La Tonnellerie, nouvelle maison du Boulot vers…

Le boulot vers se relocalise à la Tonnellerie

Requalification et mise en valeur d’un site patrimonial montréalais

Des jeunes redonneront une nouvelle vie à La Tonnellerie

Juin 2018 – L’entreprise d’insertion sociale et professionnelle Le Boulot vers… convie les représentants des médias à un point de presse, qui se tiendra le mardi 19 juin 2018 à 10 H AM, dans le but d’annoncer la requalification et la mise en valeur de La Tonnellerie, un joyau patrimonial situé dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Inoccupé depuis plus de 50 ans, ce bâtiment industriel, datant de 1888, accueillera en 2020 l’équipe du Boulot vers qui y relocalisera son atelier d’ébénisterie ainsi que ses bureaux afin de poursuivre sa mission en vue de contribuer concrètement à l’insertion durable dans la société et sur le marché du travail de jeunes exclus, souvent en situation de presqu’itinérance.

Voici les détails de l’invitation :

Quand : mardi 19 juin 2018, à 10h

Où : à La Tonnellerie (à l’intersection de l’Avenue Jeanne-d’Arc et de la rue Notre-Dame Est, Hochelaga-Maisonneuve)

Qui : Jeanne Doré, Directrice générale, Le Boulot vers…

Quoi : Arrivée des invités

Allocution des parties prenantes

Période de questions pour les journalistes et entrevues

Visite des lieux et occasion photo et vidéo sur place

 

RSVP avant vendredi le 15 juin 2018, 13h, à dirgenerale@boulotvers.org

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À propos du Boulot vers

Le Boulot vers… a pour mission de venir en aide à des jeunes en difficulté, âgés entre 16 et 25 ans, qui ont quitté l’école depuis au moins un an et sont sans emploi. C’est au sein des bureaux et de l’atelier d’ébénisterie que les jeunes fabriquent des meubles solides et durables, en réponse aux besoins d’organismes de la communauté. Ces jeunes améliorent ainsi leur employabilité, leurs qualifications professionnelles et la prise de conscience de leur identité personnelle et de leur citoyenneté. Depuis sa création en 1983, Le Boulot vers… a soutenu plus de 3 500 jeunes dans leur insertion sociale et professionnelle, contribuant ainsi à bâtir une société inclusive et solidaire. Les services offerts par Le Boulot vers… sont rendus possibles grâce à la participation d’Emploi-Québec.

 

L’engagement va de soi…

Nicole Bureau Tobin

Les portraits du 35e du Boulot Vers,
Nicole Bureau-Tobin, présidente du conseil de la Fondation Boulot Vers

Suivre l’histoire de Boulot Vers au cours des 35 années de ses activités, c’est croiser dès les débuts Nicole Bureau-Tobin, une bénévole qui a beaucoup investi d’elle-même dans la mission sociale de l’entreprise, de par sa nature portée par la compassion.

Elle a été administratrice, la seule femme à siéger sur le premier conseil des gouverneurs de Boulot Vers ; elle a connu le trio des fondateurs. Depuis 2010, elle est présidente de la Fondation Boulot Vers créée en 2006.

Confiante dans la vie, au service d’une cause, cette native de Trois-Rivières a suivi l’exemple de son père, grand bénévole, philanthrope : « J’ai appris avec lui que j’avais un rôle à jouer dans ma communauté, dans mon milieu ».

Inscrite en pédagogie familiale à l’Université de Montréal, elle poursuit en relations publiques, où s’exprime d’emblée son trait d’organisatrice naturelle. En plus d’être aux études universitaires le soir, elle est mère de trois enfants et bénévole sollicitée pour des causes nombreuses, dont les déjeuners à l’école et le cancer. En 1967, elle est recrutée à l’Institut de cardiologie ; dans les années 1980, grande collecteuse de fonds bien établie, elle crée la Fondation hospitalière de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Au Boulot Vers, sa présence renforce la culture femme dans l’entreprise : selon elle, une femme est parfaitement habilitée à gérer une entreprise d’économie sociale, de par son élan naturel à allier le cœur et la raison…

