« Dans mon bagage de vie, j’ai un cadeau »

Carl-eric paradis, stagiaire au Boulot vers

CARL-ERIC PARADIS, ANCIEN STAGIAIRE AU BOULOT VERS (1994)

Parler avec Carl-Éric Paradis de son expérience au Boulot vers, c’est quand même revenir 25 ans en arrière ! Il en est passé de l’eau sous les ponts, ou dans son cas, des avions au-dessus des toits, puisque c’est dans le domaine de l’aéronautique qu’il travaille depuis maintenant plus de 20 ans. Y a-t-il un lien avec l’ébénisterie ? Patience, vous allez voir.

À 20 ans donc, en 1993, ce Gaspésien annemontois arrive à Montréal avec son secondaire 5 pas terminé. Il fait des petits métiers pour commencer, surtout courrier à vélo. Musicien dans une vie parallèle, il donne des spectacles avec son groupe de Métal Hurlant SÉISME. « Vélo et musique, ça fait une vie festive, en marge. On sort tard. On s’éclate beaucoup la nuit. J’aimais ça, j’étais à fond là-dedans. »

Mais Carl-Éric a d’autres projets pour combler ses aspirations. Le travail ne lui fait pas peur. Avec son ami Jimmy Marin, Gaspésien lui aussi, il se présente au Boulot vers.

« Nous avons eu un accueil chaleureux en partant. Il n’y a eu aucun jugement. Nous avons intégré l’équipe rapidement, et tout de suite, nous avons commencé notre stage.

« J’ai adoré mon expérience. Nous avons pu travailler le bois massif. Nous avons fait des meubles solides adaptés pour les personnes handicapées, les [fameux pouponbus] Six-puces créés pour les garderies. C’étaient de belles réalisations solides, où j’ai pu toucher à tout, le tour à bois, la finition, le sablage. L’ébénisterie de base, quoi. »

Dans les mois qui suivent le stage au Boulot vers, Carl-Éric complètera par lui-même, en autodidacte, son secondaire 5 et réussira l’examen du Ministère. Puis, son parcours se poursuit : « En 1995, j’ai été introduit dans une entreprise par un ami. J’y ai pratiqué la peinture aéronautique[1], sablage et finitions sur avions. Des gros clients sont passés, comme Air Transat, dont nous avons repeint l’extérieur de la flotte entière. »

Puis il y a eu Bombardier, les CRJ 200, 700 et 900, ensuite C&D Aerospace, leader mondial de la Californie, acquis par Zodiac Aerospace, compagnie française. « C’est alors que l’ébénisterie est revenue dans ma vie. Ce sont des avions dont l’intérieur est aménagé de bois fins, prestigieux, des modèles qui coûtent entre 50 et 70 millions de dollars chacun. J’y travaille sur la fabrication et l’installation de meubles. »

Le parcours professionnel de Carl-Éric est exemplaire à bien des égards : une idée de départ forte, s’investir dans le travail. Des valeurs bien ancrées : dès son enfance, il a travaillé dans la poissonnerie de son père, de longues heures dans des conditions difficiles. Il s’y est révélé « soucieux du travail bien fait, bon employé, ponctuel. »

Qu’a été Le Boulot vers… dans tout ça ? Carl-Éric explique, positif et accueillant face à ce qui lui arrive dans la vie : « Je suis fier de moi, du fait que je n’ai jamais lâché. Arrivé au Boulot vers, je me cherchais une direction. Je vois mon expérience au Boulot vers comme un cadeau de la vie, quelque chose que tu mets dans ton bagage, peu importe que tu t’en serves tout de suite ou plus tard. Je suis devenu ébéniste il y a 25 ans et c’est aujourd’hui que ça me sert. »

[1] [Notez le lien avec… l’aéronautique !]

