Respectée dans sa nature

Karolane Valiquette - Boulot vers

Karolane Valiquette, 25 ans, stagiaire au Boulot vers en 2018

C’est par Emploi Québec que Karolane a eu vent du Boulot vers la première fois, alors que, lors d’une entrevue avec une conseillère, elle manifeste vouloir devenir mécanicienne ou ébéniste. Elle n’a qu’un secondaire un complété.

« J’ai contacté Le Boulot vers… Ils m’ont rappelé, j’ai eu un rendez-vous. J’ai passé l’entrevue de groupe, puis l’entrevue individuelle. J’ai été choisie. »

Elle confie qu’elle avait alors une sorte de projet en tête : « Je voulais voir comment c’était, comme métier, parce que je souhaitais faire un DEP en ébénisterie. Aussi, je voulais avoir davantage confiance en moi ». Et ainsi, peut-être, pouvoir prendre les décisions qui la concernent de façon assurée, autonome ?

Au moment où nous nous rencontrons, Karolane a 25 ans et vient tout juste de terminer son stage au Boulot vers, au mois d’octobre. Karolane ne parle pas beaucoup, c’est une silencieuse, un peu anxieuse confie-t-elle : donner une entrevue pour elle est quelque chose qu’elle ne connaît pas. Elle raconte son histoire d’une façon retenue, timide.

À l’atelier d’ébénisterie, son cheminement a d’abord été social : « J’ai essayé de me dégêner un peu, sinon, j’aurais parlé à personne ! C’est venu avec le temps. »

Au Boulot vers, elle a fait son stage dans l’atelier, exclusivement. « J’ai appris à appliquer la laque. Puis j’ai touché au montage des meubles pendant quelques semaines, un travail de précision, faut que ça soit bien fait. J’ai fait la scie à panneau, puis toutes les machines.

« J’ai fait beaucoup de commodes, de meubles pour garderies, ça, j’aimais ça, faire ça, je savais que je travaillais à rendre les enfants heureux ! J’ai fait six mois dans l’atelier. J’ai appris beaucoup. » Pleinement motivée, elle dit être partie de zéro pour finalement acquérir la base solide d’un métier. Elle en est fière.

Et sur le plan du cheminement personnel, comment a été sa démarche ? « C’était un peu difficile. J’avais de la misère à croire en moi, à avoir confiance en moi. Mais ça me faisait du bien, je me sentais mieux dans ma peau. J’ai appris à aller vers les autres avec qui je peux bien m’entendre. C’est ma nature. Je suis discrète. Je l’accepte très bien. Je n’ai pas le goût de prendre une grande place dans un groupe. Au Boulot vers, je me suis sentie respectée dans tout ça. »

« Tous les gens que j’ai croisés au Boulot vers m’ont appris, tous m’ont aidé à être moi-même. Comme dans une grande famille. Ils vont rester dans mon cœur, les stagiaires, les formateurs, tout l’monde que j’ai connu là ! »

Ce qui s’en vient ? « Je travaille dans un nouvel emploi, je me sens à l’aise. Dans une shop d’ébénisterie. Dans le placage, que j’avais touché au Boulot vers. Je suis très contente de mon emploi, de l’endroit où je suis rendue, mon cheminement, ma personne, je suis fière de moi. Plus tard, j’aimerais partir une entreprise en ébénisterie, être à mon compte. C’est comme un rêve que j’ai en moi, que j’aimerais réaliser…

« À un jeune qui hésite, je suggère d’essayer. Il va rencontrer une bonne équipe. Ça serait bien qu’il y aille et qu’il sorte de là fort et égal : égal à tout l’monde, en respectant son rythme à lui. Je me suis sentie respectée au Boulot vers. »

 

Apprendre dans l’action

Michel Gendron - Boulot vers

Michel Gendron, ancien employé [1987-1993],
ex-membre du conseil [2007-2011] et président [2009-2011]du Boulot vers

Michel Gendron a contribué deux fois de façon majeure à l’œuvre du Boulot vers. Dans la période de 1987 à 1993, il a été intervenant formateur, avec Élise Benoît, directrice de la formation (et aussi une des fondatrices de l’organisme) : « Élise et moi avions étudié ensemble au bacc en psycho-éducation ; quand elle a quitté, j’ai pris la relève de la direction de la formation, de 1988 à 1993. »

« Par la suite, j’ai œuvré dans une corporation de développement économique, puis actionnaire et consultants au Groupe CFC, jusqu’à il y a cinq ans, où j’ai quitté. Je suis maintenant consultant en management à mon compte. J’interviens principalement en accompagnement individuel de leaders. »

Par ailleurs, il reviendra dans l’entreprise d’insertion en tant que membre bénévole du conseil d’administration, de 2007 à 2009, et président, de 2009 à 2011.