Quand on lui demande quel est le sens de son engagement, elle répond : « Je viens d’une famille qui n’a manqué de rien. J’ai été très privilégiée ». La vie l’a ainsi conduite au Boulot Vers, « une sorte de PME du cœur, où l’on change la société un individu à la fois, comme disait Mère Térésa. On y pratique la gestion humaine 101 de la personne. Ici, on intervient au moment où l’individu s’engage sur le marché de l’emploi. »

Mais encore, pourquoi Boulot Vers ? « C’est une œuvre essentielle, dit-elle à la manière ardente qu’on lui connaît. On y accueille des gens que la vie n’a pas favorisés. Certains deviendront des ébénistes, pas tous. D’autres retournent aux études, ou se trouvent un emploi. Tous brisent la solitude humaine si épouvantable où ils ont pu évoluer… »

Profondément émue quand elle en parle, l’isolement social la mobilise entièrement. Elle réplique par la solidarité. Et la philanthropie : « Je considère qu’on a un certain devoir à donner. Selon un choix tout à fait personnel. »

Aux jeunes, Nicole Bureau-Tobin parle de patience, de courage, de défi : « Réalise que tu es capable de bien. Pour toi, Boulot vers est une école de citoyenneté, de croissance personnelle, de vie. » À celui ou celle qui hésite à venir frapper à la porte du Boulot vers, elle dit : « Essaie, fais-toi confiance. Dans la vie, il y a des moments à saisir, on ne sait pas nécessairement pourquoi ils se présentent, mais ils sont là. Tu ne perds rien à essayer. Donne-toi une chance. Fais le pari que ça va marcher ! »

Dans la conversation, la colère l’envahit quand elle pense qu’à Montréal, encore en 2018, des jeunes sont dans la rue, démunis, seuls. Elle aspire au partage et se soucie de développer une place de choix pour Le Boulot vers… dans le réseau des donateurs et de la philanthropie : « Les petites organisations font preuve d’initiative, de créativité, et sont pleinement actives dans le changement sociétal ».

Cela la relie à l’organisme à but non lucratif plus encore : « J’ai bien l’impression que je vais être là jusqu’à la fin de mes jours ! » Et cela parle d’elle : la fidélité et la compassion, certes, mais surtout un engagement à changer les choses pour de vrai ! Et ça, ça n’a pas de limites dans le temps !

Nécessité et débrouillardise, puis carrière

hélène david Gélinas - Le Boulot vers

Hélène David Gélinas, stagiaire au Boulot Vers en 2008

Pour Hélène, le récit de son passage à Boulot vers en 2008 commence en réalité six ans avant qu’elle s’y inscrive : « J’ai travaillé très jeune, dès l’âge de 13 ans, je faisais du gardiennage et je passais les journaux. J’ai grandi dans un milieu familial très pauvre, ça me faisait un peu d’argent, je m’achetais des vêtements, un téléphone.

« J’ai quitté l’école à 16 ans avec un secondaire deux. J’ai travaillé pendant trois ans dans une compagnie qui faisait des ancrages, crochets et fixations. J’y ai occupé plusieurs postes intéressants, d’opératrice de machine d’emballage à chef d’équipe. À 19 ans, j’ai senti que je manquais de débouchés, que j’avais obtenu le maximum de ce que la compagnie pouvait m’apporter. Qu’il n’y avait pas d’avenir là pour moi. »

En feuilletant le journal durant une pause, elle voit l’annonce du Boulot vers : Recherchons stagiaires en ébénisterie : « Je me suis présentée. J’arrivais avec un secondaire deux, pas même terminé, et j’ai tout de suite réalisé que c’était une véritable aubaine : j’avais trouvé là la place pour acquérir mon équivalence de secondaire 5. »

Cela s’est super bien déroulé, raconte-t-elle, et en 2008, l’année même de son inscription à Boulot vers, elle a réussi avec fierté l’examen d’équivalence : « Si j’ai terminé, c’est beaucoup grâce à Boulot vers, sinon, je n’y serais jamais arrivée ! »

À l’écoute du récit d’Hélène, on se demande si ça ne prend pas une bonne dose de courage et d’autonomie pour arrêter l’école à 16 ans ? Réalistement, Hélène répond : « Oui et non. Ça dépend de quel côté on le voit ! À l’école, je n’étais pas bonne, et j’étais souvent absente, je décrochais. J’étais pas capable de suivre, dans le fond ». On sent ici qu’elle n’avait pas les ressources autour d’elle pour évoluer dans un cadre stimulant. À la place de « courage », elle parle de « nécessité », et plutôt qu’« autonomie », elle dit « débrouillardise ».