Apprécier revenir (enfin) au sol

xavier lamoureux, stagiaire au Boulot vers

Xavier Lamoureux, stagiaire au Boulot vers (2002)

Lors de notre entretien, à la question « que dirais-tu à un jeune qui s’apprête à frapper à la porte du Boulot vers ? », Xavier a été ému. Il a ressenti l’hésitation, la peur de l’inconnu de ce moment précis où, lui-même, a fait le pas et est entré, il y a 16 ans. Il s’est rappelé l’incertitude et le risque, et quelque part le courage et la confiance qui se sont manifestés en lui, au même moment…

En effet, quand Xavier arrive au Boulot vers en 2002, il a déjà une formation en arts du cirque qu’il a faite sur 5 ans, l’équivalent d’un DEP. Mais il peine depuis plusieurs mois à se lancer comme entrepreneur dans le domaine du spectacle et du cirque.

Il a bien tenté la participation à des événements dans le domaine corporatif, mais ce « métier » est pour lui une voie trop incertaine, aux conditions difficiles : « Mon passage au Boulot vers a été le début d’une réorientation vers de nouveaux horizons. Je me souviens très bien : quand les premières paies sont entrées dans mon compte de façon hebdomadaire, j’ai commencé à souffler et à voir le bout du tunnel. »

Il le reconnaît, travailler à la pige n’est pas facile, c’est insécurisant, « les paies ne rentrent pas quand les contrats ne se vendent pas ».

Son stage a duré six mois. Il a débuté dans l’usine et, au troisième mois, a essayé le côté administratif. Il y passe quatre mois et se fait remarquer pour la qualité de son travail : « Ça m’a encouragé à faire autre chose, à explorer d’autres avenues : je découvrais des alternatives au cirque ». Il confie : « J’ai commencé à respirer ».

Il a goûté à la stabilité financière. Et il a perçu des ouvertures à faire autre chose que du cirque dans des conditions de pigiste. Fin d’un rêve donc, et en même temps, ouverture à tout le potentiel en lui : « Chaque étape qui se termine est le début de quelque chose d’autre. Une nouvelle aventure peut alors commencer. J’ai réalisé que j’avais d’autres aptitudes que je pouvais travailler à nourrir et à faire grandir ».

À l’écoute de lui-même, Xavier affirme : « Mon passage au Boulot vers a constitué comme une école de réaffirmation de soi ».

Organisé, studieux, il a acquis de nouveaux outils : « J’ai commencé à toucher à la paperasse, faire de la bureautique, répondre au téléphone et gérer les appels. Ça m’a servi peu de temps après : grâce à mes aptitudes, j’ai fait le service à la clientèle à La Cordée. Tout cela découle de la découverte que j’ai faite de moi-même ». Cela l’a rassuré. « Passer d’une carrière à l’autre, c’est comme se retourner sur un dix cents. J’ai été capable de me dire : t’inquiète pas, tu as d’autres aptitudes que le cirque. Fais-toi confiance. Vas-y, t’es capable ! »

« Je travaille maintenant au département des finances chez Lauzon Plancher Bois Franc. » C’est une belle image, « les planchers », pour un homme qui, jeune, a été l’acrobate de cirque qui virevoltait dans les airs et dont le parcours de vie l’a amené à apprécier revenir au sol.

« Les jeunes, un feu qu’on allume[1] »

Sylvain Delisle, intervenant au Boulot vers

Sylvain Delisle, intervenant, suivi de 2 ans, au Boulot vers

Sylvain Delisle a été intervenant au Boulot vers pendant 4 ans, de 2006 à 2010, et il en parle comme si c’était hier. Avec autant d’enthousiasme et de chaleur que les autres expériences professionnelles de sa vie, du reste : il a étudié en sociologie, a œuvré dans le milieu des arts, a été gestionnaire d’une entreprise culturelle à succès.