Pour avoir œuvré donc dans les premières années du Boulot vers, que retient-il ? « On n’avait pas idée qu’on partait quelque chose qui allait durer 35 ans ! Toutefois, on avait la conviction qu’on préconisait un type contributif et audacieux d’intervention, très collé à la réalité du travail. On appelait ça « l’apprentissage dans l’action ». »

Lors de ses deux passages au Boulot vers, « s’il y a une constance que j’ai vécue, comme directeur de formation puis comme membre du conseil, c’est définitivement les enjeux de stabilité financière de ce modèle d’affaires qu’est l’entreprise d’insertion : on tente d’y faire coexister une réalité de PME avec des jeunes en difficultés de fonctionnement dans le cadre régulier du marché du travail.

« Une des interventions importantes de ma première participation a été de restructurer complètement le programme d’intervention en fonction d’une logique de six mois, ce qui permettait d’instaurer une courbe d’apprentissage pour le jeune ». Cela facilitait également le dialogue avec les bailleurs de fonds [au provincial et au fédéral].

Que retient-il de son passage au Boulot vers, notamment en tant que bénévole au CA ? « Le sentiment d’avoir accompli quelque chose de plus grand. Et la satisfaction d’avoir contribué à créer une entreprise innovante. Je le faisais par conviction personnelle et citoyenne, avec le souci de redonner à la société. »

Ce modèle inventé d’entreprise d’insertion l’inspire-t-il dans sa pratique de consultant senior, aujourd’hui ? « Oui. J’ai développé une conviction : je crois en la force de l’apprentissage dans l’action. J’utilise encore ce concept aujourd’hui dans mes interventions. Je dis souvent : dans votre entreprise, ne vous imaginez pas que vous allez trouver des gens peu développés qui vont arriver chez vous et qui vont déjà maîtriser la culture organisationnelle dans laquelle ils doivent s’insérer. Donnez-leur la possibilité de se développer à même l’organisation. Vous serez beaucoup plus gagnants que de chercher des gens déjà tout formés. Ce type d’intervention, je le résume par l’apprentissage dans l’action. Je m’en sers encore aujourd’hui. Ça fait partie de mes valeurs. »

Aux jeunes d’aujourd’hui, quoi dire ? « Tout le monde a la légitimité d’être dans la société. C’est encore plus vrai aujourd’hui : beaucoup de jeunes de différents milieux et de différents niveaux de scolarité ne correspondent pas nécessairement à la définition du marché du travail, lequel est en profond changement.

« Je reconnais que certains jeunes se sentent exclus, qu’ils ont de la difficulté à entrer quelque part. Cela étant, je leur dirais : trouve ta contribution, trouve ton rêve et donne-toi les moyens pour y arriver. À la base, je suis convaincu que tous les jeunes, même ceux qui sont en difficulté majeure, ont en eux un projet, celui de contribuer. Il faut alors leur permettre de s’exprimer en lien avec ce projet-là ! »

Le difficile mais profitable travail sur soi

sophie-narbonne Boulot vers

Sophie Narbonne, stagiaire au Boulot vers en 2012

En 2011, Sophie Narbonne a 22 ans : « Je connaissais plusieurs personnes, des ami[e]s, qui avaient fait Boulot vers, et qui m’ont suggéré d’y aller. J’ai passé une entrevue. J’ai été acceptée. » Parfois, c’est aussi simple que cela.

« Du point de vue scolarité, j’avais complété mon secondaire deux, poursuit Sophie. Je vivais chez mes parents. J’avais des petites jobines, mais rien de super sérieux. Je n’avais pas de diplômes pour pratiquer un vrai métier. »

« J’ai fait le programme Bouge vers le boulot offert cette année-là. C’était trois mois de sport et de travail sur soi. Dix heures de sport par semaine. Il y avait un cours portant sur l’estime de soi, dix heures par semaine également. Je faisais le basketball, le soccer, l’entraînement physique et le jogging, beaucoup de jogging. » Sophie rit : « Thierry (l’entraîneur) nous poussait dans nos limites ! On courait souvent à l’extérieur, c’était assez intense ! À la suite de ces activités, j’ai fait le stage de six mois dans l’usine. »

A-t-elle le souvenir que c’était là une bonne approche, pour elle ? « Ça m’a beaucoup aidé ! C’est peut-être le sport qui m’a aidé le plus, ainsi que le stage comme tel et un programme (une thérapie, précise-t-elle plus loin) que j’ai fait en parallèle. » Sophie réfléchit et ajoute : « Tout cela a représenté un travail sur moi qui m’a beaucoup aidé. »

Le travail sur soi : l’expression est lancée. Sophie, sur un ton de confidence, parle de l’effort et de l’inconfort que créait cet aspect de son stage : « On travaillait l’estime de soi. Je me rappelle d’ateliers portant sur la gestion de la colère. Avant, j’étais quelqu’un de très impulsif. J’ai appris à contenir ma colère. Pogner les nerfs, j’ai fait ça, et ça ne m’a servi à rien. »

« Dans mon travail, aujourd’hui, je le reconnais, ça m’est utile. Le simple fait de parler, d’extérioriser, ça me fait du bien. » . Se comprendre. Penser avant de répondre : tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.

