Incarner le sens du travail

Bernard Pépin - Boulot Vers

Bernard Pépin, citoyen et grand bénévole au Boulot vers

« Cré-moé, cré-moé pas, quand j’ai commencé à travailler, j’avais 10 cennes de l’heure, sur 60 heures, ça faisait six piasses par semaine, 2 piasses à ma mère, 2 piasses pour les billets d’autobus, 2 piasses pour mes dépenses ! »

C’est Bernard Pépin, 96 ans, natif d’Hochelaga-Maisonneuve, qui parle. Un long et fier parcours, une présence communautaire soutenue. Il est profondément attaché au Boulot vers. Et pour cause : depuis 1982, il est une sorte de pionnier de l’employabilité dans le quartier, et ce, même s’il n’utilise pas ce terme dans son langage d’ancien ouvrier de la Shop Angus.

Bernard Pépin a été des fondateurs du Boulot vers, en tant que citoyen bénévole engagé dans la cause des jeunes en recherche de travail. C’est le quatrième complice des trois mousquetaires que furent Patrice, Élyse et Guy (dont il est le père), les fondateurs officiels de l’organisme.

« On trouvait que les jeunes du quartier peinaient à se trouver du travail. Un jour, en 1982, on s’est assis en arrière du Marché Maisonneuve pour en parler. On me reconnaissait l’expérience de vie et de travail, surtout. J’avais 60 ans, je venais tout juste de prendre ma pension au CPR. J’y avais été contremaître dans mes 18 dernières années.

« J’ai vécu une transition remarquable, je lâchais de travailler, et je m’attaquais à un problème majeur dans Hochelaga-Maisonneuve : il y avait beaucoup de chômage, beaucoup de batailles de rues, de vols. »

Par son suivi et son engagement pendant toutes ces 35 dernières années, son souci des jeunes, il incarne le sens du travail : « C’est important de penser à l’avenir, pas juste à l’instant présent. Quand tu finis l’école, faut avoir un idéal. Faut se dire : moi, je vais gagner ma vie, c’est pas mes parents qui vont me nourrir. Faut savoir ce qu’on veut faire. Il faut aussi prendre les bons chemins pour atteindre ce qu’on veut. Plus tard, quand tu prends ta pension, si t’as pas trop d’argent, si t’as pas eu de métier, c’est pas trop bon. »

Redonner au suivant l’a toujours guidé. « J’ai fait ça bénévolement. Parce que je trouvais que moi, j’avais trouvé un idéal, malgré les difficultés que j’ai eues. Au Boulot vers, quand je travaillais avec les jeunes, je leur disais : j’ai pas eu ça, cette chance-là, moi. Vous-autres, vous allez l’avoir ! Dans l’atelier, à la pause, je leur expliquais ce qu’était la vraie vie, l’importance d’avoir du cran, de vouloir aller de l’avant pour fonder un foyer. Je veux pas me vanter, mais j’ai toujours eu du succès avec les jeunes. Je leur racontais la réalité, je leur disais qu’au Boulot vers, ils étaient à la bonne place pour se faire un avenir. »

Homme de devoir et de responsabilisation, il invite sans cesse les jeunes à réaliser la valeur de leur implication personnelle : « il y a plusieurs jeunes qui, après être passés au Boulot vers, ont poursuivi dans la même direction. Tout ce qu’ils ont appris dans l’atelier, ils l’ont mis en pratique là où ils étaient. En ayant respecté les directives de l’atelier, ils sont devenus contremaîtres. Ils se sont dotés d’un bel avenir. »

À la fin, reste le sentiment d’avoir aidé les jeunes travailleurs à préparer leur avenir, à s’armer de patience et de réalisme en vue de gravir les échelons, à accomplir leur mission de vie. « J’en ai rencontré plusieurs après, qui me disaient « Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait pour moi, M. Pépin. Je travaille maintenant, j’ai deux enfants, un bon salaire ». Ils ont développé une fierté, une confiance. »

À son âge, on n’est pas aussi audacieux que plus jeune. « Une chose est certaine : Le Boulot vers… a toujours été une tradition fantastique pour moi, sortir des jeunes de la rue, qui vont nulle part, et faire des hommes avec, c’est quelque chose. Ça réchauffe le cœur, d’avoir accompli ça pour le Seigneur (puis, conscient de son commentaire religieux, il se reprend), et pour d’autres, d’accomplir ça pour les jeunes. »