Élections montréalaises : les femmes majoritaires

Au lendemain des élections municipales au Québec, on sent un nouveau souffle : les femmes sont plus présentes que jamais parmi les élus.

À Montréal seulement, elles deviennent majoritaires. Non seulement, Montréal vient d’élire pour la première fois de son histoire une femme à la Mairie mais, avec 53 femmes élues dans les divers postes de conseillers et de maires d’arrondissement, elles deviennent majoritaires.

Les enjeux qui animaient la vie municipale montréalaise avant le 5 novembre demeurent. Projet Montréal, le nouveau parti au pouvoir a une vision de la cité très pertinente pour les années futures. Au plan environnemental et social, cette vision nous paraît réaliste et riche; d’un point de vue économique, cette vision doit être tout aussi pertinente.

J’ai le goût de proposer un défi à cette nouvelle équipe d’élu/e/s montréalais/e/s : donnez le goût de leur ville aux citoyen/ne/s, à tel point que lors des prochaines élections, dans quatre ans, tout/e/s se sentent interpelé/e/s par leur devoir premier, celui de voter. Si le rêve de Projet Montréal et de la nouvelle mairesse tient la route, nous devrions voir disparaître un défaut cultivé depuis trop d’années, celui du cynisme. Et ainsi, si c’est possible, voir grimper le niveau de participation aux élections de tous, particulièrement des jeunes!

Élections municipales : la poule et l’œuf

Jean Dorée Directrice Boulot Vers

Vendredi 13 octobre, Pierre Desrochers président du comité exécutif de la ville de Montréal et membre du conseil d’administration du Boulot vers pendant plus de dix ans, vient rencontrer nos stagiaires lors d’une vie de groupe. L’objectif? Échanger sur l’importance d’exercer son droit de vote dans une démocratie, particulièrement au plan municipal.

Pierre desrochers - Ville de Montréal

Un faible taux de participation de la part des jeunes aux élections municipales!

Le 5 novembre prochain, les Québécois-es iront aux urnes pour élire leurs représentants municipaux. En 2017, l’enjeu de la participation des jeunes aux élections municipales demeure : le Directeur général des élections du Québec fait présentement campagne pour inciter une majorité de jeunes à se rendre aux urnes. Aux élections municipales de 2013, la participation des jeunes gravitait autour de 34%, dans la tranche d’âge des 18-24 ans.

Comment expliquer cette performance? Les jeunes rencontrés par M. Desrochers disent ne pas voir l’intérêt d’aller voter, étant donné qu’ils ne se sentent pas représentés dans les politiques municipales. Pierre Desrochers rétorque que si les jeunes allaient voter, les politiciens prendraient davantage leurs opinions en considération, en mettant en place des politiques plus orientées vers les problématiques vécues par les jeunes.

Un souci de représentation aux élections municipales!

Myriam, intervenante psychosociale au Boulot vers s’étonne du vif échange entre le Président du Comité exécutif de la Ville de Montréal et les stagiaires. Notamment, elle relate les propos des stagiaires qui rebondissent sur l’invitation au vote de M. Desrochers: « Vous dites qu’il faut voter pour être représenté, mais que fait-on du cas des itinérants qui n’ont pas le droit de vote par exemple?». D’autres se demandent pourquoi l’école ne donne pas de cours d’éducation civique, qu’elle n’insiste pas sur l’importance du vote dans la société. Certains ajoutent qu’ils trouvent dommage de voir les affiches de campagne sans pouvoir en comprendre un traître mot. Finalement, certains soulignent le fait que leur statut de « résident permanent » les empêche d’exercer le droit de vote.

« Les jeunes n’ont pas forcément été influencés par la présence de M. Desrochers, mais cela a tout de même donné l’envie à certains, qui n’avaient jusqu’alors jamais voté, de se rendre aux urnes le 5 novembre » ajoute Myriam. Elle conclue en disant que cet échange permet aux jeunes de débattre entre eux et de réfléchir à ce que serait pour eux « une ville de rêve ». Une ville dans laquelle tous les sujets qui les touchent (tels que la santé, l’environnement…) seraient des enjeux de premier ordre.