Dans ton parcours de travailleuse, qu’est-ce qui a suivi le stage ? « J’ai essayé de trouver du travail. J’ai fait des démarches auprès d’Emploi Québec. Je commençais à être sérieuse grâce à mon stage, et en bout de ligne, j’ai eu le soutien nécessaire du Boulot vers auprès d’Emploi Québec pour finir mon secondaire, puis faire un DEP comme infirmière auxiliaire. » Elle est maintenant à l’emploi du CIUSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, à temps plein.

Le stage au Boulot vers lui a permis d’acquérir de la confiance. Elle est fière d’avoir appris à terminer les choses : elle a son permis et conduit la voiture. Elle a fait son secondaire 5. Elle a trouvé un emploi et pratique un métier. Elle a eu un enfant, la petite Alissa, il y a un an et quatre mois. « Tout s’est aligné. Ma vie prend une direction. »

En ce moment, elle termine un congé de maladie et avoue avoir hâte de reprendre parce que « ne rien faire, je n’aime pas ça ! » Elle a un message pour l’équipe du Boulot vers : « Merci pour l’aide que vous m’avez apportée dans ma vie ! Encore aujourd’hui, vous continuez à m’aider, exprime-t-elle avec reconnaissance, même si j’ai terminé mon stage il y a longtemps ! C’est spécial, et c’est précieux ! »

Opter pour la sécurité et gagner en confiance

Robert Gangarossa - Boulot vers

Robert Gangarossa, stagiaire au Boulot vers, 1988

Dans l’entrevue qu’il nous accorde, Robert Gangarossa parle avec attention.

C’est qu’il a à cœur de faire le point sur son parcours de vie, en présence. Après tout, il revient sur une expérience vécue il y a trente ans, qui a eu une influence sur sa vie, par la suite. Il est soucieux de bien prendre la mesure de l’impact de tout ça.

Au cœur de son témoignage, il y a la confiance. Celle que l’on a, à la base, et celle qu’on acquiert. La confiance qu’on perd et qui nous plonge dans le doute. La confiance qu’on retrouve et qui nous projette dans l’action et les compromis : comme un ancrage, Robert y revient tout au long de son récit.

Né à Hochelaga-Maisonneuve, d’un père italien et d’une mère québécoise, il est de cette génération de stagiaires qui ont bossé dans l’atelier de la rue Moreau, premier site commercial du Boulot vers. À l’origine, c’est sa sœur qui lui a conseillé d’aller à Boulot vers : « J’étais tanné de mon travail, j’avais des problèmes de caractère. Pas terminé mon secondaire. Ma sœur savait que j’aimais bricoler, elle connaissait mon côté manuel.

« J’ai rencontré alors un conseiller, Michel Gendron, ça m’a aidé à m’ouvrir. Je l’ai bien aimé, il m’a marqué : il savait comment amener les jeunes à s’ouvrir. J’étais bon de mes mains, mais j’avais besoin de confiance : il m’a fait travailler cela. » Dans sa cohorte d’une quinzaine de stagiaires, Robert a vécu de nouvelles expériences au Boulot et obtenu des « papiers », un diplôme, « un peu comme dans une classe d’école. Y’avait aussi la possibilité de faire des cours en dessin technique ».

Après Le Boulot vers…, il a souhaité laisser l’ancien milieu où il travaillait pour aller dans ce qu’il venait d’étudier, en ébénisterie : « J’y ai fait quatre ans. Mais le travail nous amenait à changer trop souvent de projets, et ça m’a rendu nerveux. » La pression est trop grande : il retourne à son ancien travail, pour y évoluer pendant une douzaine d’années. Puis, ce sont les études à nouveau, où il décroche un diplôme d’études professionnelles [DEP] en entretien général d’immeuble. Aujourd’hui, et depuis 15 ans, il est peintre et préposé à l’entretien à l’Office municipal d’habitation de Montréal.

Il se souvient bien de l’époque du Boulot vers. « C’est un bon organisme qui m’a aidé à me découvrir. Ça m’a ouvert une première porte pour que je puisse faire mon cheminement, par après. Aujourd’hui, je peux dire que je suis à ma place. Et je réalise que les expériences qui ont suivi m’ont permis d’y accéder. »

Marié à Isabel, il est propriétaire de sa maison. C’est là qu’il applique son côté manuel d’ailleurs, en confiance dans le milieu familial, sans chercher à vivre la pression du « client avec ses attentes de perfection ! Je me reconnais une bonne dextérité. Je suis content de voir à quel point j’ai cheminé ». Il ajoute que le temps, les années aident à intégrer et à devenir ce qu’on est profondément en soi. « En vieillissant, on gagne en maturité. On comprend mieux le sens de la vie. »

Aux jeunes qui cherchent et se questionnent, il recommande chaleureusement de faire un stage au Boulot vers : « Si on se retrouve là, c’est qu’on aspire à s’ouvrir et à se connaître davantage. On se sent accueilli, accepté. On cherche à utiliser tout son potentiel. C’est quelque chose qui va nous servir toute la vie ! »

Faire un travail qu’on maîtrise bien, quel qu’il soit, c’est opter pour l’autonomie, la confiance en soi et la sécurité matérielle qui en découle, tout en tenant compte de ses capacités réelles à faire face aux pressions du travail.