Puis il s’est réorienté : intervenant social dans un Carrefour Jeunesse Emploi (CJE), il arrive finalement au Boulot vers, où il avait beaucoup à apprendre, « à m’initier à l’économie sociale dans une entreprise pionnière. J’ai eu le coup de foudre, en entrant dans l’atelier, en entendant les jeunes expliquer pourquoi ils étaient là. »

Sylvain sera responsable du suivi de deux ans, l’après-stage : « Pour un jeune qui quitte Le Boulot vers…, le contact demeure. On favorise le sentiment d’appartenance.

« Je me suis senti choyé, en trois ans de suivi, je connaissais bien les jeunes, j’étais disponible en tout temps. Pour faire ce travail, je n’ai pas eu d’autres choix que de m’adapter aux réalités sociales changeantes. Développer d’autres façons d’entrer en contact avec les jeunes, prendre en compte l’isolement social de certains et la participation à des gangs de rues des autres.

« Le suivi de deux ans au Boulot vers, ça a été beaucoup de beaux moments. Le programme d’apprentissage en milieu de travail (PAMT) a permis à certains d’obtenir le titre d’ébéniste, d’autres sont retournés à l’école, au cégep, à l’université.

« Au Boulot vers, les jeunes arrivent avec des besoins urgents. Ils sont parents monoparentaux. Ils ont de lourdes responsabilités financières. Les ressources pour eux diminuent, en santé et en employabilité. Ils sont difficiles à rejoindre. Ils ne vont pas vers les ressources ; souvent, ils ne les connaissent pas, malgré Internet. En fait, ils ne savent pas comment on peut les aider!»

Un univers senti habite Sylvain : c’est à partir de là, en lui, qu’il connecte avec les jeunes, maintenant au Pitrem[2], à l’époque au Boulot vers. Certains témoignages de jeunes après leur stage le touchent : « Te souviens-tu de moi ? Je n’ai pas lâché. Je suis à l’université, j’ai poursuivi ma ligne directrice depuis Le Boulot vers… Je suis maman ». Ici, Sylvain paraphrase Montaigne : « Un jeune, ce n’est pas un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on alimente ».

« Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est mon côté artistique, humaniste, poursuit Sylvain. J’étais différent, pas traditionnel. J’arrivais à surprendre les jeunes, à aller les chercher là où ils avaient des forces. Chaque jeune a sa façon d’être, son appartenance à une sous-culture. Comme sociologue, je cherche à comprendre le système dans lequel s’inscrit le jeune et les problèmes qu’il vit. C’est lui qui me guide dans mon travail, et pas le contraire. »

« L’écoute est importante. Penser en dehors de la boîte, être créatif. Fournir au jeune un cadre qui lui permet de se structurer. Lui faire confiance et l’amener à échanger avec les autres, à collaborer, à s’entraider. »

Selon Sylvain, l’entreprise d’insertion innove dans ce domaine : c’est un milieu d’apprentissage, mais beaucoup plus qu’académique ou technique. C’est un écosystème organique, qui sert la personne entière dans son engagement à évoluer, dans sa résilience. L’entreprise Boulot vers… a encore beaucoup d’années devant elle, c’est un modèle d’insertion bien ancré dans son milieu économique, animé par des gens de vision.

[1] « L’enfant n’est pas un vase qu’on emplit, mais un feu qu’on allume », citation de Montaigne.

[2] Programme d’information sur le travail et la recherche d’emploi de Montréal, organisme communautaire favorisant l’insertion socio-professionnelle des jeunes et des adultes de 35 ans et moins.

 

Faire usage de ses mains, évoluer dans sa tête

Justine Paradis - Boulot vers

Justine Paradis, stagiaire au Boulot vers, 2010

Justine est énergisante. Au téléphone, elle parle avec entrain et affiche un immense sourire qui se transmet bien au-delà de nos cellulaires ! On ne s’étonne pas de l’entendre dire qu’elle travaille maintenant dans le service à la clientèle d’une entreprise de Rosemont ! Il y en a eu tout un chemin depuis Le Boulot vers…, non ?