 

Travaillons ensemble…

Dans un article paru récemment dans Le Devoir, Louis Audet, pdg de Cogeco se prononce sur l’engagement du milieu des affaires dans le débat public. Je réalise que des dizaines de gens d’affaires ont manifesté cet engagement, non seulement par la parole mais également par l’action, en devenant donateurs ou membres du conseil d’administration du Boulot vers… et ce, depuis 1983.

Pour Louis Audet, les personnes travaillant dans le milieu des affaires devraient contribuer à tout débat public, quel qu’il soit. Selon lui, c’est par la parole et la discussion que de nombreuses problématiques pourraient être évitées ou rapidement réglées. Il donne notamment l’exemple de la montée en puissance du populisme au Canada. Pour M. Audet, c’est parce que les « élites » ne s’expriment pas publiquement qu’elles sont blâmées. C’est aussi parce qu’on ne parle pas plus ouvertement de l’immigration et de l’identité du pays que la population canadienne s’en inquiète, et conséquemment, vote davantage pour des partis souvent populistes, véhiculant des peurs sans se baser sur des vérités confirmées.

En 2017, la prise de parole est essentielle, par les représentants du milieu des affaires traditionnelles, mais également par les agents de l’économie sociale. Le Boulot vers… doit rendre son action plus visible pour permettre à un plus grand nombre de jeunes une intégration sociale et professionnelle durable. En mettant de l’avant les résultats de notre action, nous rendrons possible la création de partenariats riches avec les entreprises privées mais également avec les milieux institutionnels et communautaires.

Une telle vision nous amène à une cohésion qui permet d’enrayer des contractions. La nouvelle stratégie financière de Loto Québec visant à « séduire les jeunes de 18-35 ans » à travers la mise en place de jeux d’argent et de hasard sur Internet en est un triste exemple. Cette stratégie invite continuellement les jeunes au jeu, en particulier ceux à qui Le Boulot vers… vient en aide, et elle fragilise les individus à tous les points de vue. Le Boulot vers… a fait le choix d’investir dans l’insertion sociale et professionnelle de jeunes en difficulté depuis plus de trente ans. Nous avons plus que jamais besoin d’amener les gens d’affaires, acteurs du milieu communautaire et décideurs à travailler ensemble afin de proposer des solutions à cette stratégie de Loto Québec.

Ces échanges et ces partenariats multi-milieux ont un effet immédiat. Ils apportent une ouverture d’esprit dans une société qui développe ainsi une meilleure cohésion sociale et débouche sur un développement économique plus équitable.

Voir aussi le combat de Peter Simons (DG de la maison Simons), citoyen, père et homme d’affaires.

“Manger pour apprendre – Apprendre pour manger”

Cette expression a peut-être des airs simplistes, pourtant elle résulte de l’expérience d’une société qui fonctionne bien. Tout individu quel qu’il soit, s’il n’est pas nourri, se trouve dans l’incapacité de travailler (d’étudier). Un cercle vicieux se déclenche infailliblement, puisqu’à partir du moment où il n’est pas en mesure de travailler, il n’est pas non plus en position pour subvenir à ses besoins primaires. Comment parvenir à arrêter cette spirale infinie, est-ce que le Québec peut y mettre fin?

Des programmes d’alimentation scolaires implantés partout sauf au Canada!

Dans un article paru dans Le Devoir du 17 septembre dernier, on apprend qu’il y a aujourd’hui 368 millions d’enfants dans le monde qui reçoivent au moins un repas par jour lorsqu’ils sont à l’école publique. Le Brésil, étant l’initiateur des programmes de repas scolaires depuis 1954, la sécurité alimentaire des enfants est devenue petit à petit depuis plus de 60 ans un enjeu primordial pour les pays du G7; le Canada est le seul pays de ce groupe qui n’offre pas de programme d’alimentation scolaire. Même s’il existe des organismes d’économie sociale au Canada (tel « Le Club des petits-déjeuners ») permettant à des milliers de jeunes dans le besoin de se nourrir, la différence est colossale, entre la proportion de jeunes bénéficiant de ces repas (environ 203 852) à celle des jeunes les nécessitant (environ 1 million). Depuis 1990, lorsque l’ancien Premier Ministre Jean Chrétien exprimait son rêve d’éradiquer la pauvreté, le Canada aurait eu une superbe opportunité de couvrir les besoins de l’ensemble des jeunes Canadiens pauvres! En 2017, au Brésil toujours, 45 millions d’élèves fréquentant une école publique mangent gratuitement sur l’heure du midi.