Incarner le sens du travail

Bernard Pépin - Boulot Vers

Bernard Pépin, citoyen et grand bénévole au Boulot vers

« Cré-moé, cré-moé pas, quand j’ai commencé à travailler, j’avais 10 cennes de l’heure, sur 60 heures, ça faisait six piasses par semaine, 2 piasses à ma mère, 2 piasses pour les billets d’autobus, 2 piasses pour mes dépenses ! »

C’est Bernard Pépin, 96 ans, natif d’Hochelaga-Maisonneuve, qui parle. Un long et fier parcours, une présence communautaire soutenue. Il est profondément attaché au Boulot vers. Et pour cause : depuis 1982, il est une sorte de pionnier de l’employabilité dans le quartier, et ce, même s’il n’utilise pas ce terme dans son langage d’ancien ouvrier de la Shop Angus.

Bernard Pépin a été des fondateurs du Boulot vers, en tant que citoyen bénévole engagé dans la cause des jeunes en recherche de travail. C’est le quatrième complice des trois mousquetaires que furent Patrice, Élyse et Guy (dont il est le père), les fondateurs officiels de l’organisme.

« On trouvait que les jeunes du quartier peinaient à se trouver du travail. Un jour, en 1982, on s’est assis en arrière du Marché Maisonneuve pour en parler. On me reconnaissait l’expérience de vie et de travail, surtout. J’avais 60 ans, je venais tout juste de prendre ma pension au CPR. J’y avais été contremaître dans mes 18 dernières années.

« J’ai vécu une transition remarquable, je lâchais de travailler, et je m’attaquais à un problème majeur dans Hochelaga-Maisonneuve : il y avait beaucoup de chômage, beaucoup de batailles de rues, de vols. »

Par son suivi et son engagement pendant toutes ces 35 dernières années, son souci des jeunes, il incarne le sens du travail : « C’est important de penser à l’avenir, pas juste à l’instant présent. Quand tu finis l’école, faut avoir un idéal. Faut se dire : moi, je vais gagner ma vie, c’est pas mes parents qui vont me nourrir. Faut savoir ce qu’on veut faire. Il faut aussi prendre les bons chemins pour atteindre ce qu’on veut. Plus tard, quand tu prends ta pension, si t’as pas trop d’argent, si t’as pas eu de métier, c’est pas trop bon. »

Redonner au suivant l’a toujours guidé. « J’ai fait ça bénévolement. Parce que je trouvais que moi, j’avais trouvé un idéal, malgré les difficultés que j’ai eues. Au Boulot vers, quand je travaillais avec les jeunes, je leur disais : j’ai pas eu ça, cette chance-là, moi. Vous-autres, vous allez l’avoir ! Dans l’atelier, à la pause, je leur expliquais ce qu’était la vraie vie, l’importance d’avoir du cran, de vouloir aller de l’avant pour fonder un foyer. Je veux pas me vanter, mais j’ai toujours eu du succès avec les jeunes. Je leur racontais la réalité, je leur disais qu’au Boulot vers, ils étaient à la bonne place pour se faire un avenir. »

Homme de devoir et de responsabilisation, il invite sans cesse les jeunes à réaliser la valeur de leur implication personnelle : « il y a plusieurs jeunes qui, après être passés au Boulot vers, ont poursuivi dans la même direction. Tout ce qu’ils ont appris dans l’atelier, ils l’ont mis en pratique là où ils étaient. En ayant respecté les directives de l’atelier, ils sont devenus contremaîtres. Ils se sont dotés d’un bel avenir. »

À la fin, reste le sentiment d’avoir aidé les jeunes travailleurs à préparer leur avenir, à s’armer de patience et de réalisme en vue de gravir les échelons, à accomplir leur mission de vie. « J’en ai rencontré plusieurs après, qui me disaient « Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait pour moi, M. Pépin. Je travaille maintenant, j’ai deux enfants, un bon salaire ». Ils ont développé une fierté, une confiance. »

À son âge, on n’est pas aussi audacieux que plus jeune. « Une chose est certaine : Le Boulot vers… a toujours été une tradition fantastique pour moi, sortir des jeunes de la rue, qui vont nulle part, et faire des hommes avec, c’est quelque chose. Ça réchauffe le cœur, d’avoir accompli ça pour le Seigneur (puis, conscient de son commentaire religieux, il se reprend), et pour d’autres, d’accomplir ça pour les jeunes. »

 

 

« Le cadeau que procure une famille, c’est l’appartenance »

maricia Murat - Boulot Vers

Maricia Murat, stagiaire en 2017, au Boulot vers

C’est tout récent : depuis mars 2018, Maricia est auxiliaire familiale en santé et services sociaux, à Montréal, à l’Institut universitaire en santé mentale (anciennement l’Hôpital Louis-H. Lafontaine).

