Élyse Benoît, cofondatrice du Boulot vers…

Co Fondatrice Boulot vers

« Je suis ce que je cherche, rarement ce que je trouve »

Faire une entrevue avec Élyse Benoît dans le contexte de notre série de 35 portraits pour le 35e anniversaire du Boulot vers, c’est plutôt injuste ! Cette intervenante aguerrie mériterait une couverture beaucoup plus soutenue, elle qui, avec Patrice Rodriguez et Guy Pépin, a été des premières heures de l’entreprise d’insertion, à l’époque où le concept s’inventait !

Dans un ouvrage sur le sujet[1], on lit d’ailleurs qu’«Élyse se refusait à travailler dans le domaine institutionnel des centres d’accueil pour jeunes. Elle voulait aider les jeunes en difficulté dans leur milieu et croyait fermement à l’activité, au travail, comme moyen de les rejoindre. »

Aujourd’hui, plus de trois décennies passées, c’est toujours le cas : Élyse travaille à l’Hôpital psychiatrique Albert Prévost, à titre de chef d’équipe du suivi intensif dans le milieu et, malgré que le travail et la clientèle aient changé, l’intervenante psychosociale demeure préoccupée par un souci égalitaire face à la marginalisation : « Le « vivre avec », accompagner les jeunes, c’est dans ma personnalité rebelle. Au Boulot vers, cela me rendait plus à l’aise, moi qui ne l’étais pas du tout à l’idée de « transformer les jeunes », de me doter de ce pouvoir-là ».

« Ça a toujours été, tout le long de ma démarche professionnelle… Aujourd’hui, je travaille en santé mentale, et c’est la même histoire : ne pas avoir trop d’ascendant sur une personne, même si on dit qu’elle est marginale, ou en difficultés… L’aider à avoir prise, par le travail, sur la réalité, la responsabiliser… Œuvrer ensemble avec les forces, dont la dimension de travailleur : le métier d’ébéniste, c’est concret, tu as quelque chose de réel entre les mains… » Rendre aux jeunes leur pouvoir, c’est de l’empowerment ? « Dans le travail, ça porte bien son sens : on est dans un jeu de pouvoir. »

À l’entendre parler du Boulot vers, toutes ces années plus tard, on constate qu’il y a la quête d’une vie qui a débuté là, qui a même donné naissance à l’entreprise — lui conférant ses gênes — et qui s’est poursuivie pendant le parcours de la psycho-éducatrice jusqu’à aujourd’hui. Une sorte de recherche face aux jeunes ou aux personnes en difficultés : considérer la personne entière, dans ce qui la constitue avec ses forces et ses faiblesses, dans ce qu’elle génère en elle d’opportunités face aux défis qui se présentent dans sa vie.

Universitaire, entrepreneure et « militante », est-ce que cela résume bien son parcours, durant toutes ces années de travail ? La citation, « je suis ce que je cherche, rarement ce que je trouve » représente en tout cas sa démarche…

« Aujourd’hui, je travaille en milieu hospitalier et je constate que c’est énorme, le pouvoir de l’institution, de l’hôpital, versus la personne soignée ! Je suis encore prise dans ce dilemme. La quête entreprise au Boulot vers, cela a été présent en moi, jeune femme qui, à l’époque, prenait sa place dans la société avec une rage dormante. J’ai mis cette énergie à contribution. »

[1] Pour plus de détails sur l’histoire de LBV, consulter : Le Boulot vers… 20 ans à meubler des vies, d’Anne-Marie Mottet, éditions Boréal, en vente au Boulot vers…, ou disponible à la Grande Bibliothèque, [cote : 331.345409714 M922b 2003]