Un gouvernement passif face aux problèmes d’alimentation!

Le Gouvernement du Québec quant à lui a des croûtes à manger pour être cohérent, ne serait-ce que dans ses objectifs : un Ministre de l’Éducation qui souhaite augmenter l’allocation alimentaire à toutes les écoles québécoises alors que seules celles répertoriées comme « les plus défavorisées » bénéficient pour le moment de cette allocation; au même moment, un Ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale qui prévoit d’imposer la participation au nouveau programme Objectif emploi à toutes personnes percevant l’aide sociale pour la première fois, sous risque de les contraindre à des pénalités financières affligeantes et révoltantes pour des individus vivant déjà dans une extrême pauvreté.
Enfin, la cerise sur le sundae, un Ministre des Finances de ce même gouvernement qui cherche éperdument des surplus budgétaires toujours plus importants, en « épargnant », trop souvent, sur le dos des plus démunis!

L’alimentation, le carburant essentiel de tout être humain pour voir plus loin!

Ces enfants mal nourris augmentent en nombre; lorsqu’ils deviendront adultes, ils se retrouveront dans la même situation que leurs parents. Pendant ce temps, après avoir eu droit à leur petit-déjeuner gratuit, tous les élèves de la ville de New York mangent gratuitement le midi. Il est indispensable, au Québec, de trouver une solution pour briser le cycle inhumain de la pauvreté.

Un Québec qui « va bien » garantit-il une société plus juste?

La publicité libérale vole la vedette au sein du paysage politique québécois actuel. Après avoir profité de l’été pour annoncer de nouvelles politiques à caractère social, dont fait partie la réforme de l’aide sociale, incluant la création du Programme Objectif Emploi, le gouvernement Couillard fait désormais la promotion d’un message à saveur électorale: tout va bien, au Québec! Certes, cela fait du bien à entendre. Or, cela ne sous-entend-il pas que les prochains mois devront servir à s’attaquer de manière efficace à des enjeux d’envergure, touchant le quotidien de populations marginalisées potentiellement affectées par la réforme de l’aide sociale?

Dans un article publié le 29 août, l’organisme montréalais Dans la rue craint que la réforme de l’aide sociale puisse nuire aux jeunes sans-abri, considérant le fait que l’obligation de suivre un programme de recherche d’emploi ou de retourner sur les bancs d’école ne comprend pas de suivi personnalisé adapté aux parcours rarement linéaire des jeunes à risque ou en situation d’itinérance.

À cet effet,  Le Boulot vers…vient d’appuyer le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) dans le cadre de la consultation en cours sur le projet de Règlement modifiant le Règlement sur l’aide aux personnes et aux familles, qui vise à préciser les modalités d’application du nouveau Programme Objectif Emploi. Dans une lettre envoyée au Ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale François Blais, Le Boulot vers… soutient la réorientation des mesures vers une approche incitative, volontaire, non obligatoire et non punitive, tel que demandé par le RAPSIM.

Fort de son expertise de 34 ans auprès de trois milles jeunes ayant participé à un stage d’insertion sociale et professionnelle, Le Boulot vers… est convaincu qu’il faut garantir une adhésion volontaire aux participants du Programme Objectif Emploi, qu’ils soient au cœur des décisions portant sur leur Plan d’intégration en emploi.

À l’approche de l’élection 2018, le gouvernement Couillard affirme que tout va bien, plusieurs acteurs de la société civile proclament le contraire. Qui dit vrai? Est-ce important de trancher? Chose certaine, mettre de l’avant les besoins des populations marginalisées au sein de nouvelles politiques sociales devrait assurer à tous une société plus juste.

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

Quand « voler des emplois » est une fiction…

Souvent, nous entendons des peurs entourant les immigrants (réguliers ou irréguliers) venus « voler des jobs ». Plus que jamais, il est clair qu’une telle peur n’a pas de fondement.

Un sondage effectué par le Conseil du Patronat du Québec (CPQ) en octobre 2016 auprès de 300 employeurs d’entreprises privées a révélé que 7 entreprises sur 10 éprouvent des difficultés à recruter de la main-d’œuvre pour leurs postes les moins qualifiés. Sur ces 300 entreprises, 68% ont identifié la rareté de la main d’œuvre comme étant leur principal défi. Pour 43 % des employeurs, les services d’aide à l’emploi sont le type d’aide gouvernementale qui contribuerait le plus à l’atteinte de leurs objectifs de recrutement.