Stagiaire en 2017, c’est « un jeune voisin qui m’a parlé du Boulot vers, m’expliquant que les gens là-bas pourraient m’aider, me recadrer dans mes objectifs. » Maricia l’avoue spontanément, elle avait de la difficulté à faire confiance, elle avait appris à se méfier, « se parer à recevoir des coups de couteau dans le dos. Je suis une fille qui a beaucoup de caractère, qui montre qu’elle sait où elle veut aller, autonome. Mais il y avait un doute en moi, que les intervenantes au Boulot vers m’ont aidée à cerner. »

« À l’atelier, j’ai réalisé que je n’avais pas beaucoup de patience pour aider les gens. Quand c’était un peu lent, ça ne marchait pas ! J’étais une « petite vite-vite » ! Attendre les autres, ça ne marchait pas ! J’ai découvert là que tous n’avaient pas les mêmes capacités ni les mêmes motivations que moi. On n’est pas tous faits pareils. J’ai pu travailler ma patience. J’ai compris que j’étais quelqu’un avec du leadership. J’ai développé le travail d’équipe, et surtout ma patience. »

Un autre cadeau de la vie attendait Maricia : « Qu’est-ce que Boulot vers m’a apporté ? De l’appartenance. J’y ai découvert une famille « soudée », j’y ai développé de nouvelles facettes de moi. Avec cette famille-là, j’ai développé la confiance, j’ai grandi. Les gens du Boulot vers m’ont accueillie, ça m’a donné encore plus d’espoir, de nouvelles ressources, l’appartenance, une famille. Ça m’a ouvert les yeux : ma vraie famille n’est pas ici, j’ai toujours compris çà, mais c’est ici que j’ai réalisé qu’elle existait quelque part, qu’elle m’attendait. »

Fonceuse, elle entreprend alors aller à la rencontre des siens : « J’ai travaillé fort pour y arriver. J’ai fait des études. J’ai trouvé du travail, j’ai fait de l’argent pour me procurer mon passeport. »

Elle ajoute en riant : « Ça m’a ouvert la porte de l’avion ! »

Haïtienne d’origine, la vraie famille est importante à son cœur, même si la sienne est en ce moment dispersée, ici et en Haïti. Au moment de notre entrevue, elle revient incidemment de là-bas, où elle a vu sa mère pour la première fois depuis 15 ans et connu ses deux petites sœurs de 9 et 12 ans. Elle est maintenant remplie d’une énergie qui la lie encore plus aux siens : « Revenue ici, tout a changé, ma visite là-bas m’a donné encore plus d’espoir. »

Quel sens dégages-tu de ton passage comme stagiaire ? « Le Boulot vers, lors de mon stage, m’a procuré une famille. Et ça m’a redonné le goût de retrouver ma famille à moi. Ça comptait pour moi que ma mère un jour me revoit. C’est pas que je lui doive quelque chose… Seulement, j’aimerais qu’elle sache que je souhaite prendre sa relève, ne serait-ce que pour mes petites sœurs. Je me bats pour les deux, les faire entrer ici, pour leur procurer une nouvelle vie, avec les études et le métier qu’elles veulent faire. C’est ça mon but. Elles sont encore en Haïti. »

Maricia se sent responsable, « je suis la plus grande, du côté à ma mère. Pour l’instant, les deux petites ne manquent de rien, mais plus tard, j’aimerais veiller sur elles. » Elle vit en couple avec sa conjointe qui a une petite fille de sept ans.

Au Boulot vers, elle fait ses salutations : « 35 ans, c’est beaucoup d’années, mais le cœur de l’organisation reste jeune ». Au futur stagiaire qui se questionne, elle adresse une invitation : « Fais-toi confiance, tu n’as rien à perdre. Et fais-leur confiance ! » Pour finir, un court message personnel : « j’aimerais remercier Jesula, la saluer. Son histoire m’a inspirée et m’a soutenue, à maintes reprises ».

Persévérer, retrouver le goût

Roxane Dufort - Boulot vers

Roxanne Dufort, stagiaire en 2008 au Boulot vers

Dix années se sont écoulées depuis que Roxanne est passée au Boulot vers.

Arrivée à l’âge de 19 ans, à la suite des recommandations d’une amie, elle a derrière elle un secondaire cinq et l’expérience de petits métiers qu’elle a exercés. Elle veut maintenant mettre de l’ordre dans tout ça.

Elle se rappelle bien. Et reste avec de bons souvenirs : « Mon passage au Boulot vers a vraiment été une belle période. J’ai fait un stage de six mois, j’étais dans l’équipe de soir. J’ai rencontré des gens super. J’ai conservé des photos de groupes. Je me suis amusée, au cours de ce cheminement-là. »

Aujourd’hui encore, elle revoit les autres stagiaires et les membres de l’équipe lors de concerts bénéfices annuels ou au fil de rencontres au hasard, dans le quartier où elle demeure.

