S’engager est affaire de confiance et de cœur, du président au stagiaire !

Durochers Pierre

Pierre Desrochers, membre du conseil [1998-2006]

Quand Pierre Desrochers raconte sa participation au Boulot vers, débutée avant les années 2000[1], c’est à partir de son expérience bénévole à la gouvernance de l’organisme qu’il le fait. Et c’est rapidement la confiance et la transparence qu’il évoque, sans les nommer.

Force est de constater que ces valeurs ont été au cœur de son engagement en tant qu’administrateur, président du conseil ainsi que membre du conseil d’administration de la Fondation Boulot vers.

Pour ce cadre d’entreprise qui a occupé des postes prestigieux — dont président du comité exécutif à la Ville de Montréal, qu’il a quitté en novembre 2017 —, l’élan philanthropique provient de « l’implication dans ma communauté : ça m’a permis de discuter plus facilement des enjeux, par le réseau que je développais et la crédibilité que j’y obtenais ».

Très actif dans l’Est de Montréal, à la Chambre de Commerce, à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et à sa Fondation notamment, il avoue avoir été « recruté par le cœur et la générosité quand est venu le temps de m’engager au Boulot vers ».

« Plus spécifiquement, par rapport aux autres postes bénévoles que j’ai occupés, ce qui m’a attiré à Boulot vers, c’est l’approche client. Là, chaque stagiaire est pris en charge. On focusse sur le groupe, oui, mais on focusse aussi sur la personne. Cette orientation est réconfortante : quand chaque personne redevient autonome, c’est une victoire ! »

« Au CA, notre mandat était double : appuyer l’OBNL dans sa gouvernance et aussi, nous assurer que l’organisme bénéficiait des fonds nécessaires à la poursuite de sa mission. »

Lui qui a souvent été sollicité pour siéger sur des conseils d’OBNL explique son choix du Boulot vers d’une façon toute simple, et qui fait beaucoup de sens : « C’est un coup de cœur ! On croit à la cause, et on croit aux gens qui, dans leur effort continu, portent la cause ! » On est ici totalement dans la confiance, avec ses manifestations de transparence et la complicité qui en découle.

Dans cette chaîne des valeurs, Pierre Desrochers inclut les jeunes : « J’ai toujours trouvé réconfortant de voir les anciens stagiaires. De constater combien ils avaient réussi. Se prendre en main, retourner aux études, se trouver un emploi stable, être autonome. Cela me réconfortait, dans les choix d’appui que j’ai faits. C’est signe que la mission fonctionne. L’Équipe du Boulot vers fait un travail efficace, rentable, qu’on doit soutenir. »

Cette notion de confiance, elle s’étend jusqu’aux stagiaires : « Je peux comprendre que chez certains jeunes, les difficultés sont grandes. Qu’il y a un effort, parfois considérable, à produire. Et si des organismes comme Boulot vers ont à cœur la réussite des jeunes, à la fin, au bout du compte, on ne peut aider que ceux qui s’aident eux-mêmes ! Les jeunes ont leur bout de chemin à faire, ils ont leur part de responsabilité ! »

Pierre desrochers - Ville de Montréal

Et c’est cet engagement du jeune face à lui-même, dans sa propre prise en charge et dans son autonomie, qui réconforte l’administrateur et le philanthrope en Pierre Desrochers.

Cela renforce le sens de son geste : s’engager est affaire de cœur et de confiance, et ce, entre tous, tant les employés, la direction, les stagiaires que les bénévoles !

[1] Pierre est arrivé en 1998 au conseil d’administration du Boulot vers. Il a été élu vice-président en 2002 et en 2004, il en est devenu le président jusqu’en 2006, année où il a quitté Le Boulot vers.

 

Jesula la stagiaire, la femme, l’intrapreneure…

Jesula Taylor, stagiaire en 2002, Le Boulot vers…

Jesula Taylor est d’origine haïtienne, arrivée au Québec à 8 ans, avec son père. À 18 ans, ça ne va pas très bien à l’école, elle se cherche. Et là, une amie à elle, Kidna, qui fréquente la même église, l’invite à participer à une rencontre d’information recrutant des jeunes pour un stage de six mois.