Bonne nouvelle! Dans son budget 2017-2018, le gouvernement Couillard  a investi 290M$ pour répondre aux besoins de main-d’œuvre[1]. Ces sommes doivent notamment permettre de promouvoir les métiers en demande, d’appuyer les entreprises dans la gestion de leur main-d’œuvre, de soutenir l’intégration des immigrants en emploi.

Cette aide gouvernementale permettra-t-elle de s’attaquer, à la source, au manque de main-d’œuvre? Pour le CPQ, seulement 9%  des 173 entreprises sondées recrutant des employés issus de groupes minoritaires, tels les migrants et les nouveaux arrivants, possèdent des mesures ou des programmes spécifiques pour favoriser l’embauche de cette main-d’œuvre. Il n’est donc pas dit qu’un immigrant qui souhaite travailler puisse travailler au Québec.

À supposer que l’objectif soit d’occuper tous les emplois disponibles, sommes-nous en train de créer les conditions favorables pour permettre à ceux visés par ces programmes de travailler au Québec? Le nombre de postes à combler, et à plus forte raison la main-d’œuvre pour les combler, ne sont pas à l’abri de certaines barrières systémiques et de certains préjugés. C’est stimulant d’accueillir en stage au Boulot vers ces jeunes issus de l’immigration prêts à s’intégrer. D’autant que, plus que jamais, nous savons que leur contribution à la société québécoise est essentielle minimalement à son développement économique.

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

[1] Budget 2017-2018: http://bit.ly/2xiSExg, à la p. B168.

Rentrée scolaire au Québec : améliorer les chances de réussite des jeunes en difficulté

À l’aube de la rentrée scolaire, je me retrouve aux premières loges d’une réalité qui prend de l’ampleur et à laquelle n’échappe pas Hochelaga-Maisonneuve: les jeunes sont plus nombreux à décrocher plus tôt, souvent vers l’âge de 10-11 ans; plus tard, sans avoir complété leur primaire, certains se pointent au Boulot vers.

Attristée, et non étonnée par les chiffres publiés dans cet article du 15 août dernier par La Presse: à New York, si la tendance se maintient, un écolier du primaire sur sept se retrouvera bientôt sans domicile fixe. Ce taux tend à augmenter, en raison des problèmes grandissants liés au logement et à la gentrification de quartiers populaires. Ce phénomène peut-il se produire au Québec?

Au Boulot vers, l’un des quatre critères d’admission est l’autonomie dans le logement. Au-delà de la sécurité d’un jeune, avoir un lieu où dormir témoigne à nos yeux de son niveau de stabilité et de sa capacité à pouvoir respecter un horaire de travail régulier : la stabilité dans le logement a un impact direct sur les chances de réussite, que ce soit au sein du parcours académique ou professionnel du jeune.

Dans un article publié dans le Huffington Post le 16 août dernier, des statistiques illustrent qu’à elle seule, l’instabilité liée à un parcours en famille d’accueil suffit à diminuer les chances pour un jeune de s’en sortir. À Winnipeg, 49% des sans-abris ont déclaré avoir reçu des services du réseau d’aide à l’enfance; en Ontario, ce chiffre s’élève à 43%. Au Manitoba, seulement 33% des jeunes pris en charge par le gouvernement obtiennent un diplôme, en comparaison à 89% pour les jeunes qui n’ont jamais été placés. Au Québec, le gouvernement renonce à offrir des services aux jeunes en foyer dès qu’ils atteignent 18 ans. Pourquoi? Au Boulot vers, on constate que les besoins d’un jeune en difficulté ne diminuent pas une fois qu’il atteint l’âge adulte, bien au contraire.

À la barre de l’organisme depuis 22 ans,  je suis à même d’observer que si notre approche fonctionne, elle demeure un remède aux problèmes qui prédisposent un jeune à avoir besoin des services d’une entreprise d’insertion. Pour aborder la cause de ces problèmes, l’ensemble des acteurs de la société québécoise doivent accepter leurs responsabilités dans la réussite d’un jeune en difficulté et mieux le prendre en charge dans les années critiques de son développement, particulièrement pendant sa scolarité.