« En 2010, je suis passée de l’enfance à l’âge adulte, comme m’a dit ma mère. À 15 ans, j’étais en appartement ! Je devais payer mon loyer : j’ai quitté l’école en secondaire deux. À 17 ans, dans l’organisme Les Pousses urbaines, j’ai bien aimé la formation en horticulture. Pourquoi pas essayer une autre formation manuelle, en ébénisterie, cette fois-ci ? » Justine est une fille d’action : aussitôt dit, aussitôt fait ! Et c’est là qu’a lieu la rencontre avec Le Boulot vers…

« Je ne connaissais pas du tout l’ébénisterie. J’ai finalement fait tout mon stage dans l’atelier. Sur le plan personnel, j’étais agressive. J’avais des comportements impulsifs, je pétais des coches pour rien ! Tranquillement, j’ai appris comment ça marche, les intervenants m’ont proposé des responsabilités. Ils m’ont montré qu’ils avaient besoin de moi. J’ai assuré ! Ça m’a donné confiance ! J’ai développé ma façon de travailler, à partir de mon côté manuel. Je suis devenue chef d’équipe. »

« Je suis restée ouverte face à Boulot vers, et je me suis donné une chance. J’ai vu ma personne changer. Comme j’avais un salaire, je pouvais payer mon loyer. Quand tu fais un stage au Boulot vers, tu te fais pas « chier » : t’embarque ! À la limite, au bout de six mois, tu vas déboucher dans quelque chose ! J’avais avantage à comprendre que c’était pour mon avancement que je faisais tout cela, ça pouvait déboucher sur une carrière, je pouvais acquérir des habilités, c’était comme aller à l’école mais en mieux, moi qui n’aimais pas rester assise dans la classe à ne rien faire !»

« Le Boulot vers…, c’est l’expérience qui m’a le plus aidée dans ma vie ! Ça m’a appris la valeur du travail et l’importance de se connaître. Ça m’a aidé à préciser ce que je voulais faire dans la vie, ça m’a donné une direction. Je ne serais pas rendue où je suis rendue si je n’avais pas été à Boulot vers ! »

Sortie de son stage en 2010, elle a fait quelques courts contrats et deux longs emplois de plus de trois ans, le premier chez Sylteck, à vendre de la peinture industrielle, l’autre à Abiosphere Extermination, « au début au bureau, et maintenant je suis technicienne sur la route ».

Chacun son message, sa couleur, son approche. Difficile de rendre compte avec justesse de la démarche dynamique de Justine Paradis : saluons l’enthousiasme à communiquer l’énergie qui l’anime, et sa grande fierté en regard de son parcours personnel. Concluons avec son message de gratitude : « Les gens du Boulot vers qui s’impliquent avec les jeunes, c’est merveilleux. Un gros merci ! Je sais que j’ai été une stagiaire qui n’a pas toujours été à son affaire, qui n’a pas toujours eu les meilleures réactions et que j’ai eu ma chance plus d’une fois ! Ça m’a rapporté. Merci à l’équipe du Boulot vers ! »

L’expérience de pouvoir bien aligner son futur

David Clément - Le boulot vers

David Clément, directeur de production au Boulot vers, 1996-1998

David Clément a 23 ans et sort tout juste de l’université quand il voit l’annonce du Boulot vers : un poste de directeur de production s’ouvre dans l’entreprise. Il envoie son CV. Il est sélectionné, passe en entrevue devant le comité de sélection. Il sera retenu et entrera en fonction au Boulot vers en juin 1996.

Formé en génie industriel, préparé à occuper des fonctions d’opération et de logistique, il commencera par exercer… sa polyvalence !

« J’ai apprécié travailler au Boulot vers. En génie industriel, on apprend beaucoup de choses, on est formé pour remplir plusieurs tâches et fonctions.