Présente, dynamique, positive quoique réservée et timide, de son propre aveu, Hélène n’avançait plus à l’école. C’est trois ans plus tard qu’elle a trouvé ce dont elle avait besoin : « À Boulot vers, j’ai été très bien traitée, j’ai eu beaucoup d’aide et de soutien du professeur sur le plan de la scolarité. » Leader silencieux, elle s’est faite une belle place dans sa cohorte, a développé la camaraderie : « J’ai rencontré des personnes avec qui j’ai gardé un contact, on ne se voit pas beaucoup, mais le lien est toujours là (Facebook). Ma bonne amie Roxanne a aussi fait son stage là ».

« À Boulot vers, j’ai appris l’ébénisterie et la finition de meuble, ce qui m’a beaucoup aidé pour plus tard. » En sortant de l’atelier, elle s’inscrit au DEP en ébénisterie, pour disposer d’un métier qui lui permettrait d’entreprendre une carrière, plus tard.

Aujourd’hui, elle travaille chez Bombardier aéronautique. Elle y est depuis huit ans, s’implique dans le syndicat, comme secrétaire archiviste dans le comité de la condition féminine, développe une carrière enviable : « j’essaie de retransmettre dans mon milieu de travail, les mêmes valeurs de soutien et de collaboration que j’ai eues ».

Un équilibre et un élan durable

David Clément Morin - Le Boulot Vers

David Clément-Morin, stagiaire de la cohorte 2008, en entrevue

Quand David évoque son passage au Boulot vers, il en parle comme d’une place pour laquelle il a conservé « beaucoup d’amour ». Inscrit en 2008 comme participant à un programme de pré-employabilité d’abord, Bouge vers le boulot, puis comme stagiaire, sa vie s’est bien alignée dans les dix dernières années. Il a vécu des épisodes de vie difficiles, avec consommation qui l’a conduit à des excès, puis aussi des périodes profitables, où il s’est construit, dans des groupes de rencontre, le travail, la famille.

C’est ainsi que, posé, il affirme aujourd’hui que sa vie est organisée pour le mieux. Il est livreur pour une entreprise dans la restauration qui se démarque dans la bouffe végane, « une nourriture que j’aime bien essayer, dit-il, de qualité », lui qui n’est pas végétarien à la base.

Avec un recul de dix ans, David parle de son stage au Boulot vers, d’une façon réaliste. Il se rappelle avoir trouvé cela stimulant et difficile, à la fois. « Stimulant, parce que je revenais certains soirs à la maison et je sentais que le programme changeait quelque chose en moi », ce qu’il qualifie maintenant de « confiance » tranquille. « Difficile, parce que ce n’est pas naturel chez moi de faire un CV qui vante mes compétences et mes habiletés, qui me mette en valeur tout court. »

« Bien se connaître, apprendre à reconnaître ses bons côtés et ses mauvais côtés, c’est… pénible, en entrevue ! » De nature introvertie, les questions de l’employeur le brusquent : « Quand on me demande pourquoi on me prendrait, moi, plus qu’un autre candidat, ou que l’employeur souhaite que je lui dise trois ou quatre qualités qui me distinguent… Je me tords de douleur ! Je me sauverais à la course ! » Sa spontanéité et sa franchise font rire ! Il poursuit sur le paradoxe qu’il éprouve en entrevue : « En fait, je n’ai pas le goût de répondre des choses qui me mettraient, sans le savoir, dans l’embarras. En même temps, je cherche à me montrer comme un être humain entier, avec mes qualités et mes défauts. »

Reste-t-il lucide par rapport à lui-même, sans jamais se perdre de vue ? « J’essaie. Quand on arrête de consommer, on apprend beaucoup de choses sur soi. C’est préoccupant, l’équilibre : essayer de toujours avoir le mieux de soi-même et de ne pas trop s’en demander. Avant, j’étais peut-être moins lucide, porté dans le déni, moins présent à moi-même ».