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

L’engagement de la jeunesse, un outil pour briser l’isolement social

Jean Dorée Directrice Boulot Vers

Depuis 1999, le 12 août est la journée choisie par les Nations Unies pour célébrer la jeunesse. La Journée internationale de la jeunesse se veut ainsi une occasion de réfléchir, d’agir pour la jeunesse. Depuis 1983, Le Boulot vers… se veut une réponse locale, concrète et adaptée aux besoins des jeunes de 16-25 ans, aux problématiques d’inégalités sociales qui les affectent globalement.

Le développement d’une jeunesse plus active et plus engagée, voilà précisément notre idéal. Parmi les nombreuses barrières d’ordre social qui s’érigent, une des plus importantes demeure l’isolement des jeunes et les conséquences perceptibles sur leur sentiment d’appartenance, voire sur le lien qui les unit à la société.

Il est essentiel que les jeunes soient partie prenante de leur environnement; si le travail rend possible cet engagement, l’action bénévole le fait tout autant. À cet effet, de récentes études démontrent que les jeunes ne sont pas moins engagés que les générations précédentes, mais engagés différemment.

De telles observations me rassurent, car l’engagement bénévole représente à mes yeux un outil de choix pour permettre à un jeune de construire son identité, sa conscience citoyenne, à travers le développement de son sentiment d’appartenance et donc, du lien qui l’unit à son environnement. Cela se fait par exemple à l’échelle locale, comme le permet La Récolterie, une initiative du Carrefour Jeunesse Emploi de Hochelaga Maisonneuve.

Enfin comme le souligne, dans une lettre d’opinion publiée dans La Presse du 12 août dernier, Alexandre Soulières, directeur général du Réseau des Carrefours Jeunesse-Emploi du Québec, « s’engager, c’est accroître sa persévérance scolaire et ses saines habitudes de vie…le bénévolat et le volontariat sont des actions qui permettent de passer de l’accomplissement personnel au projet d’utilité collective et ainsi bâtir une société où chaque jeune a le pouvoir de développer son plein potentiel. »

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

Arrivée massive de réfugiés à Montréal : Ouvrons nos bras, et ouvrons nos cœurs!

Les citoyens de Hochelaga-Maisonneuve se réveillent auprès de nouveaux voisins depuis bientôt une semaine. Le 2 août dernier, le Stade olympique s’est transformé en site d’hébergement temporaire pour accueillir une vague de réfugiés sans précédent en provenance des États-Unis. De mercredi à vendredi, la capacité du Stade olympique est passée de 300 à 600 lits, puis à 1050 places. Un nombre important de ressortissants haïtiens  franchissent les portes du Stade, par crainte de voir l’administration Trump révoquer leur « statut de protection temporaire » («TPS»), statut accordé sous le Gouvernement Obama à la suite du tremblement de terre survenu en 2010.

La « sensation de déjà vu », cela vous dit quelque chose ? Depuis quelques jours, cette sensation m’habite. Me revient en mémoire l’histoire de plusieurs jeunes que nous avons accueillis au Boulot vers, victimes de ce tremblement de terre. Me revient à l’esprit la résilience incroyable que j’ai ressentie en eux à force de les côtoyer; le succès d’intégration obtenu à la suite de leur stage est éloquent alors que certains ont perdu famille, amis, parents, maison, et j’en passe.

Une histoire me touche encore aujourd’hui, alors que je vous écris ces lignes, celle de Marie-Carmine. À la veille d’accoucher, elle visitait ses collègues de la Gendarmerie; quelques minutes après son départ,  la bâtisse était complètement détruite par le tremblement de terre. Tous ses collègues disparus. Marie-Carmine est venue vivre au Québec quelques mois plus tard, avec mari et enfants et tous les souvenirs de cette catastrophe qui a tué 300 000 personnes, fait autant de blessés et laissé plus de 1,2 million de sans-abri. Après son stage, Marie-Carmine a repris l’école et est maintenant secrétaire. Elle remercie régulièrement Le Boulot vers… pour sa nouvelle vie.