« J’ai touché à tout rapidement, à l’intérieur de la même job, dès la sortie de mon bacc. J’ai identifié ce que j’aimais le plus, ce que j’aimais le moins, là où j’avais mes forces. J’ai rassemblé un beau bagage d’expériences professionnelles, dès le départ, et j’ai pu bien aligner mon futur. »

Avec du recul, travailler dans une entreprise d’insertion, c’est comment ? « Très motivant et très formateur. Ça m’a ouvert l’esprit. J’ai développé mon côté gestionnaire. Mon côté humain aussi. Pour avoir fait par la suite plusieurs entreprises, je peux témoigner que les situations vécues au Boulot vers se produisent partout ailleurs ! », confie David, dans un éclat de rire.

Côté leadership, à 23 ans, se retrouver directeur avec des jeunes stagiaires du même âge que soit, c’est difficile ? « Jeune, j’ai fait du hockey de compétition. J’ai travaillé en usine à partir de 16 ans, les longues heures sur le plancher, avoir chaud, être sale, être un employé de production, la réalité de stagiaire quoi, je connaissais. »

Aujourd’hui, 20 ans plus tard, David est vice-président corporatif opérations de l’entreprise Solotech, qui compte 1 200 employés en Amérique du Nord. « Je ne vois pas la différence : cela demeure une seule et même gestion de personnel. Bien sûr, l’aspect productivité peut être différent. La pression n’est pas la même, mais les délais de livraison sont partout. Et s’ajoute un défi important : faire des meubles avec des jeunes qui n’ont pas de formation en ébénisterie. Il faut avoir les bonnes personnes dans l’atelier, compétentes et aussi un peu « psychologues » ».

Tenir un discours mobilisateur aux jeunes importe : « Ne jamais lâcher. Si tu es au Boulot vers, tu as déjà fait un bon pas vers l’avant. Fais-toi confiance au travail. La confiance en soit, accompagnée des efforts appropriés, ça produit des résultats surprenants !

« J’ai toujours gardé Boulot vers présent à l’esprit et dans mon cœur. J’en parle souvent. Je suis content de voir que l’entreprise existe encore, que la direction qui m’avait embauché est encore là. J’ai gardé à l’esprit de m’impliquer à nouveau, un jour, soit en lançant moi-même une entreprise d’insertion, ou en joignant un projet déjà existant. Mon expérience au Boulot vers a vraiment bien lancé ma carrière. De ce point de vue, je me sens redevant, et j’ai le goût de contribuer, en guise de remerciement. »

L’apprenti devenu entrepreneur artisan

Joseph Lebel, stagiaire au Boulot vers en 2001

C’est un ami à Joseph Lebel, directeur d’une ressource d’hébergement pour jeunes dans la rue, qui a vu passer l’annonce du Boulot vers et la lui a fait suivre : « Ça serait une bonne occasion pour toi de voir si tu aimes l’ébénisterie, qu’en penses-tu ? » Et Joseph d’ajouter : « J’ai appliqué, ils m’ont pris ».

« J’étais alors motivé à intégrer le marché de l’emploi, poursuit-il, ayant déjà travaillé dans la restauration. À la maison, dans ma famille, on valorisait le travail. Ado, j’ai vendu des journaux. Je savais que j’allais travailler de mes mains, je ne savais pas encore dans quoi, et j’allais tester au Boulot vers si l’ébénisterie était ma voie.

« C’était motivant de penser que le programme ne durait que six mois, c’est une période de temps pas trop longue, mais suffisante pour acquérir un bagage intéressant ».

Joseph voulait quand même approfondir. « Avec un des stagiaires qui avait déjà travaillé le métal (et moi le bois), nous avions plus d’expérience que les autres. On nous a mis en équipe et on a fait des projets spéciaux. Ça nous a permis d’apprendre encore plus. »

« À la fin de mon stage, j’étais prêt à continuer, et je me suis inscrit au Diplôme d’études professionnelles (DEP) à l’École Père-Marquette. Guy Pépin, un des fondateurs du Boulot vers et qui y enseignait, m’a beaucoup appris. Je l’ai toujours trouvé inspirant. Il a compris ma grande motivation. »