Jesula a alors 18 ans : « Quand je suis allée à Boulot vers, la première fois, je ne connaissais pas l’entreprise, il y avait donc de la curiosité chez moi. Et aussi, j’étais très gênée, dans le temps. J’avais peur du nouveau. Par nature, j’aimais le confort que me procurent les tâches que je fais bien, j’avais peur de me lancer dans l’inconnu, d’échouer. »

Prudente, elle a pris le temps de mesurer son nouvel environnement : « J’ai été à l’accueil, réceptionniste. Je suis quand même restée réservée, au début. Puis tranquillement, la confiance s’est établie. Chantal, l’intervenante à l’époque, me suivait dans mon cheminement. Et ça a marché, j’ai appris à communiquer qui j’étais, mon éducation, ma nature, pourquoi j’étais la personne que je suis.

« De là, j’ai pu clarifier mon cheminement, mieux voir où je m’en allais. En travaillant dans les bureaux, j’ai découvert beaucoup sur moi, et j’ai réalisé combien j’aimais mon travail dans l’entreprise. Ça a ouvert en moi la porte sur l’autre : je peux donner, je peux aider, je veux contribuer. Parallèlement, j’ai découvert que j’aimais la technologie, l’ordinateur.

« Mon côté timide s’est effacé. Je répondais au téléphone avec confiance. J’ai finalement prolongé mon stage, j’ai vécu plein d’expériences nouvelles, j’ai même été chef d’équipe ! »

C’est tout un côté responsable qui apparaît chez Jesula, une force en elle qu’elle apprend à identifier, comme si cette partie d’elle cherchait à s’exprimer et trouvait tout à coup l’occasion de se déployer ! « Ça a été une belle expérience, je me suis sentie comme une femme sérieuse, importante. »

Aujourd’hui, Jesula est revenue à Boulot vers : après une dizaine d’années où elle s’est exercée à l’entrepreneuriat dans le secteur de la petite enfance, elle a repris contact avec l’organisation en manifestant le désir d’y travailler !

Et à sa grande joie d’être passée par-dessus sa « timidité naturelle » et d’avoir osé, elle occupe depuis un an un poste d’assistante à la commercialisation.

Dans la joyeuse trentaine, active et allumée, à l’écoute, elle se révèle une intrapreneure dans l’âme, ces personnes avec de nombreux antécédents proactifs qui souhaitent entreprendre et contribuer à la mission, à la cause du Boulot vers notamment, de l’intérieur !

Trois saisons dans la vie d’André

André Bérubé, stagiaire (1992), puis bénévole et contremaître

C’est comme une évidence pour André Bérubé quand il parle de Boulot vers : il a vécu une histoire d’amour avec l’organisme et ses intervenants, une histoire qui dure depuis 26 ans et qui n’a cessé d’évoluer d’une belle façon, comme en trois saisons.

Mais paradoxalement, cela a commencé dans l’affrontement : « En 1992, j’ai 19 ans, je suis délinquant, rebelle. J’ai le parfait profil du jeune frustré qui ne veut rien savoir ! », raconte André en parlant de lui-même. « Je suis en grande crise identitaire et Boulot vers fait partie des options imposées par ma mère ! ». On comprend qu’il n’y est pas allé de son plein gré !

D’ailleurs, son premier six mois « à l’intérieur » n’est pas si marquant, avoue-t-il, comme « un petit emploi parmi tant d’autres ! » Et pourtant, à croiser Patrice Rodriguez et Guy Pépin [co-fondateurs], ainsi que le père de ce dernier Bernard Pépin [grand bénévole du Boulot vers] et bien d’autres, « il s’est semé une graine qui a pris quelques années à germer, à produire un fruit. Mes difficultés ont perduré, mais ce qui s’est construit en moi, ça ne s’est pas défait. C’est plutôt le contraire : ça s’est activé. Ainsi, en 1996, je suis retourné à l’école, finir mon secondaire cinq ».