« Les intervenants ont un rôle rassembleur, exprime-t-elle. Ils sont là pour nous conseiller, nous dire ce qu’il faut entendre, et non pas ce qu’on souhaiterait entendre ». Sous-entendant par là qu’en tant que stagiaire, on peut être tentée de se conter des histoires plutôt que de faire face à la réalité ? « Ils ont vraiment le rôle de susciter la réflexion intérieure ».

Roxanne est à l’écoute de ce qui se passe en elle. Au Boulot vers, elle accepte de regarder avec d’autres certains aspects de sa vie qui ne fonctionnent pas forcément bien, et d’en tirer les actes à poser. Comme la fois où, en échange avec une intervenante, elle a réalisé que sa relation amoureuse de l’époque était nuisible pour son équilibre. « Aujourd’hui, je suis contente d’être sortie de cette relation-là, toxique, malsaine. Reconnaissante de ce que m’a apporté l’intervenante du Boulot vers : elle m’a invitée à mettre le pied à terre et à établir mes limites, à dire « non ». Ça m’a ouvert les yeux. Ça a été le début d’une nouvelle vie. J’ai beaucoup de reconnaissance. »

« Je suis arrivée là avec l’espoir de trouver ma voie. J’en suis sortie avec le sentiment que j’avais à trouver ce que j’allais devenir. » Les années qui ont suivi ont été par moments difficiles. Sur le plan profession, elle a poursuivi en ébénisterie puis pendant deux ans en éducation spécialisée. La suite est sombre : « Le médecin m’a parlé d’épuisement professionnel. J’ai mis un terme à mes études pour prendre soin de moi ». Elle suspend la formation. Avec l’idée, résiliente, d’obtenir quand même un diplôme.

C’est en technique de documentation qu’elle s’est orientée, il y a un peu moins de deux ans, à l’aube de sa trentaine. « Bien que j’aie encore des incertitudes et des craintes, je persévère, parce que je tiens à aller jusqu’au bout ! »

Roxanne est une personne consciente de ce qui l’anime, en mouvement par rapport à ce qu’elle découvre. Son parcours est pavé d’événements, parfois heureux, parfois difficiles, qui la font grandir, et devenir de plus en plus ce qu’elle aspire à être, sans toujours savoir où cela arrivera…

Au fait, les événements récents qui lui arrivent semblent lui donner raison. Elle vient d’obtenir une bourse d’études de 1 000 $ de la Fondation Desjardins pour les études postsecondaires. Dans son plaidoyer pour l’obtenir, elle a parlé de persévérance scolaire tout comme du goût qu’elle a de retourner aux études.

Jeune femme connectée, sensible, engagée à mieux se connaître, Roxanne est à l’écoute des conseils que lui adresse la vie et, persévérante, fait confiance à ce qui se présente.

La force du silencieux

Patrick-Nourry - Boulot vers

Patrick Nourry, stagiaire au Boulot vers en 2002

La rencontre avec Patrick Nourry, stagiaire au Boulot vers en 2002, s’est produite dans un échange minimaliste et senti, fait de courtes réponses et d’une présence soutenue, de nombreux silences et, quelque part dans tout ça, de gratitude.

C’est à l’âge de 22 ans que Patrick fait son stage. Il arrive d’une période difficile : natif de Trois-Rivières, à 16 ans, il abandonne l’école et quitte pour venir s’installer seul à Montréal.

Un jour, il vient au Boulot vers à la suite d’une annonce dans le journal : « J’essayais de terminer mon secondaire à l’Éducation aux adultes. J’avais de la misère, à l’époque. Dans tout. J’étais seul. Je me souviens très bien de l’entrevue passée au Boulot vers : j’ai été accepté dans le programme. »

Cette année-là, Patrick entreprenait de « s’ancrer dans la réalité ». Avec peu de moyens. Comme s’il arrivait sur terre sans jamais s’être trop posé de questions sur le travail avant, mais désormais curieux et motivé à le faire… « Je partais de loin, de très loin. Aussitôt que j’ai commencé ma formation au Boulot vers, je suis devenu curieux, avide d’en savoir toujours plus. Je me suis mis à absorber des connaissances sans arrêt. »

« Avant Boulot vers, je ne connaissais pas l’ébénisterie. J’ai appris dans l’atelier, avec les gens qui m’ont montré. J’étais un élève assez exemplaire, parce que j’adorais ça. Ça a été une super découverte ! J’avais pas beaucoup d’éducation quand je suis entré au Boulot vers. Je savais peu de choses de la vie. Je partais de loin, de très loin. Je manquais d’éducation. »

Patrick se rappelle des participants stagiaires. Il en a croisé plus tard dans Hochelaga où il demeure. Solitaire, il n’a pas gardé contact avec eux, mais il demeure curieux de savoir ce qu’ils sont devenus : « je vais regarder sur le site du Boulot vers pour lire leur portait ! » dit-il avec un sourire dans la voix.

