« Objectif Emploi » menace le droit des futurs bénéficiaires de l’aide sociale

Je ne saurais vous le cacher, mes vacances m’ont fait beaucoup de bien. Sachant que toute bonne chose a une fin, j’envisageais avec optimisme mon retour au travail. Regarder vers l’avant, c’est l’esprit qui règne sur le lundi de mon retour. Après la lecture d’une masse de courriels, je me lance dans le rattrapage des dernières actualités. Hélas, la lecture de l’une d’entre elles me plonge dans une réflexion au sujet d’une lutte que je croyais déjà gagnée par la société québécoise: celle de la sécurité sociale !

Le 12 juillet dernier, le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale François Blais, ancien professeur de travail social et recteur de l’Université Laval, a publié le Règlement de la Loi 25, afin de préciser les modalités d’application du nouveau Programme Objectif Emploi. Cela faisait suite à l’adoption, en novembre 2016, de la Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi, loi que certains ont qualifiée de « réforme de l’aide sociale ».

Comme le souligne un article paru le 28 juillet dernier dans Le Devoir, Objectif  Emploi prévoit très concrètement des sanctions qui pourraient s’élever à 224 $ sur un chèque mensuel de 628 $ lorsqu’une personne ne « collabore » pas à la démarche de réintégration au marché du travail. Un reflet du désir du gouvernement de limiter ou de dissuader le recours à l’aide sociale, témoignant d’une vision « comptable » du développement, aux dépens d’une vision « sociale inclusive ».

Depuis plus de dix ans, la détérioration importante des conditions de vie des jeunes exclus a été longuement documentée, entre autres dans les divers rapports publiés par Le Boulot vers… : en 2017, plus de 70 % des jeunes n’ont aucun revenu à leur entrée en stage au Boulot vers alors qu’il y a quinze ans, la majorité des stagiaires étaient bénéficiaires de l’aide sociale. Plus leur situation financière est précaire, plus le défi de leur insertion sociale et professionnelle est grand. D’autant inquiétant quand Objectif Emploi met l’emphase sur des pénalités financières au moment où des jeunes exclus ont des besoins de base non répondus et qu’ils sont une cible principale de ce nouveau programme.

À propos d’Objectif Emploi, comme il est souligné dans ce mémoire déposé en février 2016 à l’Assemblée nationale par le Barreau du Québec, «… il existe plusieurs incertitudes relativement au projet de loi à cause de l’important pouvoir réglementaire conféré au ministre, notamment les personnes qui seront visées, les critères d’assujettissement au programme, les montants accordés, la définition d’emploi convenable, les manquements menant à une réduction de l’aide et le montant de cette réduction. Un projet de loi de cette envergure ne peut pas être une coquille vide dont le véritable caractère normatif sera déterminé subséquemment par règlement du gouvernement. »

La sécurité sociale, un engagement en vertu des conventions internationales, ce droit de tout citoyen québécois et canadien, est-il menacé par les changements qui semblent émerger des officines gouvernementales?  Un retour de vacances qui nous oblige tous et toutes à la vigilance!

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

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