Une fois engagé dans sa vie d’adulte, il poursuivra dans des domaines connexes à ce qu’il a connu au Boulot vers. Il deviendra intervenant social en toxicomanie, puis ébéniste de formation. Aujourd’hui, il est technicien en entretien de bâtiment, marié depuis 15 ans, heureux papa de quatre enfants.

Mais poursuivons le récit des saisons d’André à Boulot vers. « Lors d’un concert bénéfice en 2007, auquel j’ai été invité en tant qu’ancien, j’ai rencontré la nouvelle équipe dont Jeanne, qui occupait la direction du Boulot vers. De fil en aiguille, je me suis impliqué, et j’ai décidé de participer comme bénévole dans l’organisation d’un concert bénéfice. »

Ces retrouvailles auront des suites l’année suivante : « On m’a demandé de témoigner de l’impact de Boulot vers dans ma vie, lors d’un concert bénéfice. Puis, en 2013, je suis maître de cérémonie [MC] à la soirée bénéfice, au concert de Johanne Blouin. »

Des moments forts, où il expérimente d’autres habilités en lui : « Lorsqu’on parle de l’impact de Boulot vers chez les stagiaires, en général, on regarde le volet intervention sociale, puis le volet employabilité. Mais il y a tellement plus ! Lorsque je me suis exprimé devant la foule, au concert, c’est une autre expérience ! » Il a ainsi exploré le monde des communications.

Enfin, la troisième saison, c’est lors d’un stage de trois semaines en ébénisterie, formation entreprise à l’extérieur de Boulot vers. Il aura alors l’occasion de jouer le rôle de contremaître des jeunes stagiaires pendant plusieurs mois.

Dans ce qu’il éprouve aujourd’hui face à l’entreprise d’insertion, André répond : « Ça a été un privilège pour moi de pouvoir porter tous les chapeaux, au Boulot vers. Ce n’est pas de la reconnaissance, c’est de l’amour. Boulot vers nous ouvre ses portes, et c’est à chacun de nous de nous investir, de nous expérimenter ».

Faire mieux dans la vie, avec gratitude

Sabastien-Luc Papatens, stagiaire au Boulot vers en 2007

Tout au long de notre conversation, il y a dans les réponses de Sabastien à nos questions une façon de finir les phrases avec un brin de joie et de légèreté, d’enthousiasme vrai. Avec lui, jamais le verre n’est à moitié vide : il y a du bon dans tout, regarde, le verre est à moitié plein !

Faire une entrevue avec lui, c’est entendre un tas de mercis sans qu’il ne dise jamais le mot… Il a la gratitude silencieuse et… généreuse !

Pourtant, son récit est tout simple. Sabastien-Luc Papatens est né à Senneterre en Abitibi en 1980, à 530 km au nord de Montréal. Algonquin de descendance. Il restera là-haut jusqu’à l’âge de 19 ans, puis viendra s’installer dans la grande ville, où il demeure maintenant depuis 19 ans, « la moitié de ma vie ».

Il fera plusieurs emplois, les petits métiers, comme on dit, du travail de manutention, manuel, physique. Puis, il poursuivra sa trajectoire dans un centre de jour pour itinérants. Il y deviendra animateur et gèrera les activités d’une trentaine de personnes d’entre 35 et 45 ans.

C’est après, en novembre 2007, qu’il se présente à Boulot vers, à l’âge de 27 ans, pour y apprendre à travailler le bois. Il se teste dans la pratique de l’ébénisterie.

Il aime ça. « Au Boulot vers, j’ai appris que j’étais un bon leader : les gens dans l’atelier m’ont choisi comme chef d’équipe, ça m’a impressionné, touché. J’étais reconnu comme facile d’approche. On pouvait facilement me parler, me demander de l’aide. J’étais rassembleur.

« Au Boulot vers, les intervenants étaient à ton niveau, down to earth. Puis avec le responsable des ventes, on parlait de chasse et de pêche », des passions pour Sabastien né dans la nature. « Toute l’équipe était encourageante et m’invitait à faire mieux ».