Travailleur méticuleux, observateur attentif, il souligne que la finition a toujours été importante pour lui : « Le souci du détail, c’est ce qui fait que je suis rendu là où je suis. » Présentement, il œuvre sur divers projets dans une entreprise de restauration, il coordonne les travaux de finition, de plâtre, de plomberie, de design intérieur, de peinture, d’ébénisterie et de menuiserie. « Certains jours, je suis en charge d’une équipe qui peut aller jusqu’à 15 personnes.»

Patrick ne dit pas beaucoup de mots. « Je suis quelqu’un dans sa tête. Je réfléchis constamment, sans arrêt. Je suis solitaire. Je parle peu, des fois jamais. C’est ma personnalité, c’est moi. » Sa nature assumée, Patrick navigue bien dans le travail avec tout ça, « j’ai pas de misère à me faire respecter ». Il a une autorité naturelle : « Je respecte les gens avec qui je bosse. J’ai une capacité d’écoute. Je suis travaillant: quand je demande quelque chose à quelqu’un, il va le faire parce qu’il sait que je donne autant que je demande aux autres. »

Du Boulot vers, il dit : « Je me rappelle très bien de l’équipe des intervenants. Ils ont été fantastiques. Ils m’ont accordé un temps précieux qui m’a aidé à me replacer. Je n’ose pas imaginer où je serais si je n’étais pas passé par Le Boulot vers…

« Grâce au Boulot vers et grâce à l’énergie que j’avais en moi, j’ai réussi à avancer dans la vie et à faire un métier qui me plaît. Étant parti de très loin, j’ai eu beaucoup de marches à monter, beaucoup beaucoup ! Aujourd’hui, à 38 ans, je suis très reconnaissant pour ce que m’a légué Le Boulot vers… »

Humblement se croire, quand on a du talent

Francis Pépin, stagiaire au Boulot vers en 2009

Sur le marché du travail, Francis Pépin a eu un début assez heureux. Puis, de son propre aveu, c’est devenu chaotique.

Encore jeune, avec un secondaire trois en poche, il commence par les petits métiers, tel plongeur dans un resto. Plus tard, il devient installateur chez un important câblodistributeur, métier très payant, aux responsabilités réelles.

Mais en même temps, il vit des ratés sur le plan personnel : il commence à consommer, ce qui crée vite un problème dans sa vie. Il perd sa job. Sa blonde le quitte. Il se replie inactif chez lui. Il vit sur ses économies, un coussin qui fond rapidement. À 25 ans, il est essoufflé, perdu, démoralisé.

C’est un membre de sa famille qui lui parle du Boulot vers, la première fois : « Au début, je ne voulais rien savoir, parce que je croyais que je n’en avais pas besoin ! » Il fera quand même sa demande, sera accepté comme stagiaire, vivra des débuts difficiles et en sortira… vainqueur !

« Au Boulot vers, je me trouvais vieux. À 25 ans, j’étais entouré de stagiaires qui avaient 18 ans. Je trouvais que je ne fitais pas avec eux. J’avais mon « orgueil », je faisais à ma tête. Surtout, je considérais ne pas avoir de problèmes ! Je ne réalisais pas que j’étais perdu à ce point-là ! »

« C’est une intervenante du Boulot Vers qui m’a fait réaliser, en me confrontant, que je m’accrochais au passé, à un pattern où j’avais vécu des excès qui m’avaient entraîné dans le vide ! Ça m’a ressaisi : par la suite, j’ai commencé à voir combien ma place au Boulot vers m’était profitable. » Apprendre à se faire confiance, et écouter l’intervenante lui dire : « tu as plus de talent que tu ne le crois ».

De là, aligné, « sur la track », il s’est mis à travailler sérieusement. « Veux, veux pas, au Boulot vers, tu n’as pas le choix d’avoir confiance en tes moyens : en atelier d’ébénisterie, au moment où tu fais des coupes précises, quand tu visses, quand tu fais le vernissage, la finition. Tout ça nécessite de la technique, de la maîtrise, de la confiance et de la créativité. »

Pour Francis, ces choses présentes en lui, il faut les pratiquer, les mettre en action. Maintenant, il récupère de vieux meubles et les rénove, ce dont il est très fier. « J’ai un côté artistique développé. J’aime le dessin, la créativité. Chez moi, je me suis acheté des ustensiles de cuisine et je confectionne des plats, des recettes, des tables d’hôte. J’invite des amis. J’ai une vie sociale. »

Côté professionnel, il est devenu un cuisinier expérimenté. Il travaille pour une entreprise dont la cafétéria se trouve dans une mine à… Salluit, village nordique du Nunavik, dans le Nord du Québec « qui ressemble à une base lunaire ! C’est un travail qui me rejoint dans mon mode de vie. Je suis un travailleur endurant. Je peux bosser beaucoup, sans arrêt, 7 jours sur 7, pendant trois semaines. »