« Je ne voulais pas travailler pour de grosses compagnies. À la fin de mon cours, j’ai fait mon stage chez un ami, puis j’ai continué comme je le souhaitais, indépendant. Tout est tombé en place d’une belle façon. Aujourd’hui, je suis ébéniste à mon compte, je fais des contrats sur mesure, des meubles, toutes sortes de projets, chez des particuliers. J’aime travailler chez les gens. Ma publicité se fait de bouche à oreille, j’ai une page d’accueil sur Internet, je travaille à longueur d’année. »

Volubile, sociable, Joseph a avancé. Le Boulot vers… lui a permis de se lancer. Il y a acquis une certaine confiance dans sa profession qu’il savait être la place qu’il occuperait dans la société. Organisé, il a mis en place une entreprise que plusieurs jeunes, d’une cohorte à l’autre, souhaitent monter après leur stage.

Se partir à son compte n’est pas facile, mais c’est faisable, il en constitue un fier exemple : « J’ai 41 ans. Je suis responsable, je fais attention. Je connais mes limites. Mon entreprise a une dimension qui me convient, je ne veux pas faire de stress, je ne veux pas d’employés. Mes clients deviennent des amis, ils me rappellent plusieurs années après pour d’autres projets. Je suis un ébéniste artisan, qui veut faire de l’argent pour bien vivre, c’est tout. »

« Est-ce que j’aurais découvert l’ébénisterie si je n’avais pas fait mon stage au Boulot vers ? Il n’y a pas d’autres endroits comme ça : j’apprenais, et j’étais payé en plus ! C’est vraiment exceptionnel, comme milieu! C’est arrivé au bon moment dans ma vie. Je cherchais sans trop savoir, et mon passage s’est révélé d’une grande valeur. »

Se remettre sur les rails, donner l’exemple

Isabelle Leblanc, stagiaire au Boulot vers en 2000

À 25 ans, Isabelle Leblanc aspire à intégrer le marché du travail de façon continue mais n’a pas une longue scolarité. Elle frappe à la porte du Boulot vers, boîte recommandée par son conjoint d’alors, père de ses enfants et lui-même ancien stagiaire. Elle est acceptée et s’inscrit.

« Comme on pouvait avoir de l’aide si on avait cessé l’école depuis longtemps et qu’on n’avait pas travaillé, c’était une bonne place pour me remettre sur les rails. En plus, assez manuelle, l’ébénisterie me convenait.

« Je ne suis pas sortie avec mes cartes d’ébéniste, mais avec un diplôme, quand même, ce qui m’a permis d’aller dans le recyclage, au début, puis dans le domaine de la santé, comme préposée à l’urgence à la Cité de la Santé — là, j’en ai vu de toutes les couleurs ! —, puis en soins à domicile, au CSSS de Lanaudière. »

Cela peut paraître disparate, mais c’est assez typique de la vie moderne, non ? C’est en tout cas ce qu’on en retire qui importe ! Pour Isabelle, ce parcours du changement a pris forme d’abord au Boulot vers : « Dans le fond, on peut toujours reprendre sa vie en mains. Il y a toujours moyen de s’en sortir, peu importe l’âge que l’on a. »

« Lors de mon stage, j’étais la plus vieille, à 25 ans. Je trouvais important d’avoir un travail plus stable, surtout en ayant trois enfants. Je voulais leur donner un exemple de ce que travailler permet [en ce qui a trait à l’autonomie matérielle]. Par la suite, j’ai fait du bénévolat. J’ai occupé des emplois divers. J’ai pu faire mon test d’équivalence de niveau secondaire [TENS] et poursuivre le diplôme d’études professionnelles [DEP], assistance à la personne à domicile, en tant qu’auxiliaire familiale. J’ai été diplômée en 2016, cela fait maintenant deux ans. »

Se définissant travailleuse manuelle d’abord, elle souligne que le Boulot vers a constitué pour elle une belle opportunité de s’intégrer au marché de l’emploi : « Ça m’a donné plus de confiance en moi. Il suffit de franchir les portes qui s’ouvrent devant nous et de prendre ce qui est bon pour soi ! »