Après son stage, Sabastien retourne chez son ancien employeur, du Centre de jour pour itinérants. Il y devient cuisinier, et c’est le métier qu’il pratique depuis maintenant dix ans. « Un repas par jour, pour 20 convives mais parfois beaucoup plus, jusqu’à 120 à Noël ! » Il voit dans son travail, outre une passion pour l’organisation des tâches et la gestion des équipes, une dimension sociale, redonner au suivant. Il est sensible aux personnes défavorisées pour qui il travaille.

Dans sa vie par ailleurs, la plus belle « chose » qui lui est arrivée, c’est Nihboyen.

« En Cri, ça veut dire « mon fils », « mon gars ». Même si je suis séparé de ma copine, on a une belle entente pour élever le petit, lui donner les bonnes valeurs de la vie, le sens de la famille. Chaque année, avec lui, on voyage, on fait un road trip, pour aller voir le monde. Je veux lui montrer ma culture, lui faire comprendre d’où il vient. Il a une place importante. Je souhaite lui apprendre à être un bon gars. Je ne veux pas lui dire quoi faire, la vie est là pour lui apprendre.

« S’il veut être musicien, il sera musicien. S’il veut être banquier, il fera banquier. Je vais toujours l’encourager à faire mieux dans la vie ! »

Élyse Benoît, cofondatrice du Boulot vers…

Co Fondatrice Boulot vers

« Je suis ce que je cherche, rarement ce que je trouve »

Faire une entrevue avec Élyse Benoît dans le contexte de notre série de 35 portraits pour le 35e anniversaire du Boulot vers, c’est plutôt injuste ! Cette intervenante aguerrie mériterait une couverture beaucoup plus soutenue, elle qui, avec Patrice Rodriguez et Guy Pépin, a été des premières heures de l’entreprise d’insertion, à l’époque où le concept s’inventait !

Dans un ouvrage sur le sujet[1], on lit d’ailleurs qu’«Élyse se refusait à travailler dans le domaine institutionnel des centres d’accueil pour jeunes. Elle voulait aider les jeunes en difficulté dans leur milieu et croyait fermement à l’activité, au travail, comme moyen de les rejoindre. »

Aujourd’hui, plus de trois décennies passées, c’est toujours le cas : Élyse travaille à l’Hôpital psychiatrique Albert Prévost, à titre de chef d’équipe du suivi intensif dans le milieu et, malgré que le travail et la clientèle aient changé, l’intervenante psychosociale demeure préoccupée par un souci égalitaire face à la marginalisation : « Le « vivre avec », accompagner les jeunes, c’est dans ma personnalité rebelle. Au Boulot vers, cela me rendait plus à l’aise, moi qui ne l’étais pas du tout à l’idée de « transformer les jeunes », de me doter de ce pouvoir-là ».

« Ça a toujours été, tout le long de ma démarche professionnelle… Aujourd’hui, je travaille en santé mentale, et c’est la même histoire : ne pas avoir trop d’ascendant sur une personne, même si on dit qu’elle est marginale, ou en difficultés… L’aider à avoir prise, par le travail, sur la réalité, la responsabiliser… Œuvrer ensemble avec les forces, dont la dimension de travailleur : le métier d’ébéniste, c’est concret, tu as quelque chose de réel entre les mains… » Rendre aux jeunes leur pouvoir, c’est de l’empowerment ? « Dans le travail, ça porte bien son sens : on est dans un jeu de pouvoir. »

À l’entendre parler du Boulot vers, toutes ces années plus tard, on constate qu’il y a la quête d’une vie qui a débuté là, qui a même donné naissance à l’entreprise — lui conférant ses gênes — et qui s’est poursuivie pendant le parcours de la psycho-éducatrice jusqu’à aujourd’hui. Une sorte de recherche face aux jeunes ou aux personnes en difficultés : considérer la personne entière, dans ce qui la constitue avec ses forces et ses faiblesses, dans ce qu’elle génère en elle d’opportunités face aux défis qui se présentent dans sa vie.