Le besoin d’intégrité n’est pas loin, et l’authenticité de David se manifeste à tout moment dans la conversation. Est-ce à Boulot vers qu’a commencé la prise de conscience ? « Je suis vraiment tombé en amour avec cette place-là. Je suis de nature un peu rebelle, j’ai de la difficulté à m’intégrer. À l’époque, je rentrais chez moi et j’étais content de voir ce que ça m’apportait, à moi et aux autres. Boulot vers a donné tellement de chances à des gens. »

Ce travailleur de nature introverti et solitaire vit aujourd’hui dans une communauté qui le soutient et le nourrit, avec sa conjointe mère de quatre enfants et présentement enceinte, avec un emploi qui fait du sens pour lui…

Accueil ? Ouverture ? Confiance ? Amour ? À 33 ans, l’héritage du Boulot vers est toujours présent en lui. C’est une sorte d’équilibre, un élan durable que l’entreprise d’insertion a fourni à David, « … même si je ne visite pas si souvent l’atelier, les intervenants, je les aime, ils m’ont beaucoup donné ».

L’économie sociale, pour changer le monde !

Carole Poirier, députée d'Hochelaga-Maisonneuve à l'Assemblée nationale du Québec

Carole Poirier, députée d’Hochelaga-Maisonneuve
à l’Assemblée nationale du Québec

Carole Poirier est une passionnée de la politique et les intervenants que son rôle de députée l’amène à rencontrer sont « des partenaires avec qui je suis toujours en train de construire. Dans le fond, je suis une entrepreneure », rajoute-t-elle.

Carole est native d’Hochelaga-Maisonneuve, « je suis une enfant du quartier, j’ai grandi ici, je suis allée à l’école ici, mes premiers emplois, c’était ici ». Pour elle, la population qu’elle sert est dynamique et active, «… avec les gens du quartier, on bâtit des projets, on les améliore, on va chercher du financement, on les planifie, c’est de l’entrepreneuriat social ! »

Artisane et fervente de l’économie locale, elle croit avec enthousiasme à l’entrepreneuriat communautaire ! Pour elle, « Hochelaga-Maisonneuve est, à Montréal, la Silicon Valley de l’économie sociale ! », message qu’elle diffuse d’ailleurs en dehors de son territoire, lors de rencontres consulaires qu’elle organise et qui « donnent des résultats ».

Elle poursuit ainsi dans la promotion du local, de tout ce qui le constitue : « Je fais de l’immobilier social, en recherche du terrain ou de l’édifice qu’on pourrait transformer. » Est-ce en cela qu’elle est proche du Boulot vers ? « Dans le projet de la Tonnellerie[1], j’accompagne le conseil et la direction de Boulot vers depuis 5 ans. Nous l’avons conceptualisé ensemble. »

Elle qui a été à la direction générale de la SODER pendant deux ans parle avec conviction et expérience d’action, de projets, de résultats et de succès : « L’économie sociale, c’est de l’économie, point. C’est juste une façon différente de comptabiliser. Il y a les mêmes défis de financement et de résultats. Dispose-t-on de moins de moyens ? On arrive à faire des montages financiers aussi sérieux que dans l’entreprise privée ».

À cet égard, pour Carole Poirier, le travail du Boulot vers est exemplaire : « Ce qui caractérise l’équipe du Boulot vers, en un mot, c’est son dévouement. Ces travailleuses et travailleurs sont totalement dans la mission auprès des jeunes. Ils ne sont pas engagés dans un produit à produire, ils sont engagés dans le cheminement des jeunes pour qu’ils puissent, à leur sortie de Boulot vers, arriver à faire des choix : retourner aux études, aller sur le marché du travail… Leur dévouement est tout centré sur la personne, et c’est une qualité extraordinaire !