Je pourrais également vous raconter l’histoire d’une stagiaire venue d’un autre continent et d’une autre décennie, la jeune Rwandaise Alice. Elle demandait une place (un refuge) au Boulot vers, alors que le Canada retournait encore dans leur pays les Rwandais sans statut, au moment où survenait un génocide qui a tué près d’un million de personnes. Alice a été acceptée au Boulot vers; nommée cheffe d’équipe, elle est devenue un modèle pour tous les stagiaires et une source d’inspiration pour l’ensemble du personnel. Des années plus tard, sa nouvelle vie l’a amenée à se marier, à avoir des enfants et à réaliser un rêve, avoir une garderie et plein d’enfants autour d’elle.

Les expériences positives d’insertion que Le Boulots vers… a vécues à travers l’accompagnement de jeunes « réfugiés » demeurent une preuve véritable que ces jeunes sont actifs dans la réorganisation de leur vie et que leur intégration en sol québécois leur permet d’exercer pleinement leur rôle de citoyen.

Au-delà des conventions et des chartes signées par le Canada, la responsabilité d’aider est certainement le reflet de nos capacités de cœur et d’esprit. En vérité, nous n’avons aucune excuse pour dire « non » à ces êtres humains qui ne cherchent qu’à refaire leur vie! Qu’attendons-nous? Ouvrons nos bras, et surtout…ouvrons nos cœurs! Notre vie n’en sera que meilleure!

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

« Objectif Emploi » menace le droit des futurs bénéficiaires de l’aide sociale

Je ne saurais vous le cacher, mes vacances m’ont fait beaucoup de bien. Sachant que toute bonne chose a une fin, j’envisageais avec optimisme mon retour au travail. Regarder vers l’avant, c’est l’esprit qui règne sur le lundi de mon retour. Après la lecture d’une masse de courriels, je me lance dans le rattrapage des dernières actualités. Hélas, la lecture de l’une d’entre elles me plonge dans une réflexion au sujet d’une lutte que je croyais déjà gagnée par la société québécoise: celle de la sécurité sociale !

Le 12 juillet dernier, le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale François Blais, ancien professeur de travail social et recteur de l’Université Laval, a publié le Règlement de la Loi 25, afin de préciser les modalités d’application du nouveau Programme Objectif Emploi. Cela faisait suite à l’adoption, en novembre 2016, de la Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi, loi que certains ont qualifiée de « réforme de l’aide sociale ».

Comme le souligne un article paru le 28 juillet dernier dans Le Devoir, Objectif  Emploi prévoit très concrètement des sanctions qui pourraient s’élever à 224 $ sur un chèque mensuel de 628 $ lorsqu’une personne ne « collabore » pas à la démarche de réintégration au marché du travail. Un reflet du désir du gouvernement de limiter ou de dissuader le recours à l’aide sociale, témoignant d’une vision « comptable » du développement, aux dépens d’une vision « sociale inclusive ».

Depuis plus de dix ans, la détérioration importante des conditions de vie des jeunes exclus a été longuement documentée, entre autres dans les divers rapports publiés par Le Boulot vers… : en 2017, plus de 70 % des jeunes n’ont aucun revenu à leur entrée en stage au Boulot vers alors qu’il y a quinze ans, la majorité des stagiaires étaient bénéficiaires de l’aide sociale. Plus leur situation financière est précaire, plus le défi de leur insertion sociale et professionnelle est grand. D’autant inquiétant quand Objectif Emploi met l’emphase sur des pénalités financières au moment où des jeunes exclus ont des besoins de base non répondus et qu’ils sont une cible principale de ce nouveau programme.

À propos d’Objectif Emploi, comme il est souligné dans ce mémoire déposé en février 2016 à l’Assemblée nationale par le Barreau du Québec, «… il existe plusieurs incertitudes relativement au projet de loi à cause de l’important pouvoir réglementaire conféré au ministre, notamment les personnes qui seront visées, les critères d’assujettissement au programme, les montants accordés, la définition d’emploi convenable, les manquements menant à une réduction de l’aide et le montant de cette réduction. Un projet de loi de cette envergure ne peut pas être une coquille vide dont le véritable caractère normatif sera déterminé subséquemment par règlement du gouvernement. »

La sécurité sociale, un engagement en vertu des conventions internationales, ce droit de tout citoyen québécois et canadien, est-il menacé par les changements qui semblent émerger des officines gouvernementales?  Un retour de vacances qui nous oblige tous et toutes à la vigilance!

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré