L’éducation « pour tous » … OUI! Mais comment arriver à l’éducation PAR tous ?

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Une éducation « pour tous », telle semble être la mission derrière la politique sur la réussite éducative, dévoilée le 21 juin dernier par le Premier ministre Philippe Couillard et le Ministre de l’Éducation Sébastien Proulx, souhaitant augmenter la diplomation du niveau secondaire chez les élèves de moins de 20 ans et passer ainsi de 74 % à 85 % d’ici 2030.

Ce n’est pas la première politique qui a comme mission de « s’occuper de l’éducation » au Québec. Au Boulot vers, nous sommes témoins depuis 34 ans que l’éducation n’est pas « pour tous »; nous observons un déclin constant du taux de scolarité, reflétant une détérioration des conditions de vie des jeunes en difficulté. Seulement en 2016, 75% des stagiaires du Boulot vers avaient un niveau de scolarité égal ou inférieur au secondaire III; 15% d’entre eux n’avaient jamais accédé au secondaire, donc un jeune sur six n’avait pas terminé son primaire, un phénomène qui augmente d’année en année.

Si l’investissement en éducation représente 25% du budget annuel du Québec, peut-on dire que l’enjeu est financier? Ou n’est-ce pas un enjeu de vision? L’éducation pour tous, c’est l’affaire de tous ! Parents, enfants, monde de l’enseignement, gouvernement!  Pour faire face à leur responsabilité, les parents doivent se trouver dans des conditions leur permettant d’agir au-delà des besoins primaires de leurs enfants. Des chercheurs américains ont récemment découvert que les enfants pauvres sont plus souvent malades : la pauvreté de la mère durant la grossesse influence son système immunitaire, et plus largement le développement de son bébé.

Bien que je sois en accord avec le résultat souhaité par le Gouvernement Couillard, celui de garantir une éducation « pour tous », je m’interroge sur sa vision. En 1983, Le Boulot vers… constatait que les jeunes décrochaient de l’école sans obtenir leur diplôme d’études secondaires. Combien de temps cela prendra-t-il au gouvernement actuel pour redresser la situation des jeunes du Boulot vers qui sont de plus en plus nombreux à ne pas compléter leur primaire? S’attaquer aux raisons fondamentales qui, en tout premier lieu, peuvent empêcher un parent d’envoyer son enfant à l’école? Responsable du dossier de la jeunesse, le Premier ministre est conscient que Le Boulot vers… demeure un allié de premier rang!

À la semaine prochaine!

Jeanne Doré

L’accès aux soins de santé buccodentaire

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Il y a quelques jours, je me suis mise à lecture de l’article publié par The Guardian racontant l’histoire d’un jeune Américain décédé à la suite d’un mal de dent. Cela m’a rappelé l’importance du partenariat existant depuis cinq ans entre Le Boulot vers… et la Faculté de dentisterie de l’Université McGill.

Cet article m’a touchée d’autant que Le Boulot vers vient d’appuyer une fois de plus le chirurgien-dentiste Jean Monat, dans sa tentative d’augmenter son nombre d’heures de travail à tarif fixe auprès du Ministre de la Santé Gaétan Barrette. Le problème d’accès aux soins pour les jeunes en situation de pauvreté est bien réel : en vingt ans, nous sommes passés de 2 à 10 stagiaires référés annuellement vers les services du Dr Monat.

La santé buccodentaire est à la base de la capacité d’un jeune à parler, sourire, goûter, toucher et exprimer ses émotions par les expressions de son visage avec confiance, sans douleur, sans gêne (Fédération dentaire internationale).

Comment se fait-il qu’en 2017 des jeunes n’ont pas accès à des soins de base? En novembre 1989, les politiciens canadiens s’entendaient pour éradiquer la pauvreté chez les enfants avant l’an 2000; vers la fin des années 90, on a mis en place au Canada, le Régime national de prestations pour enfants,  sans pour autant réussir à éliminer la pauvreté.

Lors de son allocution du début juin à Montréal, Barak Obama a repris ses idées de  « justice pour tous » et « d’espoir ». Pour moi, il est évident qu’il nous appartient à tous de continuer à offrir aux jeunes exclus les moyens pour une insertion durable,  pour que l’espoir d’un monde plus équitable, plus juste soit réel!

À la semaine prochaine !

Jeanne Doré

L’insertion, c’est l’affaire de tous

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Dans la culture d’entreprise du Boulot vers…, le concert bénéfice est un événement unique. C’est d’abord la célébration ! Les clients, partenaires commerciaux, fournisseurs de services et les donateurs sont conviés. C’est enfin l’occasion d’une soirée mémorable pour les stagiaires, au nombre de 60 présents lors de l’événement 2017 !

Je l’ai fait le soir du concert et je le refais dans ce mot, je vous annonce aujourd’hui une première : c’est la dernière de la tradition du concert bénéfice annuel au Boulot vers… au moins pour les deux prochaines années !

Et je vous laisse en même temps sur un suspens : nous vous parlerons bientôt d’un projet incontournable sur lequel nous travaillons fort depuis plusieurs mois et où nous aurons besoin de votre appui indéfectible ! Et ça commence par : « En cette veille du 35e anniversaire du Boulot vers… »

Un merci tout spécial à Nicole Bureau-Tobin et Jeanne Fortin, respectivement présidente et vice-présidente de la Fondation Boulot vers…, qui manifestent un engagement continuel depuis 2006 et qui ont joué un rôle majeur dans le bon déroulement des événements de financement annuels.

Le défi de nos organisations, c’est non seulement d’entretenir un lien durable avec notre partenaire gouvernemental, mais aussi de faire en sorte que chaque acteur de la société civile qui peut jouer un rôle dans le développement de nos organisations y soit présent, d’un point de vue financier ou autre.

Au fond, l’insertion, c’est l’affaire de tous.

PS : prenez note que je reprendrai l’échange sur le blogue dans deux semaines. D’ici là, faites-moi vos commentaires sur notre page Facebook.

Le véritable défi, M. le Ministre…

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Je reste étonnée des déclarations récentes du ministre François Blais[1] concernant le manque de demandeurs pouvant s’adresser aux organismes d’aide à l’emploi, et justifiant ainsi l’implantation de son programme Objectif emploi, pour forcer en quelque sorte les demandeurs d’emploi à se tourner vers les organismes en employabilité, tels les CJE, au risque de voir leur prestation diminuée s’ils ne le font pas.

Le taux de chômage est bas, dit-il. Mais tous les sans-emploi sont-ils inscrits au chômage ? Loin de là : certains ne peuvent pas travailler suffisamment pour bénéficier de l’assurance-emploi ! Comme si les chômeurs et les sans-emploi faisaient tout pour ne pas utiliser les ressources mises à leur disponibilité et ainsi rester dans leur situation précaire ! Comme s’ils en redemandaient !

Au Québec, la condition des jeunes ni au travail ni aux études[2] qui composent la clientèle du Boulot vers… n’est pas évidente, eux qui sont très souvent entre deux chaises, n’ayant pas suffisamment travaillé de par leur manque d’expériences et n’ayant donc pas accès à l’assurance emploi, en même temps trop jeunes pour bénéficier de l’aide sociale. Pas évidente, leur situation : les classe-t-on dans la catégorie des « non-demandeurs » ?

Notre ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Monsieur Blais, témoigne-t-il ici d’un manque complet de vision et surtout d’absence de conscience sociale ? Est-ce étonnant de la part de l’élu d’un gouvernement qui s’est lancé dans des coupures sévères il y a quelques années sous prétexte de renflouer l’économie, fragilisant les conditions de vie de toute une tranche de la population, appauvrie, instable, davantage précarisée ?

Le véritable défi, Monsieur le Ministre, c’est de mettre toutes les personnes en recherche d’emplois en connexion avec les ressources pouvant les aider ! De favoriser le travail de fond pour soutenir les citoyens à sortir de la marge, de l’itinérance, de la pauvreté, à retourner à l’école, à réintégrer le marché du travail.

[1] Les organismes d’aide à l’emploi en manque de clients ?, Le Devoir, 19 mai 2017

[2] [appelés en anglais NEET, Neither in Employment, Education or Training]

 

La gentrification dans HM : accueillir, réfléchir et agir

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Depuis 35 ans que Le Boulot vers… œuvre dans Hochelaga-Maisonneuve, et personnellement depuis plus de 25 ans que j’y travaille, l’entreprise et tous ceux et celles qui y ont évolué, administrateurs, employés et stagiaires, nous avons un profond enracinement dans ce quartier.