« Il y a un temps qui est absolument nécessaire pour l’individu, entre l’aide sociale et le retour sur le marché du travail ou aux études. L’entreprise d’insertion crée cet espace temps nécessaire pour permettre aux gens qui reçoivent l’aide sociale, souvent très éloignés du marché du travail, de se remettre à l’action ! Sinon, c’est l’échec annoncé. On investit dans la réussite, on investit dans l’humain, ce qui est toujours payant ! »

« Aux jeunes qui se présentent la première fois à Boulot vers pour un stage, je fais un message : donnez-vous une chance ! J’insiste, [avec une douce fermeté, elle répète :] don-nez-vous-un-e-chan-ce ! L’entreprise d’insertion Boulot vers et les autres sont là pour créer des conditions aidantes : elles permettent une attitude motivante, positive. Est-ce que ça te tente de te donner de nouveaux outils ? D’essayer quelque chose qui va t’amener ailleurs ? Donne-toi donc une chance ! »

L’économie sociale, c’est pour changer la vie, changer le monde, un projet à la fois, une initiative personnelle à la fois, un citoyen stagiaire réinséré à la fois…

 

[1] La Tonnellerie est un projet majeur de revitalisation patrimoniale et de relocalisation du Boulot vers… Surveillez les annonces : vous en entendrez parler bientôt avec abondance et détails !

 

 

« Là où je me suis formé, comme travailleur ! »

Yan Chamberland au Boulot Vers

Yan Chamberland, stagiaire en 2000, Boulot vers

À 19 ans, Yan Chamberland rompt tout. Son instinct le guide : « pour un meilleur avenir », il quitte Mont-Joli, dans le Bas du Fleuve, 7 000 habitants, pour Montréal et son million d’urbains affairés, « un milieu brutal », de son propre aveu.

Yan n’a que son secondaire cinq. Mais il a la vision que s’il poursuit sa formation et veille à trouver les bonnes ressources et les bonnes conditions, il peut devenir un élément stable et durable dans une entreprise. C’est une question d’initiative et de persévérance. Ainsi, cette année-là, en 2000, après une job peu prometteuse, il amorce à Boulot vers un parcours qui va se révéler des plus profitables…

Entrevue, séance d’initiation et début de la formation dans l’atelier. De fil en aiguille, il se retrouve à la chambre de peinture. Là, coup de cœur : c’est la finition qui l’intéresse ! Il va s’y investir pleinement, y côtoyer Yvon et Gaby, deux formateurs de l’atelier, et surtout, y rencontrer Jacques Bernier, un entrepreneur local qui donne de son temps pour initier à la peinture et à la finition de meubles.

Un jour, M. Bernier, alors à la recherche d’un coloriste, invite Yan à aller porter son CV à Sylteck, son entreprise. Et ça marche ! Si bien, d’ailleurs, que 18 ans plus tard, Yan y poursuit toujours sa carrière, devenu un travailleur aguerri, un employé essentiel de cette entreprise locale dans la transformation du bois.

« Le Boulot vers a eu un impact majeur dans ma vie. Je touchais à quelque chose que j’aimais beaucoup, j’étais comme une éponge, j’apprenais sans arrêt. Ça a été facile pour moi de m’investir. Et en arrivant chez Sylteck, j’ai poursuivi. Encore aujourd’hui, j’apprends, la technologie évolue constamment dans ce domaine ! Je ne connaissais rien du métier de coloriste, et maintenant, c’est moi qui monte les systèmes de finition pour les ébénisteries. Je développe les couleurs, j’essaie de nouveaux produits.

« À Boulot vers, j’ai découvert ma passion. Côté personnel, j’ai eu besoin de l’intervenante pour m’aider à préparer mon CV et mes entrevues d’emplois. Aussi, j’y ai obtenu un appui financier, parce que j’avais un loyer à payer. Parmi les stagiaires, j’ai fait la rencontre des bonnes personnes, une mini-fraternité s’est formée le temps de la durée du stage. »

« Le Boulot vers est là depuis 35 ans, c’est une équipe compétente, qui a fait ses preuves. Comme participants, il faut y mettre du sérieux, se faire confiance. Apprendre à développer ses capacités. Une personne qui veut faire quelque chose de sa vie a là de bons outils en main. »

Pour Yan, c’est clair : « On peut viser le long terme et utiliser Boulot vers comme une plate-forme pour aller quelque part, pour vrai ! »

« Sans trop savoir que je me cherchais, je me suis trouvé »

Pierre Théberge, stagiaire au Boulot vers en 1988

Pierre Théberge est un travailleur bien établi, avec une longue feuille de route en ébénisterie. « J’ai fait six ou sept entreprises, sur 32 ans. Je n’ai jamais arrêté de travailler (…) La vie est bien faite. Rien n’arrive par hasard. À Boulot vers, ma vie a pris un tournant imprévu et important. »