Universitaire, entrepreneure et « militante », est-ce que cela résume bien son parcours, durant toutes ces années de travail ? La citation, « je suis ce que je cherche, rarement ce que je trouve » représente en tout cas sa démarche…

« Aujourd’hui, je travaille en milieu hospitalier et je constate que c’est énorme, le pouvoir de l’institution, de l’hôpital, versus la personne soignée ! Je suis encore prise dans ce dilemme. La quête entreprise au Boulot vers, cela a été présent en moi, jeune femme qui, à l’époque, prenait sa place dans la société avec une rage dormante. J’ai mis cette énergie à contribution. »

[1] Pour plus de détails sur l’histoire de LBV, consulter : Le Boulot vers… 20 ans à meubler des vies, d’Anne-Marie Mottet, éditions Boréal, en vente au Boulot vers…, ou disponible à la Grande Bibliothèque, [cote : 331.345409714 M922b 2003]

 

 

S’initier à d’autres façons de vivre

Ly Lam, stagiaire au Boulot vers… en 2005

Née à Montréal de parents qui venaient du Vietnam, Ly Lam fait son secondaire dans une école privée d’Outremont. Jeune adulte, elle se lance dans sa quête d’autonomie : « J’ai décidé de ce que je voulais faire ». Elle s’installe dans Hochelaga-Maisonneuve.

En 2005, Ly Lam n’a pas complété son DÉC en sciences humaines et part donc à la recherche d’un emploi, avec un peu d’expérience en centre d’appels. Mais elle ne trouve pas. Lors d’une visite au Centre Local d’Emploi, elle apprend qu’il y a une possibilité de faire un stage dans une entreprise.

Au Boulot vers, elle sera commis de bureau : « Le stage s’est bien déroulé et m’a fourni un revenu régulier. Ça m’a apporté la stabilité, moins de stress économique, une routine quotidienne de 9 à 5, plus saine. J’étais à l’accueil, au téléphone, à l’ordinateur, j’aidais à la comptabilité, les comptes, les factures. J’ai touché aux activités de financement : lors du concert bénéfice de Pierre Lapointe, cette année-là, je comptabilisais les dons ».

Ly Lam se rappelle de la diversité des jeunes en stage : « Y’avait toutes sortes de gens, des jeunes du quartier Hochelaga-Maisonneuve, des africains, des haïtiens. Certains avaient des problèmes de consommation, il y avait des nouveaux arrivants, et des jeunes sur l’aide sociale qui voulaient s’en sortir. » On comprend que Ly Lam s’est initiée, durant son stage, à d’autres façons que celles vécues dans sa famille…

« J’ai toujours gardé une pensée pour Le Boulot vers. Là, on m’a aidée à me remettre sur pied. Dans la vie, quand ça va moins bien, on a besoin d’un coup de pouce. Partie de chez moi jeune adulte, ça m’a permis de me stabiliser — un revenu fixe, c’est encourageant ! Ça m’a surtout amenée à envisager un retour aux études : la conseillère en orientation m’a beaucoup aidée, elle m’a fait voir plusieurs options. »

Avec en poche son accréditation de travail de bureau, elle se retrouve commis de bureau aux archives de police de Montréal, à Ville Saint-Laurent. Puis, à la suite d’une annonce aperçue dans le métro, elle s’inscrira à une formation en sténographie judiciaire, décrochant une accréditation en études collégiales (AEC), lors d’une formation intensive privée de deux ans.

« Présentement, je suis sténographe parlementaire au Sénat canadien, à Ottawa. Au moment où je vous parle, je sors tout juste d’un comité sénatorial sur les finances publiques. » C’est un poste prestigieux, de responsabilité ? « Je côtoie des sénateurs, des députés, des ministres… Au Sénat, il y a un protocole, le huissier au bâton noir, les personnes en costumes, oui… c’est impressionnant ! »

Ly Lam a maintenant 33 ans et poursuit sa carrière depuis un an et demi. Mariée, mère de deux enfants, elle sait apprécier la qualité de son stage vécu au Boulot vers, où elle a vu agir l’entrepreunariat social de l’équipe et spécialement le leadership de la directrice de Boulot vers, « une force exceptionnelle, une énergie et un talent au service de l’entreprise. C’est inspirant ».