C’est pourquoi nous nous sentons concernés, et moi au premier chef, quand on invite à discuter sur des thèmes comme la gentrification de l’arrondissement. Le dimanche 7 mai, 150 personnes, citoyens du quartier, animateurs et intervenants, commerçants et gens d’affaires, se sont rencontrés pour échanger.

Enjeu examiné sous tous les angles dans HM, des chercheurs de l’INRS ont documenté les ateliers et groupes de discussions par des recherches fort pertinentes.

J’ai trouvé la rencontre éclairante. Rassurée par tous les points de vue, bien représentés. Chaque groupe étant invité à faire valoir ses préoccupations et ses priorités. Car HM est un quartier qui se concerte, dans son développement : on y pratique le vivre ensemble, le respect des différences et l’inclusion. La Table de quartier joue un rôle essentiel dans la cohésion du dialogue qu’on observe en ce moment, de concert avec le maire de l’arrondissement Réal Ménard.

HM change. On ne peut pas y échapper ! Le mouvement n’est pas nouveau, il a été initié il y a plusieurs années. Et il n’est pas non plus local. La gentrification se manifeste dans tous les quartiers centraux et l’accès au logement demeure un souci qui interpelle tous les niveaux responsables, individuels et collectifs.

La gentrification, ce n’est pas négatif, à moins que cela se fasse au détriment d’une communauté. À cet égard, nous devons exercer une vigilance de tous les instants, nous engager dans le changement. Et accueillir le message souventes fois entendus « on finira tous par être évincés » comme « un appel à la réflexion et une invitation à agir[1] ».

 

[1] In : INRS, Vivre dans Hochelaga-Maisonneuve : synthèse des groupes de discussion.
Rapport remis à Réal Ménard, maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
Par Gilles Sénécal et Pierre J. Hamel

 

Les valeurs et le changement

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Avez-vous entendu la récente allocution de Sophie Brochu, présidente et chef de la direction, Gaz Métro, au Cercle Canadien Montréal ?

Déterminée à partager sa vision, cette femme est à la tête d’une grande entreprise québécoise, Gaz Métro, située dans l’Est de Montréal.

Cohérente dans ses valeurs « communautaires », Gaz Métro a maintes fois manifesté son appartenance locale qui s’entend bien quand Sophie Brochu dit à son auditoire de gens d’affaires et de décideurs : « La communauté, c’est nous. Nous, les entreprises, avons les emplois et l’argent. Et nous faisons que les hommes et les femmes deviennent des éléments contributifs ».

Collectivement face aux changements, dit-elle, notre défi à tous porte entre autres sur la répartition de la richesse.

Changer des vies pour la vie, une phrase qui guide les actions du Boulot vers. Nous sommes conscients que demander aux stagiaires de prendre en mains leur avenir représente un effort considérable, à tous les plans ! Proactifs, ces jeunes prennent exemple sur le courage des gens de leur communauté, dans les entreprises qui relèvent ces défis du changement !

Le contexte économique et technologique évolue rapidement. Rendre plus efficace la production, optimiser les rendements, cela est nécessaire pour toutes les entreprises, une réalité qui n’est pas étrangère au Boulot vers!

Quelles valeurs sous-tendent nos changements ? Parfois, elles gravitent autour de l’entraide, du partage, de la collaboration ; trop souvent, davantage autour du rendement des actionnaires, de l’enrichissement personnel…

De façon indéniable, les valeurs que nous exerçons, stagiaires, entrepreneurs, travailleurs, intervenants, fondent l’avenir de la société où nous vivrons.

Pour demeurer pertinent dans notre offre aux jeunes

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Le Boulot vers… fait des campagnes annuelles de financement depuis 26 ans ! Un bilan fort impressionnant : 3,5 millions de dollars recueillis dans le cadre du traditionnel concert bénéfice qui a amené en moyenne, bon an, mal an, plus de 600 personnes à voir les résultats de notre travail…

Une fenêtre exceptionnelle auprès d’une population de collaborateurs de l’ombre, nos centaines de donateurs répondant à notre appel depuis 1990.