Stagiaire en 1988, à l’âge de 19 ans, alors que Le Boulot vers existe depuis 5 ans, Pierre entreprend sans trop le savoir un parcours d’insertion de 6 mois. Il a vu une annonce dans le Journal de Montréal, « stage en ébénisterie, sans expérience » : « Je n’avais pas terminé mon secondaire trois, je ne connaissais rien en ébénisterie, et je cherchais un emploi. J’ai appelé. Je suis arrivé sur la rue Moreau, dans une vieille bâtisse au plancher de bois, et j’ai rencontré Michel Gendron, lors d’une entrevue… Il y avait Patrice, Richard le contremaître… Je correspondais au type de candidat qu’ils recherchaient. J’ai été « engagé ». »

« Je n’avais aucune idée de ce qu’était une entreprise d’insertion. Je voulais apprendre un métier. Ça a été l’ébénisterie, que j’ai pratiquée toute ma carrière. Je fais plus de gestion maintenant, dans une entreprise à Le Gardeur. »

On peut dire qu’au Boulot vers, Pierre trouve enfin ce qu’il cherche, mais par une route imprévue… « Jusque là, comme beaucoup de décrocheur, je me promenais d’une job à l’autre. À Boulot vers, comme on invite les participants à la prise en charge personnelle, j’ai appris à découvrir des aspects de moi-même que j’ignorais. Avant, comme plusieurs, j’étais délinquant, rebelle, pas du tout responsable ; là, j’ai appris à me découvrir moi-même, à nommer mes forces et mes faiblesses. Les formations personnelles ont fait que j’ai raccroché, que je me suis aligné. »

« Michel, un intervenant, a été une personne importante, un confident. Il était de bon conseil. Je me souviens encore de phrases qu’il m’a dites… Il a vu des choses en moi que je ne voyais pas encore. Il a nourri ma confiance ». Comme un cadeau, que Pierre a eu la sagesse d’accepter.

« Quelques années après mon stage, je suis retourné travailler à Boulot vers, comme chef d’équipe, puis directeur d’usine, pendant trois ans. En étant de « l’autre côté », j’ai appris beaucoup dans ce que c’est que d’aider les autres dans leur propre démarche. Ça a été valorisant.

« J’adore mon métier. C’est ma passion. Le côté créatif de l’ébénisterie me stimule. J’y trouve une stabilité. » Pour Pierre, le temps est à la gratitude et à la célébration ! « Je garde un bon souvenir de cette époque. Je tiens à adresser un gros merci à Boulot vers pour tout ce que mes démarches dans l’entreprise m’ont apporté ! »

« Ce que j’aspire à être dans le présent »

PIERRE BRADLEY- Boulot vers

Pierre Bradley-Ducharme, stagiaire à Boulot vers en 2017

En 2017, à 25 ans, Pierre a déjà quelques expériences d’emploi derrière lui, mais il se questionne. Il recherche de nouvelles conditions, il veut apprécier le travail pour ce qu’il peut être, une occasion de grandir et surtout pas une obligation !

En premier lieu, c’est une mauvaise habitude qu’il souhaite changer : « Je voulais cesser de consommer en travaillant. J’avais besoin d’une aide, d’un support extérieur qui puisse me permettre d’accomplir ce que je voulais. Une amie qui avait été stagiaire m’a parlé de Boulot vers. Là, j’ai rencontré dès mon arrivée une intervenante formidable. Avec elle, je me suis senti vraiment bien, apaisé, en sécurité. J’ai compris qu’il y avait quelque chose de possible. Ça a cliqué, j’étais à l’aise. Elle m’a expliqué l’entreprise. »

Pour Pierre, c’est comme si les conditions favorables étaient rassemblées. Mais tout n’était pas joué pour autant, cependant : « J’ai ressenti un stress. Je me préparais à embarquer dans un processus où il faut donner de soi, se structurer soi-même ».