Pour sa part, Ly Lam connaît bien sa place : « Je ne suis pas une personnalité publique. Une sténographe agit dans les coulisses, c’est ce qui me convient, je n’ai pas besoin d’être à l’avant-plan. »

Quand la fierté mène à la confiance

Maxime Larivée, stagiaire au Boulot vers… en 2017

C’est une grande victoire pour Maxime Larivée, tout juste sorti, à 19 ans, de son stage : après 6 mois au Boulot vers…, il poursuit sa démarche et entreprend à la mi-avril un DEP en entretien général d’immeubles ! Fier, il dit que la persévérance rapporte.

Jeune résidant d’Hochelaga-Maisonneuve où il est né et a grandi, Maxime a un parcours scolaire qui ressemble à celui de bien des jeunes de son âge : pas nécessairement facile, avec des difficultés à surmonter. Mais Maxime peut y faire face, par lui-même ou soutenu par des ressources et des personnes sur son chemin. À commencer par sa famille : « Mon modèle dans ma vie, c’est mon grand-père. Il a travaillé dans la construction, et j’ai toujours voulu être comme lui. Je suis ses pas. Il est content de ce qui m’arrive. C’est un homme au grand cœur. Il est dévoué, gentil avec les gens. Il est très fort, physiquement. Il me supporte dans tout ce que je fais. Il m’inspire. »

Son stage terminé il y a six mois, Maxime demeure reconnaissant envers Le Boulot vers… de maintenir le contact avec lui encore aujourd’hui : « ils m’ont aidé, ils m’ont tapé dans le dos, ils m’ont donné beaucoup d’aide dans mes démarches. En ce moment. c’est ce qui fait que j’entreprends un DEP. Ils m’ont montré à persévérer. Ils m’ont aidé à réaliser ce que je pouvais faire, à développer mes compétences, mes capacités. Je suis vraiment content d’être passé au Boulot vers… »

Comment anticipe-t-il ce qui s’en vient ? « Ma vie va devenir plus stable. Je me vois avec un horaire organisé, à faire quelque chose que j’aime. J’ai besoin d’une routine : juste ça, ça m’aide. Ça me permet d’être plus en forme. D’être disponible pour rencontrer des gens, de faire partie d’un réseau social. Je sais où je m’en vais : je vais travailler de mes mains, à faire un travail que j’aime. »

Et à gagner de l’argent ? « C’est important, l’argent, mais ce qui vient en premier, ce n’est pas l’argent, c’est d’aimer ce qu’on fait. En entretien général d’immeubles, je vais toucher à tout, la plomberie, les lavabos, les toilettes, l’électricité, les lumières, etc. Travailler des choses concrètes, cela me convient. J’ai toujours été manuel, j’ai toujours aimé travailler de mes mains, depuis que je suis tout petit. »

Maxime, que dirais-tu à un jeune qui envisage frapper à la porte du Boulot vers… ? « Au Boulot vers…, on rencontre du monde super gentil, des plus jeunes et des plus vieux dans la même situation que soi. On a du fun en travaillant ! Ensemble, on fait bonne équipe, on s’entraide : les anciens accueillent les nouveaux qui, devenus anciens, aident à leur tour les nouveaux. Je trouve que Le Boulot vers…, c’est une belle chose ».

Pour Maxime, être positif et enthousiaste, c’est la vie ! Il manifeste une grande fierté à être là où il est rendu et constate toute la confiance et la puissance qui en découlent !

Un passage remarqué au Boulot vers…,

Sonia Fortier, directrice production/ventes à LBV… [1998-2005]

Rien ne prédisposait Sonia Fortier à s’impliquer dans une entreprise d’insertion. Native d’Hochelaga-Maisonneuve, elle entre au Boulot vers… comme représentante, d’abord. Elle a déjà une solide expérience commerciale et gère bien sa carrière. Elle est en transition et sait ce qu’elle veut : un défi ! Sa rencontre avec l’entreprise, sa directrice en particulier, va la changer beaucoup plus qu’elle ne s’y attendait ! Voici une entrevue avec une travailleuse plus que jamais engagée — économiquement et socialement — dans son milieu !