« Maintenant, ce que je recherche, poursuit-elle, c’est de vraiment aider les gens du mieux que je peux. Les personnes que j’assiste présentement ont besoin de moi. Je suis leurs yeux, je suis leurs bras, je suis leurs jambes. »

Déjà portée vers les autres, comme mère de famille, Isabelle exprime maintenant par le travail la bienveillance en elle. Elle manifeste de la gratitude et presse Le Boulot vers à poursuivre : « Vous présentez de beaux exemples pour les jeunes d’aujourd’hui ! Vous les invitez, par toutes sortes de moyens, à sortir de la rue, à recommencer, à étudier, à travailler ! Continuez votre beau travail, c’est inspirant ! »

Le début d’un [nouveau] futur

Sadrack Josephe stagiaire au Boulot vers

Sadrack Joseph (33 ans), ancien stagiaire au Boulot vers (2011)

De nationalité haïtienne, Sadrack débarque au Québec en janvier 2011, un an après le tremblement de terre dévastateur. Il a 26 ans, il arrive dans une culture toute nouvelle pour lui : « J’avais quitté un pays totalement dévasté, au rythme lent, très désorganisé. Au Canada, pour moi, c’était extrêmement vite : ici, ça ne niaise pas, c’est métro boulot dodo ! Mes deux frères d’ici m’ont dit : sois préparé à travailler. »

Un tremblement de terre, c’est une expérience qui marque : « Quelques jours après mon arrivée, la première fois que j’ai entendu une machine à laver qui essorait, avec les vibrations du plancher que ça produit, je me suis retrouvé dehors en une fraction de secondes, à côté des bancs de neige ! Ma sœur m’a demandé qu’est-ce que je faisais là ? J’ai eu l’instinct de me mettre à l’abri ! »

Sadrack se considère privilégié, malgré cette catastrophe survenue dans sa vie. C’est qu’il a déjà une famille qui l’attend au Québec, ses frères et sœurs qui le soutiennent. Dans ce contexte, il entreprend des démarches. Il s’inscrit à Transat 2000, un centre de formation qui lui permettra de rencontrer du monde et d’élargir son réseau. C’est de cette façon qu’il apprend l’existence du Boulot Vers, un organisme qui l’a beaucoup marqué, comme une deuxième famille : « C’était le début d’une vie ! J’allais vraiment faire face à la réalité du marché du travail au Québec ! Ça a été le début de mon avenir ! On t’y apprend à identifier tes priorités ! Comment gérer ta vie ! Pour les nouveaux arrivants comme moi, les gens du Boulot Vers, ce sont comme des parents ! »

Pour Sadrack, qui ne manquait pourtant pas d’initiative ni de confiance, l’entreprise d’insertion permet une sorte de mise à niveau par rapport à la réalité de l’emploi : « Boulot Vers m’a apporté ça. Oui, j’avais du talent, mais ce n’est pas tout. Deux mois après mon arrivée, j’étais chef d’équipe. Boulot Vers inscrit la démarche dans la discipline. Oui, c’est un stage, mais c’est complet, en tant qu’expérience, comme dans la vraie vie. Cela permet d’attaquer le marché du travail. »

De la confiance. Et de l’écoute. De l’humilité à reconnaître ses limites et les efforts des autres autour de soi à faire avancer la situation.

Selon Sadrack, le passage dans cette entreprise permet de se motiver et de passer à l’action. « À l’époque, je suis d’abord retourné au travail, et j’ai pu me préparer à reprendre l’école. Au Boulot vers, j’ai appris une chose, en fait : concilier travail et études, c’est faisable. J’ai été à l’école professionnelle, j’ai fait un DEP en assistance à la personne en établissement de santé, j’ai commencé à travailler là-dedans. Puis après, j’ai poursuivi dans le secteur de la santé en Montérégie. Je suis retourné à l’école en assurances au Cégep du Vieux-Montréal. Je travaille maintenant aux services internes des Investissements PSP : j’y prépare les postes de travail. Y’a donc encore un peu de mon bagage hérité du Boulot vers, puisque c’est un travail manuel.