Pierre a senti dès le départ qu’il pouvait avoir à Boulot vers les ressources extérieures qui lui permettent de sortir de « là où il ne se sentait pas bien ». Aussi, il réalise qu’il dispose de ressources intérieures : « Je suis arrivé comme un fruit semi-mûr. J’avais une bonne intention, j’ai pu mûrir. »

L’aventure a duré : « Six mois plus un prolongement d’un mois. Sur mon certificat remis à la fin de mon stage, on a écrit 1148 heures de travail. Ce n’est pas tant la somme d’heures qui est un succès. Ça, je l’ai fait tout autant et parfois beaucoup plus dans d’autres emplois. Non, ce qui est particulier, différent, à Boulot vers, c’est que j’ai pu m’investir avec mes valeurs, avec ce que j’aspire être dans le présent comme dans le futur. »

« À la fin de mon stage, grâce aux services de Boulot vers, j’ai trouvé un emploi au Subway sur Masson, puis je suis entré à l’École des métiers du meuble, en avril. Présentement, d’autres belles occasions s’ouvrent à moi, je vais faire un stage à la Clé de voûte, et il y a la possibilité d’une expérience de travail en communautaire à Boulot vers. »

Son passage à Boulot vers a-t-il changé quelque chose dans la vie de tous les jours de Pierre ? « Je me sens plus adulte. Je me sens plus sérieux, plus près de ce que je ressens, plus en accord avec ce que je dis et plus ferme dans mes propos. Je me sens responsable, de moi, de mes gestes. »

« Sur le plan professionnel, je vois l’avenir d’une façon plus concrète, réaliste, moins pressé, plus en accord avec la vitesse à laquelle la vie va. Je me sens plus adapté face à ce que c’est, travailler. »

« J’aime Le Boulot vers, l’organisme, sa vision. À un jeune qui vient frapper à la porte, je dirais : essaie ! Viens et crois en toi, faut pas que t’aies peur, tu peux essayer et te planter, c’est pas grave. Le Boulot vers, c’est une plate-forme d’essais. Viens et essaie de voir t’es qui !»

Se stabiliser et prendre son élan

Isabelle Gallichan — stagiaire en 1999

À 21 ans, Isabelle s’installe à Montréal, dans Hochelaga-Maisonneuve. Elle est inscrite à l’université : « J’apprivoise ma vie adulte, mal en point dans ma santé, en questionnements… Pour plusieurs raisons, l’école, ça n’ira pas. Je dois donc me trouver un travail. Je me cherche, en manque de confiance.

« Je vais au Carrefour Jeunesse-Emploi, où je tombe sur la circulaire du Boulot vers, je lis « formule originale », « accompagnement »… Je décide d’aller voir ! Me sachant peu manuelle, je me demande en arrivant : « Mais qu’est-ce que je vais faire là-dedans ? ». Et tout de suite l’accueil et la bienveillance me rattrapent : c’était tellement ce dont j’avais besoin ! ».

Sur le plan croissance personnelle, son stage lui a fait faire de grands pas : « J’ai d’abord été trois mois dans l’atelier avant qu’on me propose de travailler dans les bureaux en avant. Mais je me souviens : c’est surtout dans l’atelier où les progrès se sont manifestés chez moi. L’état d’esprit dans lequel je suis arrivée au Boulot vers a évolué de façon créative par le travail manuel. Être dans son corps. Faire quelque chose de ses mains, partir d’une planche, suivre les étapes, arriver à un résultat fini, c’était pour moi révélateur, « thérapeutique »… »

C’est ce qu’on appelle sortir de sa zone de confort ? « Tellement ! Mais j’ajouterais que l’ambiance de l’entreprise d’insertion est extraordinaire : l’entraide s’installe entre les participants, ça devient un milieu de vie, le groupe génère des liens entre les personnes, supporte ses membres. »

Convaincue du succès des stages pour des personnes dans sa situation, Isabelle est devenue une intervenante totalement gagnée à la cause ! Elle travaille à L’Atelier Éclipse, autre entreprise d’insertion sociale et professionnelle, après être passée, entre autres, au magazine L’Itinéraire et au projet à vocation sociale La Réplique :

« Déjà, à Boulot vers, j’étais à l’écoute des autres, je me liais naturellement, j’étais portée à comprendre ce que vivaient mes pairs. C’est là aussi que j’ai été initiée au « communautaire », un univers de ressources dont j’ignorais l’existence. J’ai appris à connaître le réseau, à créer des liens. »

« Boulot vers m’a permis de me stabiliser et de prendre un élan. J’ai pu démystifier certains aspects de l’autonomie, de la responsabilisation face à sa propre vie. Ça m’a donné plein de ressources pour la suite.

« J’y ai fait des boucles quant à certains questionnements et besoins. Pour moi, Boulot vers a été et demeure toujours une place débordante de ressources, d’écoute et d’opportunité. »

S’engager est affaire de confiance et de cœur, du président au stagiaire !

Durochers Pierre

Pierre Desrochers, membre du conseil [1998-2006]

Quand Pierre Desrochers raconte sa participation au Boulot vers, débutée avant les années 2000[1], c’est à partir de son expérience bénévole à la gouvernance de l’organisme qu’il le fait. Et c’est rapidement la confiance et la transparence qu’il évoque, sans les nommer.

Force est de constater que ces valeurs ont été au cœur de son engagement en tant qu’administrateur, président du conseil ainsi que membre du conseil d’administration de la Fondation Boulot vers.

Pour ce cadre d’entreprise qui a occupé des postes prestigieux — dont président du comité exécutif à la Ville de Montréal, qu’il a quitté en novembre 2017 —, l’élan philanthropique provient de « l’implication dans ma communauté : ça m’a permis de discuter plus facilement des enjeux, par le réseau que je développais et la crédibilité que j’y obtenais ».

Très actif dans l’Est de Montréal, à la Chambre de Commerce, à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et à sa Fondation notamment, il avoue avoir été « recruté par le cœur et la générosité quand est venu le temps de m’engager au Boulot vers ».

« Plus spécifiquement, par rapport aux autres postes bénévoles que j’ai occupés, ce qui m’a attiré à Boulot vers, c’est l’approche client. Là, chaque stagiaire est pris en charge. On focusse sur le groupe, oui, mais on focusse aussi sur la personne. Cette orientation est réconfortante : quand chaque personne redevient autonome, c’est une victoire ! »

« Au CA, notre mandat était double : appuyer l’OBNL dans sa gouvernance et aussi, nous assurer que l’organisme bénéficiait des fonds nécessaires à la poursuite de sa mission. »

Lui qui a souvent été sollicité pour siéger sur des conseils d’OBNL explique son choix du Boulot vers d’une façon toute simple, et qui fait beaucoup de sens : « C’est un coup de cœur ! On croit à la cause, et on croit aux gens qui, dans leur effort continu, portent la cause ! » On est ici totalement dans la confiance, avec ses manifestations de transparence et la complicité qui en découle.

Dans cette chaîne des valeurs, Pierre Desrochers inclut les jeunes : « J’ai toujours trouvé réconfortant de voir les anciens stagiaires. De constater combien ils avaient réussi. Se prendre en main, retourner aux études, se trouver un emploi stable, être autonome. Cela me réconfortait, dans les choix d’appui que j’ai faits. C’est signe que la mission fonctionne. L’Équipe du Boulot vers fait un travail efficace, rentable, qu’on doit soutenir. »

Cette notion de confiance, elle s’étend jusqu’aux stagiaires : « Je peux comprendre que chez certains jeunes, les difficultés sont grandes. Qu’il y a un effort, parfois considérable, à produire. Et si des organismes comme Boulot vers ont à cœur la réussite des jeunes, à la fin, au bout du compte, on ne peut aider que ceux qui s’aident eux-mêmes ! Les jeunes ont leur bout de chemin à faire, ils ont leur part de responsabilité ! »

Pierre desrochers - Ville de Montréal

Et c’est cet engagement du jeune face à lui-même, dans sa propre prise en charge et dans son autonomie, qui réconforte l’administrateur et le philanthrope en Pierre Desrochers.

Cela renforce le sens de son geste : s’engager est affaire de cœur et de confiance, et ce, entre tous, tant les employés, la direction, les stagiaires que les bénévoles !

[1] Pierre est arrivé en 1998 au conseil d’administration du Boulot vers. Il a été élu vice-président en 2002 et en 2004, il en est devenu le président jusqu’en 2006, année où il a quitté Le Boulot vers.