LBV : En quelles années as-tu fait ton séjour au Boulot vers ?

Sonia : De 1998 à 2005. J’ai d’abord été représentante, et après, directrice productions et ventes. Je crois que mon poste, créé par Jeanne à mon arrivée, a toujours été un work in progress !

LBV : Que retiens-tu de cette époque ? 

Sonia : J’ai effectué un passage de l’entreprise privée à l’entreprise sociale, j’en retiens les différences, l’implication. Aussi, le travail soutenu avec Jeanne, la directrice générale, une femme tellement inspirante…

LBV : Quand tu penses aux stagiaires, qu’est-ce qui te frappe maintenant ? 

Sonia : La chance que j’ai eue de faire partie de leur vie, pour un laps de temps réduit. Six mois de stage, c’est relativement court, mais je sais que pour certains, ce temps passé au Boulot vers… est resté un moment charnière dans leur vie… C’est la même chose pour moi, je repense souvent à des épisodes ludiques en leur compagnie. Des souvenirs de relations patrons-employés qui me font sourire. Être témoins de succès est une chose enrichissante !

LBV : Quand tu repenses à l’équipe de travail du temps, qu’est-ce qui remonte ? 

Sonia : Le plaisir de faire partie d’une équipe complice ! Mes équipes de production, Gaby, Yvon, Conrad, Gaston, des hommes de grandes qualités, lesquels étaient 40 heures semaines avec les stagiaires dans l’atelier… Ça, c’est un défi à chaque jour !

LBV : Quelles traces restent encore dans ta vie actuelle de cette période ? 

Sonia : Mon engagement dans diverses organisations, comme la Maison d’hébergement d’Anjou, la Chambre de Commerce de l’Est, la Fondation du Collège de Rosemont, le Conseil de surveillance de la Caisse Hochelaga-Maisonneuve.

LBV : Que fais-tu maintenant comme travail ? 

Sonia : Je suis copropriétaire avec mon conjoint d’une entreprise de rénovation résidentielle qui souligne ses 25 ans cette année. Nous en sommes propriétaires depuis 2010. L’entreprise est en pleine croissance, nous venons d’ouvrir une 2e salle de montre dans Rosemont, vraiment c’est une belle entreprise !

LBV : Quel message livrerais-tu aux jeunes en stage au Boulot vers… ? 

Sonia : Il faut commencer quelque part, le travail est la base de l’autonomie. Le Boulot vers… est une excellente façon de (re)commencer à prendre sa vie en main.

Une histoire simple, heureuse

Behebret Argaw, stagiaire au Boulot vers… en 2001

Behebret Argaw est arrivé au Québec à l’été 1986, en provenance de l’Éthiopie. C’est en 2001 qu’il frappe à la porte de Boulot vers… Il a 25 ans : « J’avais fait mon secondaire 5 et commencé le collégial en informatique et en électronique, mais je n’avais pas terminé. J’avais accumulé des dettes d’études ».

Il cherche dans le journal. Se rend à Emploi-Québec. Visite le Carrefour Jeunesse Emploi (CJE). Trouve un dépliant sur Boulot vers… et s’y inscrit.

« J’ai aimé la première journée, nous avons fait un porte-carte d’affaires à mettre sur le bureau. J’ai fait six mois. J’ai trouvé du travail pendant le stage. L’ébénisterie m’a attiré, je n’avais jamais travaillé le bois, je ne connaissais pas le métier. J’aimais les meubles, j’étais manuel. J’ai appris les rudiments au Boulot vers… et je suis devenu apprenti ébéniste. J’ai poursuivi chez Meubles Valentino à Saint-Léonard, puis Ébénisterie Beaudet et Frères à Montréal-Nord. On y assemblait des meubles. J’étais au sablage. »

Behebret se dit un travailleur versatile, « je suis flexible dans tout ». S’il jouit d’une bonne dextérité manuelle, il ajoute tout de suite qu’il apprécie que le travail lui fournisse « une stimulation intellectuelle ».