Il est bien rémunéré et dispose régulièrement de longues périodes de pause, des semaines qu’il vient passer à Gatineau auprès de sa fille, qu’il a en garde partagée avec son ex-conjointe. Il dit « passer du temps de qualité » avec sa petite. « La consommation a été en diminuant. Maintenant, depuis que ma fille est venue au monde, il y a quatre ans, je n’en prends plus du tout. »

« Des fois, l’orgueil est mal placé. Vaut mieux ne pas être aveugle, et lâcher prise. Le Boulot vers… a ajouté une corde à mon arc. J’ai appris à accepter l’aide des autres, accepter l’aide qu’on m’offre. Ça ne fait de mal à personne. »

Une vision sensible du pouvoir d’agir chez le jeune travailleur en quête d’insertion

annesaintpierre - Boulot vers

Anne St-Pierre, directrice générale, CJE Hochelaga-Maisonneuve

Anne St-Pierre œuvre en employabilité dans le quartier depuis plus de 35 ans. Aujourd’hui directrice du Carrefour-Jeunesse Emploi Hochelaga-Maisonneuve, elle a croisé les trois fondateurs du Boulot vers au moment de la création de l’organisme, en 1983.

Ainsi, Patrice, Guy et plus particulièrement Élise ont travaillé avec Emploi Jeunesse — là où Anne évoluait — de façon à mieux articuler ce qu’on va appeler l’employabilité, terme émergeant, à l’époque.

En effet, dans les années 1980, en tant qu’intervenante, Anne positionne ses actions dans un cadre plus large que clinique. « On arrête de penser que les jeunes (sans emploi) sont en difficultés personnelles, on parle plutôt de difficultés fonctionnelles, explique-t-elle. On cherche à soutenir les jeunes non pas parce qu’ils sont « malades », mais plutôt pour protéger leurs acquis — les portes du travail leur étant fermées — et maintenir leur force de travail, en favorisant notamment l’interface avec les employeurs.

« Dans cette perspective, l’entreprise d’insertion va s’adresser à sa clientèle comme à des personnes qui veulent produire, travailler, donner un résultat, faire un produit fini. C’est ce que Le Boulot vers… va instaurer et qui va devenir un modèle d’insertion reconnu au Québec. »

Et la pratique modulera ce modèle vivant, qui évoluera pour servir des clientèles « vulnérables » : il s’agit alors de renforcer les capacités de prise en charge citoyenne, il s’agit d’empowerment.

Pour Anne St-Pierre, qui n’a cessé de travailler avec l’entreprise d’économie sociale au fil de toutes ses années d’activités, Le Boulot vers… constitue une référence incontournable. « L’organisme a une forte présence auprès de sa clientèle d’abord, des autres organismes, ensuite. Il a favorisé les alliances. »

Anne rappelle que Le Boulot vers… a grandement contribué à la création et à l’animation de la Table de concertation Jeunesse Hochelaga-Maisonneuve, parmi les plus anciennes à Montréal. « L’équipe d’insertion a une vision humaine du jeune travailleur, elle ne le voit pas seulement travailler, mais aussi vivre, avoir des besoins périphériques qui peuvent l’encourager dans la persévérance : un bon logement, des gens en appui psycho-social, des loisirs, des sports, du soutien alimentaire.

« Entreprise de conviction, Le Boulot vers… aspire à créer un milieu de travail correspondant aux besoins d’affranchissement et d’excellence de sa clientèle. C’est le plus beau cadeau qu’on peut faire à une clientèle vulnérable, désireuse tout autant que les autres d’accéder au marché de l’emploi ! »

À Anne comme aux autres rencontrés en entrevues, nous demandons quel message livrer aux jeunes qui hésitent à frapper à la porte du Boulot vers ?

« Au CJE, nous travaillons beaucoup sur le développement du pouvoir d’agir.

« Toi qui marches, reconnais et accueille ton intuition dans le mouvement. Je monte ces marches, je franchis ce seuil. Je cherche une réponse, et j’accepte de la recevoir.

« On a peu de contrôle sur ce qui fait l’élan vers la porte. Est-ce la référence qui a précédé, ou plutôt le désir personnel ? Oui, la personne qui se présente a entendu parler de notre organisation, mais c’est quand même elle qui a fait le chemin pour se rendre. Elle n’est pas une victime. C’est une personne qui, quelque part en elle, soupçonne qu’elle a besoin de soutien.

« Je dis souvent : il y a toujours quelqu’un ou un événement qui nous a aidé à forger notre autonomie. » Se faire confiance ? Faire confiance à quelque chose qui se passe à l’intérieur ? « Le Boulot vers…, dans sa conception de l’insertion, donne l’opportunité à la personne de bouger, d’agir ; à partir de là, c’est la personne elle-même qui œuvre. »