Humblement se croire, quand on a du talent

Francis Pépin, stagiaire au Boulot vers en 2009

Sur le marché du travail, Francis Pépin a eu un début assez heureux. Puis, de son propre aveu, c’est devenu chaotique.

Encore jeune, avec un secondaire trois en poche, il commence par les petits métiers, tel plongeur dans un resto. Plus tard, il devient installateur chez un important câblodistributeur, métier très payant, aux responsabilités réelles.

Mais en même temps, il vit des ratés sur le plan personnel : il commence à consommer, ce qui crée vite un problème dans sa vie. Il perd sa job. Sa blonde le quitte. Il se replie inactif chez lui. Il vit sur ses économies, un coussin qui fond rapidement. À 25 ans, il est essoufflé, perdu, démoralisé.

C’est un membre de sa famille qui lui parle du Boulot vers, la première fois : « Au début, je ne voulais rien savoir, parce que je croyais que je n’en avais pas besoin ! » Il fera quand même sa demande, sera accepté comme stagiaire, vivra des débuts difficiles et en sortira… vainqueur !

« Au Boulot vers, je me trouvais vieux. À 25 ans, j’étais entouré de stagiaires qui avaient 18 ans. Je trouvais que je ne fitais pas avec eux. J’avais mon « orgueil », je faisais à ma tête. Surtout, je considérais ne pas avoir de problèmes ! Je ne réalisais pas que j’étais perdu à ce point-là ! »

« C’est une intervenante du Boulot Vers qui m’a fait réaliser, en me confrontant, que je m’accrochais au passé, à un pattern où j’avais vécu des excès qui m’avaient entraîné dans le vide ! Ça m’a ressaisi : par la suite, j’ai commencé à voir combien ma place au Boulot vers m’était profitable. » Apprendre à se faire confiance, et écouter l’intervenante lui dire : « tu as plus de talent que tu ne le crois ».

De là, aligné, « sur la track », il s’est mis à travailler sérieusement. « Veux, veux pas, au Boulot vers, tu n’as pas le choix d’avoir confiance en tes moyens : en atelier d’ébénisterie, au moment où tu fais des coupes précises, quand tu visses, quand tu fais le vernissage, la finition. Tout ça nécessite de la technique, de la maîtrise, de la confiance et de la créativité. »

Pour Francis, ces choses présentes en lui, il faut les pratiquer, les mettre en action. Maintenant, il récupère de vieux meubles et les rénove, ce dont il est très fier. « J’ai un côté artistique développé. J’aime le dessin, la créativité. Chez moi, je me suis acheté des ustensiles de cuisine et je confectionne des plats, des recettes, des tables d’hôte. J’invite des amis. J’ai une vie sociale. »

Côté professionnel, il est devenu un cuisinier expérimenté. Il travaille pour une entreprise dont la cafétéria se trouve dans une mine à… Salluit, village nordique du Nunavik, dans le Nord du Québec « qui ressemble à une base lunaire ! C’est un travail qui me rejoint dans mon mode de vie. Je suis un travailleur endurant. Je peux bosser beaucoup, sans arrêt, 7 jours sur 7, pendant trois semaines. »

Il est bien rémunéré et dispose régulièrement de longues périodes de pause, des semaines qu’il vient passer à Gatineau auprès de sa fille, qu’il a en garde partagée avec son ex-conjointe. Il dit « passer du temps de qualité » avec sa petite. « La consommation a été en diminuant. Maintenant, depuis que ma fille est venue au monde, il y a quatre ans, je n’en prends plus du tout. »

« Des fois, l’orgueil est mal placé. Vaut mieux ne pas être aveugle, et lâcher prise. Le Boulot vers… a ajouté une corde à mon arc. J’ai appris à accepter l’aide des autres, accepter l’aide qu’on m’offre. Ça ne fait de mal à personne. »