« En ébénisterie, il y a la minutie, on calcule au 1/16 de pouce, j’ai appris à compter avec les pouces, ce que je fais encore. » Minutieux, il est responsable, mature. Porté vers les autres. « Je voulais continuer à avancer, aller plus haut. J’ai fait une formation dans le domaine de la santé, j’ai suivi le cours Santé, assistance et soins infirmiers (DEP). Je suis maintenant infirmier auxiliaire aux résidences Les bâtisseurs, à Chambly, auprès de personnes en perte d’autonomie. Je prodigue des soins infirmiers prescrits, j’administre des médicaments ». S’agit-il pour lui d’un travail humanitaire ? « Oui, j’aime le côté du travail qui me lie à la personne, l’aspect social. »

« Au Boulot vers, on m’a soutenu. J’ai réalisé que je pouvais faire une carrière dans quelque chose que j’aimais. Je souhaiterais avoir des nouvelles et revoir les anciens. J’ai de bons souvenirs de M. Yvon, un des formateurs. J’aimerais bien reprendre contact… »

Behebret Argaw nourrit des projets d’affaires. Il a une petite famille, « mon épouse et moi, nous avons deux enfants ». Son histoire est toute simple, à la manière des gens heureux.

Une révélation qui a changé sa vie !

Véronique Vaillancourt, stagiaire au Boulot vers… en 2001

Jointe il y a quelques jours au téléphone, Véronique fait une pause et commence son récit. « À 21 ans, j’arrive de la rue, au Boulot vers… J’ai un parcours désordonné : Centres Jeunesse de 15 ans à 18 ans, consommation de drogue, puis désintoxication, courtes jobs suivies de chômage. J’ai un secondaire 5, c’est tout.

« Je n’avais jamais touché à l’ébénisterie avant, ni même travaillé manuellement. C’est Yvon, le contremaître de l’atelier, qui m’a montré la base. J’ai eu un vrai coup de cœur ! Après six semaines au Boulot vers…, je suis devenue chef d’équipe ! C’est pour dire !

« C’est là que j’ai appris à travailler avec les autres, à développer mes habiletés. J’ai tassé ma timidité : l’estime de soi a pris le dessus ! » En riant bien fort, Véronique rajoute : « Le Boulot vers… m’a poussée dans le derrière, m’a brassée ! J’ai vraiment eu un déclic ! On ne m’a pas juste aidée à trouver du travail, on m’a appris un métier, et j’ai enfin découvert ma passion ! »

À la fin de son stage, elle fera la connaissance d’un jeune stagiaire : « Marc-André Provencher est entré quand j’ai quitté. Il est mon conjoint depuis, et avec lui, on a un fils, Rémi, dix ans. Marc-André a poursuivi et fait un DEC en soudage montage, il travaille maintenant dans la construction, en échafaudage pneumatique. »

Véronique ne s’en cache pas, c’est une véritable « révélation » qu’elle a vécue au Boulot vers…, qui a changé sa vie. Elle a appris un métier qu’elle exerce maintenant, et ce, depuis 12 ans, aux Ateliers d’Antoine, autre entreprise d’insertion spécialisée en aménagement de terrasse et produits horticoles, mobiliers de jardin, compostières.

Si elle avait un message à livrer aux jeunes qui se présentent au Boulot vers…, quel serait-il ? « Des fois, on craint de passer pour un faible en demandant de l’aide. Ou on a l’impression qu’on est au bout du rouleau. Mais il y a toujours quelque chose à faire — et les intervenants du Boulot vers… peuvent aider, ils sont là pour ça ! »

Aujourd’hui, Véronique se projette avec beaucoup d’énergie et d’équilibre. Elle souhaite redonner au suivant : « Je suis épanouie dans mon travail, dans ma vie, j’ai ma petite maison à Chambly. J’ai le goût de suivre des cours du soir à l’université en gestion. Je pense aussi démarrer un projet comme Boulot vers… sur la rive sud, me lancer en entrepreneuriat !… »