à me replacer. Je n’ose pas imaginer où je serais si je n’étais pas passé par Le Boulot vers…

« Grâce au Boulot vers et grâce à l’énergie que j’avais en moi, j’ai réussi à avancer dans la vie et à faire un métier qui me plaît. Étant parti de très loin, j’ai eu beaucoup de marches à monter, beaucoup beaucoup ! Aujourd’hui, à 38 ans, je suis très reconnaissant pour ce que m’a légué Le Boulot vers… »