« À un jeune qui se présente à Boulot Vers, je dirais : tu es chanceux ! Tu devrais en profiter ! Écoute les personnes qui te conseillent : ce sera le début de ton avenir. »

Prendre conscience de la réalité. Apprendre à se connaître dans les relations de travail : respecter l’autorité, ressentir et maîtriser le stress inhérent au travail. « Profites-en pour développer des outils en vue d’affronter le combat de la vie ! »

Annonce : Installation du Boulot vers à La Tonnellerie

Relocalisation du Boulot vers

Plus d’une quarantaine d’invités étaient présents le 19 juin dernier, lors de l’annonce du Boulot vers de son installation à la Tonnellerie.

Parmi ses invités, on note :

Jesula Taylor, aide à la commercialisation et stagiaire au Boulot vers en 2006,

Carole Poirier, députée de Hochelaga Maisonneuve,

Olivier Laurin, représentant du Ministère des Transports ancien propriétaire de la Tonnellerie,

Johanne Pratte, présidente du conseil d’administration du Boulot vers

Les stagiaires Félix Servant-L’Heureux, Karolane Valiquette et Myriam Forest-Arseneault, entourant la directrice générale Jeanne Doré

La Tonnellerie, nouvelle maison du Boulot vers…

Le boulot vers se relocalise à la Tonnellerie

Requalification et mise en valeur d’un site patrimonial montréalais

Des jeunes redonneront une nouvelle vie à La Tonnellerie

Juin 2018 – L’entreprise d’insertion sociale et professionnelle Le Boulot vers… convie les représentants des médias à un point de presse, qui se tiendra le mardi 19 juin 2018 à 10 H AM, dans le but d’annoncer la requalification et la mise en valeur de La Tonnellerie, un joyau patrimonial situé dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Inoccupé depuis plus de 50 ans, ce bâtiment industriel, datant de 1888, accueillera en 2020 l’équipe du Boulot vers qui y relocalisera son atelier d’ébénisterie ainsi que ses bureaux afin de poursuivre sa mission en vue de contribuer concrètement à l’insertion durable dans la société et sur le marché du travail de jeunes exclus, souvent en situation de presqu’itinérance.

Voici les détails de l’invitation :

Quand : mardi 19 juin 2018, à 10h

Où : à La Tonnellerie (à l’intersection de l’Avenue Jeanne-d’Arc et de la rue Notre-Dame Est, Hochelaga-Maisonneuve)

Qui : Jeanne Doré, Directrice générale, Le Boulot vers…

Quoi : Arrivée des invités

Allocution des parties prenantes

Période de questions pour les journalistes et entrevues

Visite des lieux et occasion photo et vidéo sur place

 

RSVP avant vendredi le 15 juin 2018, 13h, à dirgenerale@boulotvers.org

– 30 –

 

À propos du Boulot vers

Le Boulot vers… a pour mission de venir en aide à des jeunes en difficulté, âgés entre 16 et 25 ans, qui ont quitté l’école depuis au moins un an et sont sans emploi. C’est au sein des bureaux et de l’atelier d’ébénisterie que les jeunes fabriquent des meubles solides et durables, en réponse aux besoins d’organismes de la communauté. Ces jeunes améliorent ainsi leur employabilité, leurs qualifications professionnelles et la prise de conscience de leur identité personnelle et de leur citoyenneté. Depuis sa création en 1983, Le Boulot vers… a soutenu plus de 3 500 jeunes dans leur insertion sociale et professionnelle, contribuant ainsi à bâtir une société inclusive et solidaire. Les services offerts par Le Boulot vers… sont rendus possibles grâce à la participation d’Emploi-Québec.