Cette campagne annuelle permet au Boulot vers… de rester actuel dans son offre à des jeunes, dont la situation par ailleurs ne cesse de se détériorer !

Beaucoup d’efforts qui en valent la peine toutefois, quand Le Boulot vers… devient une source d’inspiration pour d’autres, comme le dit le directeur général de CyberCap, Christian Grégoire, qui tient ce mois-ci un événement auprès d’entrepreneurs du secteur des nouvelles technologies. Cet OBNL œuvre en intégration socioprofessionnelle et en persévérance scolaire à Montréal depuis plus de 15 ans, dans un champ d’activités en lien avec les nouvelles technologies.

Soutenir Le Boulot vers… par un don est essentiel en R&D [recherche et développement], puisque ce qu’on fait doit toujours rester pertinent !

À la semaine prochaine !

Parlons de l’itinérance « Dans la rue »…

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

L’itinérance, particulièrement celle des jeunes, revient dans l’actualité fréquemment. Le quotidien de ces jeunes est parcouru entre autres d’échecs et d’isolement. A Montréal, plusieurs ressources existent ; DANS LA RUE est une source d’inspiration pour Le Boulot vers…. Je vous invite à lire l’article De la rue à l’université.

Depuis 1994, date de mon arrivée au Boulot vers, plus de 2 000 jeunes ont été accueillis en stage; un nombre grandissant de ceux des dernières années ont passé par la rue. Depuis deux ans, je constate que ce groupe de jeunes devient plus important.

C’est l’élément déclencheur de la demande déposée à Développement social Canada en février dernier. Notre projet a reçu l’aval du Ministre Duclos, en compagnie de onze autres projets d’innovation sociale au Canada, présentés dans le cadre du programme Stratégie de partenariats de lutte à l’itinérance (SPLI).

Ce projet mis en branle il y a un mois vise à explorer de nouvelles façons de ramener des jeunes en grand risque de marginalisation vers une insertion sociale.

Je vous en reparlerai.

Bonne semaine !

En primeur (2)

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Dévoilement aujourd’hui du profil des stagiaires de l’année 2016.

En réalité, il n’y a pas un profil unique pour les jeunes. Sur quatre stagiaires, une est une femme; deux proviennent de l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, un des quartiers de St-Michel ou de Montréal-Nord; un appartient à une minorité visible. Les deux-tiers sont sans soutien public du revenu à leur entrée en stage, les autres étant prestataires de l’assistance sociale ou en emploi précaire.

Mais ce qu’ils ont en commun, c’est la faible scolarité (3 jeunes sur 4 n’ont pas atteint ou complété le secondaire III, un jeune sur sept n’a pas accédé aux études secondaires) et les difficultés d’apprentissage (1 sur 2). C’est aussi d’énormes problèmes de santé mentale (8 sur 10) et de santé physique (9 sur 10).

Un jeune sur deux subit les conséquences d’une marginalisation de longue durée, y compris l’itinérance. Un sur trois a eu des démêlés avec la justice et un sur quatre a été victime de violence.

C’est d’eux qu’il s’agit quand on parle aujourd’hui de jeunes en difficulté.

Parce qu’on est en 2017!

À la semaine prochaine,

Jeanne Doré

Bravo France Labelle

Jeanne Doré, directrice du Boulot vers...

Toutes nos félicitations à France Labelle, directrice générale du Refuge des Jeunes, qui a été nominée à l’Ordre du Canada, la plus haute distinction honorifique civile au pays, pour son dévouement à la défense des droits des plus démunis ainsi qu’à la lutte contre la pauvreté et l’itinérance.

Je vous rappelle que, dans un document publié par le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, le RAPSIM, France Labelle a su décrire avec pertinence les différents parcours des jeunes dits « marginaux », « excluEs », « désengagéEs », « en difficulté » ou « sans domicile fixe ».

Je profite de l’occasion pour souligner l’importante contribution des Auberges du cœur et des organismes qui viennent plus particulièrement en aide aux jeunes de la rue. Des jeunes qui, de plus en plus, choisissent Le Boulot vers… pour changer leur vie.

 

À la semaine prochaine,

Jeanne Doré